Juste avant la nuit


Mardi 4 septembre 2012, 20h40, rue de Cotte, Paris 12e. Sur le trottoir, levant les yeux, au moment de payer l’addition des pizzas margherita, un coin de ciel avant la nuit et une fenêtre éclairée (on annonce aujourd’hui que les lampes à incandescence ne sont plus fabriquées).

Le Jardin naturel


Mardi 21 août 2012, 10h30, Paris 20e. Le Jardin naturel, dans le haut de la rue de la Réunion, en bordure du Père-Lachaise, est un coin tranquille et frais, agréable et pédagogique. Il éveille pour moi la nostalgie des canaux et des lavoirs abandonnés du quartier Chateauvert à Valence, où les araignées d’eau, les libellules, les tritons et les têtards n’avaient pas besoin d’écriteaux pour être fréquentés.

Documenta (13) : des témoins de l’inculte





Mardi 14 août 2012, 17h, Documenta (13), Kassel, parc Karlsaue, Pierre Huyghe (1962, Paris, ancien élève de l’École nationale supérieure des arts décoratifs), Untilled, 2012. Le titre « inculte » donne une première indication. Pierre Huyghe parle de « compost » et d’une prise de distance d’avec le modèle de l’exposition et de ses spectateurs, au profit d’une « forme biologique de la création » dont on escompterait des « témoins » (Beaux-Arts Magazine, juillet 2012, entretien avec Stéphanie Moisdon, p. 79). Ce n’est pas vraiment le stéréotype de la friche mis aujourd’hui à toutes les sauces. La proposition se présente comme un vaste terrain chaotique mais comportant des sentiers, avec des tas (pour ma part je vois les tas comme appartenant à l’esthétique ou à la logique chinoises), des matériaux, des vestiges, des arbres abattus, des flaques de boue, beaucoup de fleurs sauvages, une sculpture de femme nue allongée dont la tête est masquée par une ruche en activité, un chien — peut-être un lévrier — dont la patte avant droite est teinte en rose fluorescent, un bassin d’eau croupissante, etc. On peut voir l’endroit — c’est certainement le cas — comme un espace destiné au stockage pour l’entretien du parc. J’avais noté un tel espace en le nommant « zone intermédiaire » le 16 juin dernier, près de la rue d’Aubervilliers, dans le 18e (et d’ailleurs on l’aperçoit du train qui nous ramène de Kassel vers la gare de l’Est). Œuvre intéressante, tout comme le discours qui l’accompagne, typique d’une certaine génération d’artistes français, et quand même agaçant. Exemple, un paragraphe sommairement traduit par moi du statement de Pierre Huyghe dans The Guidebook de Documenta (13), p. 262 :

L’ensemble des opérations qui se produisent entre les éléments n’a pas de script. Il y a des antagonismes, des associations, de l’hospitalité et de l’hostilité, de la corruption, de la séparation et de la dégénérescence, de l’effondrement, mais sans rencontres. Il y a des circonstances et des écarts qui permettent l’émergence de complexités. Il y a des rythmes, des automatismes et des accidents, des transformations invisibles et continues, le mouvement et les processus, mais pas de chorégraphie, de sonorités et de résonances, mais pas de polyphonie. Il y a des répétitions, des réactions chimiques, des reproductions, des formations et la vitalité, mais l’existence d’un système est incertaine. Les rôles ne sont pas distribués, il n’existe aucune organisation, aucune représentation, aucune exposition. Il y a des règles, mais pas une politique.

Voices of aliveness



Samedi 23 juin 2012, 14h-15h30, La Martinière, estuaire de la Loire. Les cyclistes volontaires empruntent un circuit spécialement aménagé. Leur image et leur voix (ils sont invités à crier leur nom codé en morse) sont enregistrées pour constituer le « monument » virtuel conçu par Masaki Fujihata et nommé Voices of aliveness.
Voir : http://www.fujihata.jp/)

Sortie de secours


Mardi 19 juin 2012, 20h, Gaîté lyrique, Paris, 3e. Vingt ans après être allé chez eux à Santa Fe (février 1992) et après avoir exposé leur installation Théâtre des automates hybrides dans Artifices 2 à Saint-Denis (novembre 1992) — de grands moments —, je suis venu revoir Steina (musicienne classique islandaise) et Woody Vasulka (ingénieur et cinéaste tchèque), les inventeurs de l’art électronique. Mais il a fallu entendre d’abord la propagande pour la série des festivals français « du domaine », sectarisme et mièvrerie, contre-vérités historiques : à fuir.


Woody Vasulka, The Theater of Hybrid Automata (Artifices 2, Saint-Denis, 1992) consists of and operates in two dialectically engaged spaces: the actual and the virtual. At the core of this space-exploring machine is a RPT (rotate, pan, tilt) robotic head capable of moving a video camera through an unlimited orbital range of all three axes. A pair of opposite-facing infrared transmitters are in position to calibrate and synchronize the motion control motor drives with a related visual representation of the abstracted space, stored and retrieved from laser disk. Vasulka Archive: http://www.vasulka.org/

Ambiance d’avant-guerre


Jeudi 14 juin 2012, 22h. Terrasse du Palais de Tokyo. On (re)découvre le bâtiment de 1937 désormais ouvert jusque dans ses profondeurs. Il hésite entre la ruine et l’inachevé. Là-dessus, des foules de personnes, jeunes, affairées et désinvoltes, peut-être en majorité féminines, qui boivent, qui fument, qui dansent quelque chose comme le swing. Dans la série des vues pseudo-Rolleiflex (appareil relancé ces derniers jours par la photographie officielle du président par Raymond Depardon).

De l’air !


Mardi 12 juin 2012, 10h40, Université Paris 8, Saint-Denis. On entend dire que la fac est en ce moment dans la plus grande mélasse politique. En tout cas, le désamiantage est en cours : la machine qui est là est pour purifier l’air du chantier. Quand ces bâtiments ont été construits dans la plus grande hâte au cours de l’été 1980, personne n’a parlé de l’amiante — de ses dangers. Voir « Des archives : 12 photographies inédites d’août 1980 »