
Mercredi 11 septembre 2012, 1h. Hajime était hier à Paris dans un périple depuis Kyoto, passant par Linz, Kassel, Dortmund et Karlsruhe. Il me rapporte des documents sur l’exposition Phono/Graph à laquelle il participe au centre d’art Dortmunder U avec son groupe Softpad et l’artiste sonore Yukio Fujimoto. Ce dernier a produit une œuvre en forme de grand cercle de charbon. Je pose le morceau qui m’est donné sur le volumineux Vocabulaire européen des philosophies (sous la direction de Barbara Cassin, Seuil-Le Robert, 2004) qui se trouve sur ma table pour la consultation du mot lumière.
Catégorie : Langage
Superposition


Vendredi 7 septembre 2012, 19h30, galerie Rosascape, 3 square Maubeuge, Paris 9e, exposition de Camille Henrot (voir : « Camille Henrot et le langage des fleurs »), « Jewels from the Personal Collection of Princess Salimah Aga Khan ». « L’œuvre rassemble, sous la forme d’un herbier, des plantes et des fleurs collectées dans les plates-bandes privées des immeubles de l’Upper East Side, le quartier le plus riche de New York, sur les fac-similés des pages d’un catalogue de la vente aux enchères, par Christie’s à l’hôtel Richemond de Genève le 13 novembre 1995, des bijoux de la princesse Salimah Aga Khan bijoux reçus au cours de ses vingt-six ans de mariage avec l’Aga Khan. » Miki m’en donne le commentaire le plus direct : « On peut toujours superposer une chose à une autre; c’est une mise en forme de la lutte des classes. »
Note : Phily Nantois fut, à Aix-les-Bains au début des années trente, caddie du prince Aga Khan III, grand-père de Karim Aga Khan IV dont il est question ci-dessus. Voir : « Au golf club » du 12 novembre 2011.
Entendu : archi méga plus
« Le travelling, je l’ai archi méga plus que rentabilisé. »
Mardi 4 septembre 2012, 20h50, rue Claude Tillier, Paris 12e. Deux hommes plutôt jeunes, de la catégorie professionnel bobo.
La lisibilité du monde (détail)

Dimanche 1er septembre, 19h, 45 rue de Lancry, Paris 10e. Ce qui attire d’abord l’attention, ce sont les grandes plantes sèches dressées sur la terrasse, qui lancent le regard vers le haut. L’immeuble moderne qui est derrière est beau par la régularité de sa façade dont les fenêtres hautes et étroites sont toutes des portes-fenêtres avec garde-corps métalliques. La réglementation sous Pompidou a interrompu la règle hausmannienne : les immeubles pouvaient être plus hauts, à condition qu’ils soient en retrait, de façon à ce que, de la rue, ils semblent alignés avec les plus anciens. Un effet littéralement collatéral est la présence d’une terrasse et de ces grands murs nus qui n’ont pas pu être mitoyens. Puis est venu le temps, qui dure depuis trente ans, des tags et des graffs, qui donnent lieu à des compétitions et à des exploits, souvent dangereux. L’écran publicitaire qui défile et qui affiche un iPad ouvrant lui-même sur l’image d’un clavier virtuel en semble l’antidote. Mais il n’est au fond que la version industrielle, clean et démultipliée à l’échelle de ses dizaines de millions d’exemplaires, du même désir. On le voit, la lisibilité n’est pas réservée aux mots, ni même aux signes. Auteur de La Lisibilité du monde, le philosophe Hans Blumenberg est évoqué par Georges Didi-Huberman dans Atlas ou le gai savoir inquiet (Minuit, 2011), page 15, pour dire : « Lire le monde est une chose bien trop fondamentale pour se trouver confiée aux seuls livres ou confinée en eux : car lire le monde, c’est aussi relier les choses du monde selon leurs ‘rapports intimes et secrets’, leurs ‘correspondances’ et leurs ‘analogies’. » (Cité par L. dans son blog Übersicht.)
1er septembre 2012 : cent personnes rassemblées au bord du canal Saint-Martin

Samedi 1er septembre 2012, 18h25, canal Saint-Martin, Quai de Valmy, Quai de Jemmapes, Paris 10e. Après une période de canicule, il a fait frais jusqu’à ce matin. Mais l’après-midi est douce. Jamais vu autant de monde sur ces quais. Dans cette photo, dans ce cadrage, je compte près de cent personnes, dont les onze jeunes au premier plan, qui vont m’interpeller sur leur droit à l’image — et en plus ils sont mineurs. Si l’on regarde ce qu’a fait Chris Marker, photographier des personnes dans la rue ou le métro, le plus souvent à leur insu, dans une « tradition » qui a un repère incontesté (artistiquement), les portraits de voyageurs du métro ou de passants par Walker Evans, on peut dire que le droit et la jurisprudence sont variables. On peut aussi s’amuser à considérer que les personnes rassemblées par un événement public (ici, la célébration du soleil un samedi après-midi au bord du canal Saint-Martin à Paris) peuvent mériter de faire passer le droit à l’information avant le droit individuel à l’image.
Extrait d’un article de Tamara Bootherstone, avocat au Barreau de Paris
Lieu public : le droit à l’information prime, donc pas besoin de l’autorisation de la personne photographiée. Mais à une triple condition : La photo doit être prise 1) à l’occasion d’un évènement 2) constituant une information intéressant le public et 3) être publiée pour illustrer cet évènement précis. Les trois conditions sont cumulatives : si l’on reprend la photo prise lors de l’évènement pour illustrer un tout autre propos (un livre recueil de poésies par exemple ; ou un article de presse portant sur un tout autre sujet) alors l’exception ne fonctionne pas et il faudra l’accord de la personne pour publier la photo. La personne photographiée est concernée par le sujet : si elle est là par hasard et n’a rien à voir avec le sujet traité, il faudra son autorisation pour lier son image au sujet en cause. Respect de la dignité : la photo ne doit pas porter pas atteinte à la dignité de la personne photographiée. Le droit au respect de sa dignité est prévu par notre Code Civil en son article 16 : « la Loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie». Personnes mineures : pour les personnes mineures reconnaissables ou identifiables, il faudra obtenir l’autorisation des représentants légaux, le plus souvent les parents.
Le numéro 4 de La Couleur des jours

Reçu ce vendredi 31 août 2012 : le numéro 4 de La Couleur des jours, http://www.lacouleurdesjours.ch/, avec la rubrique « De l’album de jlggb ». Ce numéro publie aussi un extrait de mon texte « Les immobiles » (voir : « Orly, juillet 1962 ») paru dans :
Andrea Urlberger (sous la direction de)
Habiter les aéroports – Paradoxes d’une nouvelle urbanité
Genève, MētisPresses, 2012
17 x 24 cm, 128 pages, 150 images, graphiques, plans, en couleurs
ISBN: 978-2-94-0406-49-4. Prix: 32 € / 42 CHF
Il voit des haïkus partout


Mardi 28 août 2012, 13h45, restaurant Sanukiya, rue d’Argenteuil, Paris, 1er. Parce qu’il vient de réécouter le cours de Roland Barthes du 12 janvier 1979, de relire les notes de Barthes pour ses cours sur le haïku dans La Préparation du roman, Seuil-Imec, 2003, pp. 53-141, il trouve des haïkus partout. Mais c’est peut-être l’ambiance souriante et réglementée de sa nouvelle cantine japonaise. Un premier indice, sur le ticket, 13:41:36, à la seconde, si ce n’est pas l’inscription d’un instant ! Le haïku refuse la métaphore. Il pratique la pure notation. Elle porte sur : l’éclat jaune dans la bière ; les bulles qui montent ; la mousse qui reste accrochée au verre ; la dentelure de l’encre du mot sérigraphié « Kirin » ; la courbure du papier ; son léger pli autour de la pince (la topologie nomme ça catastrophe) ; la lueur orange de la bâche qui englobe tout. On dira qu’il s’agit ici de photographie. Mais ne partage-t-elle pas avec le haïku, la capacité de se faire passer pour « La chose elle-même » ?
D’autres citations de La Préparation du roman :
« Le haïku = désir immédiat (sans médiation). » (p. 65)
« Le haïku est bref, mais non pas fini, fermé. » (p. 67)
« Le haïku va vers une individuation intense, sans compromission avec la généralité. » (p. 74)
« Le haïku n’est pas destiné à retrouver le Temps (perdu), ensuite, après coup, par l’action souveraine de la mémoire involontaire, mais au contraire : trouver (et non retrouver) le Temps tout de suite, sur-le-champ ; le Temps est sauvé tout de suite = concomitance de la note (de l’écriture) et de l’incitation : fruition immédiate du sensible et de l’écriture, l’un jouissant par l’autre grâce à la forme haïku » ⟶ Donc une écriture (une philosophie) de l’instant. » (p. 85)
« Le « référent » du haïku (ce qu’il décrit) est toujours du particulier. Aucun haïku ne prend en charge une généralité. » (p. 87)
« La contingence est le fondement du haïku. » (p. 88)
« Le haïku n’est pas fictionnel, il n’invente pas, il dispose en lui, par une chimie spécifique de la forme brève, la certitude que ça a eu lieu. » (p. 89)
Voir : https://jlggb.net/objets/attendre-la-vie-des-objets-ch-128/
Camille Henrot et et le langage des fleurs



Vendredi 24 août 2012, 16h, Palais de Tokyo, Paris 16e. Triennale « Intense Proximité », Camille Henrot (1978 Paris), Est-il possible d’être révolutionnaire et d’aimer les fleurs ?, 2012, installation avec fleurs naturelles. Détails : « L’Histoire de la révolution française de Jules Michelet »; « Généalogie de la morale de Friedrich Nietzsche ».
Documenta (13) : Alter Bahnhof Video Walk


Mercredi 15 août 2012, 10h30-12h, Kassel, Documenta (13), ancienne gare centrale. Janet Cardiff (1957 Canada) et George Bures Miller (1960 Canada), avec Alter Bahnhof Video Walk, 2012, mobilisent les spectateurs en les invitant à mettre leurs pas dans les leurs, en les guidant par les images et les sons contenus dans les iPods qui leur sont confiés. La performance permet en outre d’observer l’état de la mode vestimentaire chez les estivants cultivés et aptes à s’exhiber pour la célébration de l’art contemporain.
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Alter Bahnhof Video Walk, vidéo de présentation par les auteurs (6 mn).
Documenta (13) : die Gedanken sind frei

Mardi 14 août 2012, 11h50. Documenta (13), Neue Galerie, Susan Hiller (1940), Die Gedanken sind frei, installation sonore interactive avec 100 chansons. Le titre reprend celui d’une chanson allemande datant probablement de la Révolte des paysans de 1524-1526, reprise en 1848, puis dans le mouvement anti-nazi mais aussi aux États-Unis au XIXe siècle : « Thoughts are free ».
