
Mardi 21 avril 2009, 18h30. Aix-les-Bains : à mis hauteur entre l’ancien établissement thermal et le nouveau, boulevard Chevalley (un chemin en lacets), un jardin potager, derrière la maison du repérage numéro 13 (glycine) d’il y a deux jours. La nuit va tomber, il y a eu un début d’orage mais, derrière nous, à l’ouest, le soleil perce au dessus de la Dent du chat. Lumière particulière qui exalte certaines couleurs : le bleu turquoise d’une architecture réticulaire éphémère (c’est la mode), le vert de l’ail, les bruns rouges de la terre et des poteaux de bois.
La forme en arche est très présente à Aix-les-Bains. Ce sera certainement l’objet d’autres articles.
Le chalet Charcot et son annexe
Notice de la base Architecture-Mérimée du ministère de la Culture :
Chalet Charcot et son annexe, 29 rue Georges 1er de Grèce, Aix-les-Bains. Hôtel édifié en 1882 d’après les plans d’Antoine Gouy, architecte genevois, basés sur la représentation d’un chalet de type suisse. Les travaux ont été exécutés en trois mois. Un bâtiment de style italien, annexe au chalet, destiné à abriter une salle à manger d’été et un cabinet de travail, est édifié en 1896 par Léon Grosse à partir des plans établis par Jean Chevalley. Les décors intérieurs proviennent d’Italie. Le Commandant Charcot et sa famille y résident. © Monuments historiques, 1992
Repérage (13. glycine)

Latitude : 45°41’16.71″N, longitude : 5°55’3.77″E, date : 19 avril 2009, 17h02. Aix-les-Bains, rue Georges 1er, à l’angle du boulevard Chevalley.

Relevé de 5 couleurs remarquables (logiciel Kuler).
Panoramic

Sur les hauteurs de l’est d’Aix-les-Bains, le très grand immeuble Panoramic, construit comme hôtel en 1929 sur les plans de l’architecte parisien Léon Bouille, a été vendu en appartements avant même son achèvement en 1931 (Voir la fiche du Patrimoine d’Aix-les-Bains). Dimanche 19 avril 2009, 16h15.
Le site d’Aix-les-Bains vu depuis l’une des terrasses du Panoramic,
carte postale [dr], 1953.
Constructions métalliques
La sémiologie telle qu’elle s’exerce dans les Mythologies de Barthes (1957) a pu avoir un effet bloquant pour les graphistes. Du chanteur Gérard Souzay, Barthes dit :
« … ayant, par exemple, à chanter une « tristesse affreuse », il ne se contente ni du simple contenu sémantique de ces mots, ni de la ligne musicale qui les soutient : il lui faut encore dramatiser la phonétique de l’affreux, suspendre puis faire exploser la double fricative, déchaîner le malheur dans l’épaisseur même des lettres; nul ne peut ignorer qu’il s’agit là d’affres particulièrement terribles. Malheureusement, ce pléonasme d’intentions étouffe et le mot et la musique, et principalement leur jonction, qui est l’objet même de l’art vocal. »
Pour échapper à l’analogie, à la surcharge d’intentions, à la redondance, il faut éviter d’écrire en maigre la maigreur, en gras la grosseur, en caractères élégants l’élégance, etc. La chose se pose différemment si la typographie découle performativement de l’écriture ou de la lecture : une graphie énergique du mot énerqique, une version floue de la phrase « je vois flou » sont intéressantes.
Avec CONSTRUCTIONS METALLIQUES, le problème se renverse complètement : ces mots sont véritablement des constructions métalliques.
Intelligence des crassulas
Une petite crassula ovata a fait le voyage de Paris à Aix-les-Bains fin décembre 2008. Ensuite, il semble qu’elle ait été atteinte d’une maladie qui faisait des taches noires sur ses feuilles. Elle est restée à l’intérieur puis, fin février, elle a malencontreusement été laissée sur le balcon. Quinze jours plus tard, elle était largement brulée par le gel. La plupart de ses feuilles sont tombées ou ont dû être coupées. Début avril, on observe son nouveau départ, rationnel et élégant : de minuscules feuilles poussent par paires à chaque jointure. Les segments amputés sèchent puis se détachent de telle sorte qu’un nouvel embranchement se crée à chaque extrémité.
Un mot peut en cacher un autre

Aix-les-Bains, passage à niveau de l’avenue de Tresserve, mardi 14 avril 2009, 19h57. L’avenue de Tresserve possède plusieurs magasins d’alimentation cacher.
Aix-les-Bains, ville thermale, s’est développée autour de 1900 grâce aux liaisons ferroviaires. À Aix-les-Bains, on pouvait être cheminot et employé d’hôtel. Le chemin de fer garde une grande présence. Il y a plusieurs passages à niveau dans la ville même. À cause de l’école talmudique fondée après 1945, il y a à Aix-les-Bains une importante communauté juive orthodoxe, environ un millier de personnes. La Pâque juive est cette année du 9 au 16 avril.
La gare du téléphérique du Revard
La gare du téléphérique du Revard a été construite en 1935 pour la Société hôtelière et touristique du Réseau P.L.M. par la Société d’architecture de Paris, André Rebuffel, ingénieur civil de l’Ecole des Ponts et Chaussées, spécialisé dans la réalisation de téléphériques, Charles et Laurent Pierron, architectes. L’exploitation du téléphérique a cessé en 1969.




Mentens, commune de Mouxy, Savoie, samedi 11 avril 2009.

Lac du Bourget, Dent du Chat, Aix-les-Bains, téléphérique du Revard.
Carte postale, années 50
Un temps sans épaisseur

Samedi 11 avril 2009, 15h15. Dans le parc de l’ancien Climatérium de Corbières à Pugny-Chatenod, Savoie (voir le billet Climatérium), un très grand conifère (lequel ?) a été scié. Il faudrait le regarder de très près, ce doit être possible de compter les cercles de ses années. Les arbres sont des monuments — monumentum, ce qui fait se souvenir, ce qui garde la mémoire. Du monument dressé au monument comme diagramme du temps, on peut finalement préférer ce dernier, pour sa planéité, pour sa lisibilité. Et pour l’allusion à la coupe de séquoia que l’on voyait sous un abri du Jardin des plantes, avec ses petites plaques de cuivre gravées de dates et d’événements. C’est cette coupe de la base d’un séquoia, conservée au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, qui apparaît dans La Jetée :
[flv width= »500″ height= »315″]http://jlggb.net/blog/wp-flv/sequoia.flv[/flv]
« Ils marchent. Ils s’arrêtent devant une coupe de séquoia couverte de dates historiques.
Elle prononce un nom étranger qu’il ne comprend pas. *
Comme en rêve, il lui montre un point hors de l’arbre.
Il s’entend dire : « Je viens de là… » »
* Hitchcock ?
Chris Marker, La Jetée, 1962
Hitchcock ? C’est la question qu’inscrit l’auteur, dans la version livre de La Jetée. Car l’allusion circule. Elle vient à Marker de Vertigo (1958). Il en en reprendra encore la figure dans Sans Soleil et dans Immemory (1998).
[images extraites de : http://www.hitchcockwiki.com/wiki/1000_Frames_of_Vertigo_(1958)]
Pour dresser cette carte du temps, il a fallu scier et abattre la colonne monumentale, verticale, spatiale, de l’arbre. La carte d’un temps n’a pas besoin, comme celle d’un espace, de mimer l’horizontalité d’un sol. Après le basculement du tronc, elle peut s’affronter comme un tableau noir. Elle est sans épaisseur ou, plus exactement, son épaisseur est faite de répétitions qui sont autant de moments synchrones et distincts. Une remarque encore : les profondes cassures du tronc, comme les vagues de sa périphérie, n’affectent en rien la chronologie, immuablement concentrique. Elles disent cependant des présents différents et les sorts contraires que connaissent les souvenirs.
Note 1. Sur le sciage des troncs, voir la technique observée à Xian (Chine) en avril 2006.
Note 2. La coupe de séquoia du Jardin des plantes est retrouvée, voir le billet du 20 mai 2009.
Climatérium
Carte postale [dr] :
« Aix le 28 avril 04. […] L’établissement où je vais aller d’ici quelques jours. »
À 700 mètres, au dessus d’Aix-les-Bains et sous le Mont Revard, près de Pugny-Chatenod, sur le site des Corbières qui semble bénéficier d’une température douce et d’une bonne exposition au soleil, le docteur Jean Monard associé à l’entrepreneur Léon Grosse firent en 1893 le projet d’un centre de villégiature et de cure. Un bâtiment fut construit mais le projet s’arrêta en 1911. L’hôtel, ou « climatérium », devint en 1917 un établissement pour orphelines de guerre géré par une congrégation religieuse. Agrandi (partie gauche sur la photo), il restera un orphelinat jusqu’en 1970. Il y a quelques années nous est revenu le témoignage affligeant de l’une des anciennes pensionnaires. Aujourd’hui propriété d’une autre congrégation monastique, le bâtiment semble à l’abandon.















