Maison à Sils Baselgia le matin

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Vendredi 24 juillet 2009, 7h30. Sur cette maison de Sils Baselgia, on voit la plaque « In memoriam Annemarie Schwarzenbach, 23 mai 1908-15 nov. 1942 ».

Annemarie Schwarzenbach Sils 1942 © 2008 by Esther Gambaro

Annemarie Schwarzenbach, dans la Jägerhaus, Sils, 1942,
Fonds Marie-Louise Bodmer-Preiswerk © 2008 by Esther Gambaro
Photographie extraite du dossier de presse de l’exposition Annemarie Schwarzenbach de la Bibliothèque Cantonale et Universitaire, Lausanne, 2008.

Philosophie touristique

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jeudi 23 juillet 2009, 20h40, Sils, Engadine. Pour éviter de parler sans savoir d’un « éternel retour », de l’endroit où Nietzsche dit que l’idée lui est venue ; pour sacrifier malgré tout à la philosophie touristique, renvoi à deux dates antérieures : 10 mai 2009 « Skyline et polaroïd » et 30 mai 2009 « La nouveauté (ou le billet facile) ». Permanence de la ligne d’horizon ET (non dialectique) variation permanente du nuage : la différence est dans l’échelle de temps, ce qui semble immuable se transforme irrémédiablement lentement, ce qui est toujours différent reste fondamentalement le même.

JUIN — JUILLET 1885
Je crois à l’espace absolu en tant que substrat de la force : celle-ci délimite et modèle. Le temps, éternel. Néanmoins, il n’existe ni espace, ni temps en soi : les « changements » ne sont que des apparences (ou, de notre point de vue, des actes de sensation) ; lorsque nous trouvons de la fixité dans ces répétitions, rien n’est prouvé par-là que cette vérité, qu’il en est toujours ainsi. […]
L’homme est une création qui invente des formes et des rythmes ; il n’est en rien plus adroit et semble n’avoir nul autre plaisir que celui d’inventer des formes. Que l’on examine seulement de quoi notre regard s’occupe dès qu’il n’a plus à voir : il se crée quelque chose à regarder. Dans le même cas de figure, sans doute, notre oreille ne procède pas de façon différente : elle s’exerce. Sans la transformation du monde en formes et en rythmes, il n’existerait pour nous aucun « Même », et par conséquent, rien qui se répète, aucune possibilité d’expérience ni d’assimilation, d’alimentation. […]
Friedrich Nietzsche. Fragments posthumes sur l’éternel retour, Allia, Paris, 2003. Édition établie et traduite par Lionel Duvoy. pp. 69-70.

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Lej da Segl

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Jeudi 23 juillet 2009, 15h. Trois photographies à partir du même point. Vent très fort qui vient du sud sur le lac de Sils, Engadine, Grisons, Suisse (on le voit d’ordinaire représenté comme un miroir). Impression très particulière d’une surface horizontale très plane suspendue très haut (1800 mètres).

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La carte du relief que fournit la Suisse (sur Google Maps) est très belle.
Voir le billet « Voglio vedere le mie montagne » du 25 janvier 2009.

Grange des volcans (géographie humaine et physique)

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Jeudi 9 juillet 2009, sur la route de Tence au Mazet-Saint-Voy, juste avant le hameau des Hostes, plateau (basaltique) du Haut-Lignon, Haute Loire. À l’horizon, le pic du Lizieux (suc phonolithique), 1 388 m. Le toit de la grange est en lauzes de phonolithe.

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La grange est au centre de cette photographie. Google Maps. © Cnes-spotimage-2009

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Le pic du Lizieux. La grange (repère). Google Maps. © Cnes-spotimage-2009

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Lauzes (lauzière) au pic du Lizieux.
© Photo Cyril T., 19 ans, météorologue amateur (son site sur le temps à Madelonnet, Saint Jeures, Haute Loire), apprenti boulanger, photographe (http://treveysmichel.free.fr).
Voir une bonne série de ses photographies d’une ascension du pic du Lizieux.

Une petite mare ronde

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Jeudi 9 juillet 2009, 13h30. À partir de Tence (Haute Loire), on prend, vers le sud-ouest, la route du Mazet. On passe le hameau de Mendigoules. Au sortir d’un bois, la route s’incurve légèrement vers la droite, puis vers la gauche. Il y a, à gauche, en dessous, une étendue de prés, bordée au loin par des bois où les conifères dominent, et à droite, au dessus, deux maisons, une moderne et une ancienne. Au-delà, la route tourne nettement à gauche en montant. Cette configuration était restée à peu près en mémoire. L’exploration des photos satellites et finalement le passage en voiture, maintenant, ont permis la redécouverte de la maison des vacances de l’été 1951. C’était une vieille ferme habitée par une famille dont le plus jeune bébé ne voyait jamais le jour. Elle est devenue, avec pas mal de transformations, une maison de vacances, fermée aujourd’hui. Il restait une vérification : il y avait une petite mare ronde dans le pré, non loin de la route. La photo Google montre un minuscule disque plus sombre. Sur le terrain, on voit moins bien mais elle est là, dans les herbes non fauchées : on y faisait naviguer un petit bateau taillé au canif dans une écorce de pin.
— Tence en haut à droite, le hameau de Mendigoules (repère).
— La route et les deux maisons. Au centre de l’image, la mare.
— Les prés et la mare.
— La maison.

Le corps de Cécile

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Mercredi 8 juillet 2009, 10h30, cathédrale Sainte-Cécile, Albi. Cette figure de Sainte Cécile est inspirée de la sculpture de Stefano Maderno (1566-1636) placée dans la basilique Santa Cecilia du Trastevere à Rome. La tradition veut que la position soit celle qu’avait le corps retrouvé intact dans le sarcophage.

cecilia-madernoStefano Maderno, Santa Cecilia, marbre, 1600. Photo DR

La sculpture d’Albi n’est certainement pas la « réplique fidèle » ou la « reproduction » de celle de Maderno, comme il est dit souvent, mais elle s’inscrit dans la suite d’une image construite historiquement : Georges Didi Huberman, dans son livre Ninfa moderna. Essai sur le drapé tombé, Gallimard, 2002, souligne les trois niveaux de construction du personnage : la découverte archéologique de restes corporels, l’invention hagiographique (s’appuyant sur le miracle d’un corps non corrompu), et le travail artistique. Il analyse comment le corps peut s’imposer à l’imagination par le « paradoxe visuel proposé par ce tas de voiles ».

« […] elle était couchée sur le côté droit, les genoux légèrement repliés, une étoffe de soie verte, rayée de rouge sombre, l’enveloppait tout entière et dessinait parfaitement ses lignes; sous le voile, une robe d’or, maculée de sang, brillait vaguement. En voyant cette jeune sainte, qui semblait dormir, les spectateurs furent saisis d’un profond respect; personne n’osa enlever le voile […]. Clément VIII, quand il vint, à son tour, de Frascati, contempler la merveille, voulut qu’elle demeurât intacte, et il ordonna d’enfermer l’antique cercueil de bois de cyprès dans une enveloppe d’argent semée d’étoiles. »
Émile Mâle, L’art religieux de la fin du XVIe siècle, du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle. Armand Colin, 1932. Cité par Georges Didi-Huberman, p.29.

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Georges Didi-Huberman, Ninfa moderna. Essai sur le drapé tombé, Gallimard, 2002.

Désaxée

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Dimanche 5 juillet 2009, 20h20 (comme on le voit à l’horloge), façade ouest de la cathédrale Saint-Étienne, Toulouse. On dit que l’assemblage désaxé de deux églises, l’hétéroclite de la construction (XIe-XVIIe, XIXe et début du XXe), ont intéressé les architectes modernes (Le Corbusier) et post-modernes (Robert Venturi).

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Mardi 7 juillet 2009, 16h, cathédrale Saint-Étienne, Toulouse, vue et détail en direction de la nef la plus ancienne.

Bonjour Monsieur Peirce !

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Toulouse, 7 juillet 2009, 13h. Trottoir de la rue Lakanal, tout près du Couvent des Jacobins. Charles Sanders Peirce (1839 – 1914) nous a appris qu’un signe peut être un indice, c’est-à-dire qu’il peut entretenir un lien physique à son objet : le cas le plus classique est l’empreinte; la photographie est plus problématique. Donc, ceci est un chien. Le problème, c’est que lorsqu’on a fait des efforts pour assimiler la théorie des signes de Peirce, on voit d’abord Monsieur Peirce — le signe est alors un symbole. Accessoirement, on peut voir des ouvriers passant la boucharde sur le ciment frais.

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Une boucharde [dr]