Georg Baselitz, peintures d’après peintures


Samedi 5 mars 2022, 15h — 17h, Musée national d’art moderne. Georg Baselitz peint avec à l’esprit des tableaux dont il dit qu’ils l’ont marqué – inquiétude dans son enfance, de Ferdinand von Rayski, Jagdpause im Wermsdorfer Wald [Halte de chasse], 1859, pour Der Baum [L’Arbre], 1966, huile sur toile —, ou qu’il s’en amuse — Otto Dix, Die Eltern des Künstlers [Les Parents de l’artiste], 1924, pour In des Tasse gelesen, das hietere Gelg [Lu dans la tasse, le jaune enjoué ], 2010, huile sur toile.

Des peintures et des tabourets en nombre




Jeudi 17 février 2022, 13h30, galerie gb agency, rue des Quatre Fils, Paris, 3e. Ce que Paul Heintz nomme une « para-peinture » — qu’il peut pratiquer — se réfère à Dafen Oil Painting Village où 8000 peintres produisent chaque année jusqu’à 5 millions de copies pour répondre à des commandes en ligne. Par une conversation sur messagerie instantanée et par échange de dessins, il a ainsi correspondu avec un artiste de son âge, Wang Shiping, dont il installe une série de répliques des Tournesols. Les tabourets empilages jaunes sont identiques à ceux que l’on voit dans son film, ils viennent du 13e. Fabriqués par Taizhou Huayue Plastic Co. Ltd à Taizhou dans le Zhejiang, on les trouve sur Alibaba à 1€, à condition d’en commander au moins 1500.

Un monument de poche


Lundi 24 janvier 2022, 11h, Aix-les-Bains. Au marché au puces de La Riponne, un dimanche à Lausanne, je n’ai pas hésité une seconde, un tel engrenage à vis sans fin est pour moi un modèle très ancien. Fabriqué par un élève qui a manifesté ainsi sa maîtrise de tourneur fraiseur, cet objet de 60 par 80 et 30 mm a les proportions d’un tableau, avec deux pieds pour être une sculpture. Il ne s’actionne que pour lui-même, pour célébrer un temps qui passe dont il est le monument.

Le petit soldat


Mercredi 19 janvier 2022, Aix-les-Bains. On en parlait peu, mais parfois vivement, Michel Subor, acteur, vient de disparaître. Je l’ai identifié, c’était l’un des objets du film, au petit soldat du film de Godard, vu dans une « première » donnée par notre le Ciné Club Universitaire de Grenoble, probablement en 1965. Le tournage eu lieu en 1959, alors que À bout de souffle n’était pas encore sorti. On peut désormais comprendre pleinement, au regard de ce qu’a été l’œuvre de Godard, comment ce second film était l’antithèse du premier : Genève, la Suisse et non Paris, de très jeunes acteurs inconnus — Anna Karina et Michel Subor —, une histoire d’amour mais expressément politique et historique. Avec — ce qui est dans cette image — une ambiguité sous le régime du ET (et pas est), la marque de Godard. Pour le numéro 3 de La Recherche photographique, de décembre 1987, dédié à « Le cinéma, la photographie », il m’était venu à l’idée d’explorer les archives photographiques de la Cinémathèque française. À côté du fonds Fritz Lang, il y avait Le Petit Soldat, des photos de tournage dont l’auteur n’était pas connu [dr] mais exactement démonstratives de l’un des thèmes internes : la prise de vues comme relation. Cela devait donner un cahier de 16 photos carrées — Rolleiflex — et la couverture. Voir l’article de mars 2012 : http://jlggb.net/blog3/?p=1816

Résistants en bordure



Vendredi 14 janvier 2022, 15h, Arbin, Savoie. Connaissant, du sculpteur Marius Mars Vallett, ses Deux enfants sous la neige, ses statues de Jean-Jacques Rousseau et de Lamartine, il nous intéressait de voir son monument aux fusillés. Le 21 juin 1944, dix résistants furent fusillés à Arbin, « dans un champ en bordure de la Nationale 6 » — célèbre route reliant Paris à l’Italie par le Mont-Cenis. En un lieu proche, ce monument leur fut dressé en 1948. En 1983, il était déplacé en « un meilleur emplacement » qui aujourd’hui est toujours en bordure, sur un parking de poids lourds. On l’a trouvé parce qu’on s’est trompés de route et extirpés d’une zone industrielle. Mais un ruisseau et ses arbres, le soleil couchant, lui donnent un paysage, et une image, honorables.

Figure pour les vœux



Dimanche 2 janvier 2022, 12h, Paris. Un besoin d’image particulière, une façon de dire « Pour une meilleure année », conduit à cette image d’image dans l’image, Sarkis, Munch-Sarkis, 2008, aquarelle sur papier peint, Mamco. L’un de ses ateliers est ici, on l’y a vu jouer aux diffusions d’aquarelles dans des coupelles d’eau.

Instagrams d’art (1)

23 décembre 2021, 21h. 1/8. Huit instagrams d’art, le solde de 2021. Instagram parce que carré. Au cours de l’année, lorsque je voyais un tableau, une œuvre d’art de format carré, je l’enregistrais avec l’idée que ce pouvait être publié sur Instagram. Ici une première série de huit — maximum autorisé — avec les cartels, sans commentaire. L’ordre est chronologique de la création. Des significations émergent des rapprochements.
Félix Vallotton, Nu au fauteuil rouge, 1897, Musée de Grenoble
Aristide Maillol, Le Désir, 1907, Musée d’Orsay
Vanessa Bell, Abstract Painting, vers 1914, Musée national d’art moderne
Paul Klee, Senecio (Baldgreis), 1922, Kunstmuseum Basel
Alberto Giacometti, Homme (Apollon), 1929, Kunstmuseum Basel
Giorgio Morandi, Natura morte, 1948, Musée de Grenoble 
Lucio Fontana, Concetto spaziale, 1950, Musée de Grenoble
Pablo Picasso, Foulard du festival mondial de la jeunesse et des étudiants pour la paix, 1951, Musée national de l’histoire de l’immigration

Un jeu didactique d’Enzo Mari

Samedi 18 décembre 2021, 23h, Paris. Découverte dans son exposition finale de Milan en septembre, cette pièce inconnue m’intéresse à plus d’un titre. Oggetto a composition autocondotto, 1959, modèle rotatif sur un chevalet, reconstruit en 2006, est un diptyque, une boîte sous-verre contenant des pièces de bois, un segment fixe laissant un passage et 18 carrés, losanges ou triangles qui présentent des textures gravées, et un sous-verre contenant une notice manuscrite qui est un mode d’emploi et une explication. Outre l’invitation à une expérience de situation concrète de composition plastique et signifiante, cet objet présente l’exercice d’une fabrication artisanale, manuelle, ayant valeur de prototype relatif à un fonctionnement artistique. Le texte dit entre autres (traduction par LT) :
1 saisir le cadre et le pousser vers le haut
2 tourner dans le sens anti-horaire
3 le remettre en place et évaluer esthétiquement la composition
4 répéter l’opération plusieurs fois
5 les compositions sont mine de rien toujours différentes mais leur qualité esthétique est la même
Une constante est la recherche d’un équilibre entre les lois qui régissent la matière et le hasard. Par exemple l’effondrement d’une paroi rocheuse qui se brise suite à ses structures cristallines ou sédimentaires. De même l’effondrement d’un monument antique qui se fragmente le long des lignes de sa construction. Au fur et à mesure que les pierres tombent, elles s’arrangent « au hasard », chacune trouvant son propre « autre » équilibre. La forme globale qui en résulte ne peut être que cela ! Par conséquent, nous percevons la qualité esthétique de la nature lorsque différents types d’aléatoire déterminent un « autre » équilibre par rapport au précédent. Pour démontrer cette hypothèse, j’ai créé un petit modèle en 1959 en intercalant des éléments modulaires de forme équivalente entre deux plaques transparentes. En faisant tourner le modèle, les modules internes se recomposent de manières toujours différentes mais de qualité esthétique identique. En 50 ans ce modèle a été exposé plusieurs fois… mais sans susciter chez ceux qui l’ont vu l’envie d’en vérifier la démonstration. Pour cette raison, j’ai créé aujourd’hui un modèle plus grand posé sur un socle, dont l’image allégoriquement instrumentale devrait favoriser le désir d’en vérifier la démonstration.

Musée Nissim de Camondo

18 décembre 2021, 15h30, musée Nissim de Camondo, rue de Monceau, Paris, 8e. Voir l’exposition, ou l’intervention artistique d’Edmund de Waal, « Lettres à Camondo » — des pièces discrètes et parfois cachées, de porcelaine, de kaolin et d’or, et aussi un livre —, donne à visiter cet hôtel particulier 1900, inspiré du 18e siècle, et à s’intéresser à son histoire, une « maison de famille que l’Histoire a décimée. »

Lawrence Weiner


Jeudi 2 décembre 2021, Paris. Disparition de Lawrence Weiner. Lawrence Weiner, From Wood to Stone, 1974, lettres adhésives collées sur le mur, Mamco, Genève. Je l’ai découvert dans Quand les attitudes deviennent forme, Kunsthalle de Berne, Harald Szeemann, avril 1969 ; et suivi toujours depuis.