Blancs comme neige


Vendredi 8 janvier 2021, 13h45, Montcel, Savoie. Sur les routes des villages, les haltes de bus scolaires sont précédées par le panneau « attention aux enfants ». Le hameau se nomme Les Blancs. La neige fait penser à blanc, à blanc comme neige. Ce nom sous le panneau de signalisation joue comme une légende. Les deux silhouettes noires d’enfants sont Les Blancs. Ironie plutôt déplacée ? Tentative de désignation pour lever une contradiction ? Annonce pour dire « ici ce sont les Blancs » ? En ces temps de Black Lives Matter, les auteurs de ces panneaux veulent s’afficher « blancs comme neige ».

Un Rhône qui divague


Lundi 19 octobre 2020, 16h, Yenne, Savoie. Au sortir du lac de Genève, le Rhône hésite à se diriger vers l’ouest. Il va vers le sud pour remonter au nord. À plusieurs reprises il se divise. Ici, son bras le plus mince se partage encore et montre un ruisseau qui malgré tout brille derrière de géantes renouées du Japon. Quand on parle à juste raison de la sauvegarde et réhabilitation des lônes, par exemple, « préserver les milieux aquatiques liés aux anciennes divagations du fleuve », on dit aussi qu’il faut en passer par « l’élimination des espèces invasives telles la renouée du Japon ».

Nouées au pylône


Lundi 19 octobre 2020, 14h30, Yenne, Savoie. Non loin du Rhône, les Renouées du Japon — du genre Polygonum —, herbes géantes, invasives, ont des bouquets dans les prés. Il faut rappeler que cette plante ne se reproduit pas, elle ne connaît pas de reproduction sexuée (en dehors du Japon). Elle s’est donc propagée exclusivement par multiplication végétative grâce à son rhizome, tige réticulaire souterraine qui peut atteindre 30 cm de diamètre. Elle prolonge donc son existence en étant une seule et unique entité, le plus grand clone végétal de la planète. Le pylône à haute tension protège ici les plantes du fauchage. Cet autre rhizome, distributeur d’énergie à la demande, est le signe d’une ancienne modernité dont l’importation de la Renouée fait sans doute partie : en 1847, la société d’horticulture d’Utrecht lui décernait sa médaille d’or, pour la beauté de son feuillage et le parfum de ses fleurs inutiles [Voir : Fallopia japonica]. Domestiquée, esclave, l’intensité végétale va-t-elle renverser l’électrique.

Une lône


Lundi 19 octobre 2020, 14h20, Yenne, Savoie. Ce cours d’eau a pour nom La Lône — ici le correcteur orthographique tend à imposer : la lune. J’ai appris dans mon enfance à nommer les lônes, les bras incertains du fleuve — ce mot est, semble-t-il, réservé au Rhône — qui étaient des lieux de « plein air », et pour moi d’aversion du marathon. Ici, la confusion des êtres est ou bien troublante, ou bien attrayante. L’entre-deux de l’automne y a sa part. La photographie se plaît à la capter en l’ordonnant.