
Vendredi 1er janvier 2021, 11h. Notre mère, en souvenir. Le portrait d’Emma à vingt ans, telle qu’elle est sur la photographie de sa promotion de l’École normale.
Catégorie : Figurer
Estampilles de fer


Vendredi 18 décembre 2020, 16h, rue des Fusillés du Revard, Aix-les-Bains. Une exploration prolongée de la ville le confirme : il existe ici une manière très habile de faire des noms et des numéros de maisons à partir d’une tige de fer. On en compte des dizaines. Était-ce le fait d’un serrurier ou de plusieurs ? L’inspiration venait-elle d’une mode ou d’une certaine tradition ? La maison se nomme Crémaillère — le mot et le numéro en prennent la forme — car la rue a connu, dans le premier tiers du XXe siècle, le passage du train à crémaillère entre le parc des Thermes et le Mont Revard.
Selfiematon

Vendredi 13 novembre 2020, 13h. L’original, un photomaton de grand format, aux gris jaunis intéressants, n’est pas ici, mais je retrouve sur le site de Liliane sa version scannée. Pour participer à la pratique, peut-être équivoque, de publier sur Instagram des autoportraits, des selfies, — noter la distance entre ces mots — , il me vient de placer le mien dans un carré rouge sombre, avec la date 1970. Car il a 50 ans.
Matière à numéros


Vendredi 6 novembre 2020, 15h — 16h, boulevard de Chantemerle, montée de Cléry, Aix-les-Bains. L’observateur trouve facilement des numéros, des chiffres indiquant des nombres, destinés à indiquer des suites, des positions relatives, des adresses. Les exemples ici font ressortir à quel point les mêmes chiffres peuvent avoir une existence matérielle intensément singulière, fabriquée et située. Et des significations différentes. Le chiffre, comme tout signe, peut-il être pensé comme immatériel ? Le nombre comme loi, comme code, sans doute. Pourtant une idée n’échappe pas à la matérialité, non seulement comme concrétisation, comme apparition, comme intervention mais aussi comme évocation, comme intellection. On peut s’en sortir en disant qu’un numéro est deux choses à la fois : un chiffre ET un chiffre.
La vigne vierge
Une lône

Lundi 19 octobre 2020, 14h20, Yenne, Savoie. Ce cours d’eau a pour nom La Lône — ici le correcteur orthographique tend à imposer : la lune. J’ai appris dans mon enfance à nommer les lônes, les bras incertains du fleuve — ce mot est, semble-t-il, réservé au Rhône — qui étaient des lieux de « plein air », et pour moi d’aversion du marathon. Ici, la confusion des êtres est ou bien troublante, ou bien attrayante. L’entre-deux de l’automne y a sa part. La photographie se plaît à la capter en l’ordonnant.
Une châtaigne

Vendredi 9 octobre 2020, 17h, Aix-les-Bains. Venant de Servolex et retournant à Montarlet, nous avons mangé notre sandwich sur le chemin au-dessus du Nant de la Combe, assis sur un tronc, sous un châtaignier. La bogue de celle-ci a été particulièrement piquante. Photographiée, elle touche à l’étrangeté.
Deux prunes
Terre labourée


Mercredi 23 septembre 2020, 17h, Chemin de l’épine, Méry, Savoie. On dit aujourd’hui que retourner ainsi profondément la terre est néfaste à l’humus de surface qui retient l’eau, conduit à inverser négativement les espèces vivantes aérobies et anaérobies, oblige à un apport d’engrais dangereux. Pour les promeneurs que nous sommes, une telle surface, travaillée — labourée — par de puissantes machines, peut être admirée pour la régularité d’une trame robuste, qui donne à voir une matière perçue comme vraie.
Chemin du constructivisme

Dimanche 13 septembre 2020, 13h30, Grésy-sur-Aix, Savoie. Enquête de terrain, selon le principe, répété dans les années 70 : « pas d’enquête, pas de droit à la parole ». On a pu dire que ça provenait de John Dewey. Mais ce pragmatisme pouvait conduire aussi au dogmatisme. On a cité les produits de la Ferme des petits pois. C’est ici, mais on n’a pas vu précisément où. Prétexte à une marche de douze kilomètres où beaucoup d’aspects ont été heureusement notés, le Nant de la Baye par exemple, ses gorges étonnamment profondes, une vaste maison d’architecte au plan triangulaire, en bois et au toit plat herbeux. Les vues se construisent pour parler d’où elles proviennent. Ainsi, les poteaux et les fils du chemin des Choseaux. Avec encore un risque d’erreur : le fil qui rejoint le poteau central va en vérité au deuxième poteau, ce que montre l’ombre.

