
Jeudi 5 mars 2015, 10h31, embarquement dans l’Airbus du vol EZY4297 à destination de Milan Linate, aéroport d’Orly Sud. Le décollage prévu à 11h aura lieu une heure plus tard, le temps de changer une roue. L’Orly à la fois populaire et aristocratique dont la vision fut pour moi un événement en 1962 (et l’occasion de photographies difficiles, voir : http://jlggb.net/blog3/?p=105) a connu une suite de renversements. La jetée est fermée mais on prend l’avion comme un métro. Mais on passe trois fois plus de temps à vider ses poches, à faire passer son petit sac, sa trousse de toilette et sa ceinture, son iPhone et son iPad, dans la machine à détecter les dangers, qu’à voler à destination. Le nom de la compagnie s’écrit comme s’écrivirent le psychédélique et le pop, en Cooper Black. Et ce nom lui-même est devenu un URL. Tout ça pour se transporter dans le cyberespace, avec cette anomalie pourtant : alors que désormais chaque mini événement se photographie plus que facilement pour se mettre en ligne, on me dit qu’il est interdit de faire cette photo.
Catégorie : Photographie
De la bibliothèque : Roland Barthes par Roland Barthes

Dimanche 8 février 2015, 23h50, 93bis. Roland Barthes par Roland Barthes, éditions du Seuil, exemplaire personnel, édition originale de 1975. Page 187, un « dessin-graffiti » légendé « La graphie pour rien… ». Page 189, une « signature-graffiti » légendée « … ou le signifiant sans signifié. » La couverture présente, pour l’une des premières fois, un de ses dessins, aux crayons de couleurs. Sur à peu près 700, 385 dessins de Barthes sont à la Bibliothèque nationale depuis 2010. Voir : BnF. Graphie pour rien, graphisme illisible, exaltation du pur signifiant dit Tiphaine Samoyault. « Une écriture n’a pas besoin d’être « lisible » pour être pleinement une écriture. » écrit R.B. dans « Variations sur l’écriture » (Œuvres complètes IV, p.284). Il dit qu’il dessine en amateur, généralement le dimanche, au réveil. Nous avons eu, en avril 1999 à Kyoto, dans la maison de thé historique Omotesenke, l’honneur de voir, pour notre cérémonie, dans le tokonoma, la petite alcôve où est toujours accrochée une calligraphie, le dessin que Roland Barthes donna lors de sa visite. Car c’est bien le Japon qui devait l’inciter à dessiner de la sorte. Il en parle dans l’autre livre-album fétiche qu’est L’Empire des signes, Skira, 1970, y compris à travers le haïku : « Tout en étant intelligible, le haïku ne veut rien dire » (p.89).
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Retour au samedi 24 janvier 2015, 17h, 11 rue Servandoni, Paris, 6e, où habitait Roland Barthes. Voir : http://jlggb.net/blog4/?p=2571. Sur le bas du portail, un dessin gravé dans la peinture noire. Le réseau de griffures se prête sans équivoque à la reproduction car il est lui-même une trace, une empreinte. On est aujourd’hui revenu — à l’excès selon moi — de l’assimilation exclusive, des années 80, de la photographie à l’indice. Pourtant, Barthes le dit dans La chambre claire, « la Photographie est plate, dans tous les sens du mot. » (p.164). Voir : http://jlggb.net/blog2/?p=4485. Alors, le paradoxe apparent, c’est que le « dessin » du portail est largement lisible et qu’il nous raconte toute une histoire de vélos, de valises, de semelles qui ont tracé leurs passages.
Document/Monument

Jeudi 1er janvier 2015, 16h47, place de l’Étoile, après le chemin depuis le Louvre en passant par les Tuileries et la Concorde, photo à l’iPhone. Marquer l’année 2015 par une notation théorique : « L’histoire, c’est ce qui transforme les documents en monuments » écrivait Michel Foucault dans l’introduction de L’Archéologie du savoir, 1969. C’est peut-être une marque de la distribution de l’histoire en train de se faire : la pratique exponentielle du document photographique, y compris vidéo et sonore, par une masse de gens, partout dans le monde, l’accumulation de ces documents en bases de données accessibles en réseaux. L’ici extrême, le miroir géolocalisé, verso du flight ticket, n’existe que par ses éclats partout ailleurs. Et puis, c’est ce que l’on voit en direct dans cet après-midi historique, les documents de type selfies, selfies à perches, par dizaines dans le champ visuel à chaque instant, s’agglutinent aux « vieux monuments » de pierre pour les muter en hypermonuments. Renversement, ou alors prémonition : au XVIIIe siècle, le monument, objet mémoratif, signifie document :
« J’écris absolument de mémoire, sans monuments, sans matériaux qui puissent me la rappeler. Il y a des événements de ma vie qui me sont aussi présents que s’ils venaient d’arriver ; mais il y a des lacunes et des vides que je ne peux remplir qu’à l’aide de récits aussi confus que le souvenir qui m’en est resté. » Les Confessions, Livre troisième, 1728-1731.
Mural des boulets
Dépôt 144




Samedi 18 octobre 2014, 16h, Aix-les-Bains, 1353 boulevard Lepic. La photo du camp de prisonniers allemands d’Aix-les-Bains, créé au début de l’été 1945, est dans le livre Les Prisonniers de guerre allemands. France, 1944-1949 écrit par Fabien Théofilakis à partir de sa thèse (Éditions Fayard, avril 2014, 800 pages, 155 x 235, 32 €). Cette photo provient du CICR et a certainement été prise par un enquêteur de la Croix rouge de Genève. D’où a-t-elle été prise ? Par divers recoupements, on arrive à un point de vue qui donne, au-delà de la voie ferrée, sur des entrepôts de l’entreprise de construction Léon Grosse, et situé à l’extrémité du Chemin des plonges. Ce point de vue est, d’après la perspective, relativement haut. On peut penser qu’il s’agit du balcon qui est au bout de l’immeuble d’habitation, probablement construit pour des employés de la laverie et de l’hôtel Rivollier, Hôtel International, devant la gare. Le chemin fait un angle par rapport à la voie ferrée comme par rapport au boulevard Lepic qui lui est parallèle. C’est qu’il suit le cours de la petite rivière Tillet, aujourd’hui souterraine et en partie détournée en amont vers le lac par un canal creusé sous la colline de Tresserve. La carte postale montrant le château de la Roche du Roi, peu de temps après sa construction en 1900, permet de voir comment le Tillet passe sous la voie et comment elle alimente une patinoire puis des laveries. Le lieu du camp de prisonniers allemands a vraisemblablement été situé en fonction de cette possibilité d’écoulement. On lit dans le livre de Fabien Théofilakis que la présence de quelque 10 000 prisonniers fut une source de souillure du Petit Port qui provoqua inquiétude et protestations dans la Ville. 70 ans après, la photographie historique m’a conduit à tout un ensemble d’explorations sur le terrain et dans les cartes, de questions et de consultations de documents dont je ne peux pas rendre compte tellement se recoupent les histoires générales, locales et familiales.
À voir et écouter : Historiquement show 169, juin 2014.
Point de repère (9)

Mercredi 15 octobre 2014, 12h08, TGV Paris — Aix-les-Bains. Passage au point de repère dans le sens nord-sud (9e photo depuis le 25 mars 2011). Photo prise au 1600e de seconde dans le train à près de 300 km/h. La dernière fois, c’était le 25 juin : http://jlggb.net/blog4/?p=1388
Cadrage

Vendredi 15 août 2014, 15h30, Arles. La fondation Luma, de la milliardaire suisse Maja Hoffmann, a repris le site de 10 hectares des ateliers SNCF. Le chantier du bâtiment de Frank Gehry, qui certainement tirera la photo vers l’art contemporain, vient de commencer. Il est inscrit dans une clôture en contreplaqué : effet de cadrage.
Point de repère (8)

Mercredi 25 juin 2014, 20h42, TGV Aix-les-Bains — Paris. Passage au point de repère dans le sens sud-nord (8e photo depuis le 25 mars 2011). La dernière fois, c’était le 3 février : http://jlggb.net/blog4/?p=693
