Document/Monument

etoile selfie 1er janvier
Jeudi 1er janvier 2015, 16h47, place de l’Étoile, après le chemin depuis le Louvre en passant par les Tuileries et la Concorde, photo à l’iPhone. Marquer l’année 2015 par une notation théorique : « L’histoire, c’est ce qui transforme les documents en monuments » écrivait Michel Foucault dans l’introduction de L’Archéologie du savoir, 1969. C’est peut-être une marque de la distribution de l’histoire en train de se faire : la pratique exponentielle du document photographique, y compris vidéo et sonore, par une masse de gens, partout dans le monde, l’accumulation de ces documents en bases de données accessibles en réseaux. L’ici extrême, le miroir géolocalisé, verso du flight ticket, n’existe que par ses éclats partout ailleurs. Et puis, c’est ce que l’on voit en direct dans cet après-midi historique, les documents de type selfies, selfies à perches, par dizaines dans le champ visuel à chaque instant, s’agglutinent aux « vieux monuments » de pierre pour les muter en hypermonuments. Renversement, ou alors prémonition : au XVIIIe siècle, le monument, objet mémoratif, signifie document :

« J’écris absolument de mémoire, sans monuments, sans matériaux qui puissent me la rappeler. Il y a des événements de ma vie qui me sont aussi présents que s’ils venaient d’arriver ; mais il y a des lacunes et des vides que je ne peux remplir qu’à l’aide de récits aussi confus que le souvenir qui m’en est resté. » Les Confessions, Livre troisième, 1728-1731.

Pièces

mike nelson inside 2014
bruce nauman inside 2014
Dimanche 28 décembre 2014, 16h — 17h, Palais de Tokyo. De l’exposition Inside, deux pièces intéressantes qui sont des pièces : Mike Nelson (1967, Londres), dont on avait vu longuement la spectaculaire installation-construction Humpty Dumbty au Mamco en 2005, avec Studio Apparatus for Palais de Tokyo — A Maquette Turned Memorial to a Phantom Work: Four Way Introduction; towards mechanism to dislocate both time and space; futurobjectics (reversed); mysterious island * / * see Introduction or The Exorcism (of both the public and the private), 2014; Bruce Nauman (1941, Nouveau Mexique), Get Out of my Mind, Get Out of this Room, installation sonore (l’artiste répète sans cesse le titre), historique.

Archéologie métropolitaine

louvre-rivoli-restes
louvre-rivoli
Dimanche 16 novembre 2014, 19h, station de métro Louvre-Rivoli, Paris. Elle se nommait autrefois Louvre, avant que l’accès principal au musée du Louvre ne soit à la station Palais Royal. En 1968, la décision du ministre de la culture, André Malraux, fut très remarquée : les quais furent exemptés de publicité, habillés de pierre et devinrent le lieu d’une série de vitrines et de niches aux cadres de cuivre avec des copies d’œuvres antiques du Louvre. Tout a été détruit, des affiches de 1968 sont réapparues par fragments. Une archéologie véritable s’impose aux visiteurs. On découvre par exemple le nom de Jean Bernard-Luc, écrivain de théâtre et adaptateur pour le cinéma. Les mots …LISATION, … REVI, restent à déchiffrer.
Voir : « La Muette (comment la faire parler) », 23 août 2009, http://jlggb.net/blog/?p=4995.

le visiteur

Lundi 17 novembre, 17h. Françoise a trouvé, l’affiche est de 1947, signée Jacques Faria. On est donc dans une couche très ancienne. Le métro comme le web sont des mondes de visiteurs archéologues.

La Danse des heures – Der Stundentanz

bienne gare robert
Mercredi 29 octobre 2014, 18h30, gare de Bienne — ville éminemment bilingue. Vue déjà début septembre, la salle d’attente restaurée mérite vraiment qu’on s’y plonge. Bienne est une capitale de l’horlogerie mondiale (Rolex, Swatch), on s’y intéresse à la façon d’inscrire la durée. On y parle en ce moment sur tous les tons de la capacité à concurrencer l’Apple Watch. Philippe Robert (1881, comme Picasso — 1930), de la famille des peintres Robert (voir : http://www.collection-robert.ch/f/ds_1.php), dont on connaît Léopold (1794 – 1835) à la Chaux-de-Fonds, a peint ici en avril 1923, dans la petite salle d’attente — alors de première classe —, une série de quatre fresques : « La Ronde des heures », « Les Âges de l’homme, ses amours », « Les Saisons », « Le Temps-l’Eternité ». Parfaitement peintes aussi, des phrases :
« Joie ! La blanche virginité aux pieds de laquelle tant de couronnes ont été jetées, le midi de la certitude entraîne dans son orbite et transfigure même les heures les plus noires du destin contraire et de la mort. »
« Temps et éternité de la blanche cime, les minutes et leur tourbillon tombent dans le divin abîme de béatitude. »
« Tel un fleuve coulant à l’océan le jour et ses heures, l’année et ses saisons, la vie et ses âges nourrissent la féconde éternité. »

Fenêtre sur le lac du Bourget

carolus-duran aix-les-bains
Samedi 27 septembre 2014, 15h30, Musée des beaux-arts, Chambéry. Les pommiers en Savoie, vue sur le lac du Bourget est un tableau — huile sur toile — de Carolus-Duran (1837-1917), qui date de 1900, dépôt du musée d’Orsay qui expose La Dame au gant la toile célèbre de ce peintre. Un tel paysage est rare dans sa production dominée par les portraits mondains. Mais il eut l’occasion de marquer son passage à Aix-les-Bains par cette vue, peut-être reconstruite entre le premier plan et l’arrière-plan, qui relève du réalisme d’un Courbet — qu’il connut dans sa jeunesse — mais qui va vers la carte postale ou la diapositive, ce qui n’est pas un défaut.

Voir : https://jlggb.net/blog9/2025/07/14/vue-retrouvee/