Mon nom est (La vie des objets. Ch. 221)


Mercredi 30 septembre 2026, 16h, Leroy Merlin, Paris, 3e. Ça doit être changé dans la salle de bains. Dans le magasin, un doute soudain. C’est une bonde, comme sur un tonneau ? Le débouché ou bien le bouchon ? — métonymie. Une photo est faite et le vendeur prononce le mot en la voyant : « bonde ». Dans son livre Les noms et les mots, François Dagognet — mon maître – est catégorique : « les noms sont réservés à l’appellation des personnes, les mots à celle des choses. »

Échanger (La vie des objets. Ch. 220)


Mardi 29 septembre 2026, 14h30, Paris. Ils faisaient partie d’un caddy livré il y a une semaine. Les haricots blancs étaient possiblement au menu hier mais l’ouverture du bocal a livré la surprise d’un changement criant. Le couvercle troué s’est alors révélé. Il a suffi comme signe pour l’échange aujourd’hui à Monoprix.

Entreposer (La vie des objets. Ch. 219)

Samedi 19 septembre 2026, 19h, Aix-les-Bains. En allant prendre le train, un détour par cette plaque déjà observée, pour constater quel objet est posé là ce soir. Deux hypothèses : « Fait ce que je dis, pas ce que je fais », l’écriteau, « ce qui est posé devant », est l’objet premier ; une auto n’est pas un objet.

L’étranger (La vie des objets. Ch. 218)


Vendredi 14 août 2026, 11h, Aix-les-Bains. Nous sommes en 1956. À 11 ans, je suis loin d’imaginer que j’aurais à y vivre et à en fréquenter la sociologie contrastée. Nouveauté dans la famille, on a une voiture. Un périple vers Genève. Pour la première fois de ma vie, je passe une frontière, avec cette bizarrerie d’une zone franche pour le chocolat. Je ne me souviens de rien, sauf de l’endroit où est laissée l’auto, au bord de l’Arve, et du magasin de souvenirs « L’Ours de Berne », où j’ai droit à un joli fanion. Il est plus ou moins resté depuis à ma vue, symbole de l’étranger. Peut-être pour apparaître dans La Couleur des jours.

Mémoire (La vie des objets. Ch. 217)


Jeudi 21 mai 2026, 18h, Paris. Il a été souvent question ici d’Enzo Mari, pour l’exemple d’une singularité critique irremplaçable. Son calendrier perpétuel, dessiné en 1967, est devenu un objet rituel quotidien en 2015, avec ses qualités : donner une « épaisseur » au temps ; dénoncer le « temps réel ». Le « Jeudi 21 mai » a une particularité : ses quatre lames correspondantes sont jaunies. En mai 2020, pour échapper au confinement, on l’a abandonné pendant une année entière. Le 18 octobre 2020 Enzo Mari donne à la Triennale de Milan l’exposition d’une vie de travail, la dernière selon sa volonté. Le lendemain de l’inauguration, il meurt de la covid.

Vendre (La vie des objets. Ch 212)

Samedi 24 janvier 2026, 17h, boulevard Beaumarchais, paris, 11e. Voilà presque vingt ans que des serre-livres hésitaient entre un placard, un carton, le rebord de la fenêtre. Sans raison – ils venaient de ses parents –, ils ont été offerts à l’occasion d’une soutenance de thèse qui parlait du «  virtuel dans la peinture de fleurs et oiseaux sous les dynasties Song. » Internet est désormais capable de les identifier et d’indiquer une valeur : « Estimation 50 € / Émaux de Louvière – Belgique – XXe siècle / Porcelaine émaillée à décor de jeunes femmes agenouillées / Signés / Haut. : 16 cm – Long. : 11 cm – Prof. : 10 cm. » Trois kilomètres dans un sac, puis dans les mains durant un kilomètre aller et retour sur la brocante des boulevards Beaumarchais et Filles du Calvaire. Les jeunes femmes se sont exposées plus d’une heure sur un stand, rien. Plus loin, ça a été : « Combien vous en voulez ? — Vingt — Alors quinze. »