
Samedi 6 juin 2026, 16h, galerie Marian Goodman, Paris, 3e. Dan Graham, Tight Squeeze, 2015, two-way mirror, perforated metal, stainless steel, 230 x 508 x 179 cm. Fréquenter régulièrement ses propositions — le lire aussi, le rencontrer —, s’y voir inclus toujours d’une façon ou d’une autre, cela dure depuis les années 70.
Voir : https://jlggb.net/blog5/2017/03/25/effacement-du-dan-graham/
Catégorie : Existence
Liliaceae
Mémoire (La vie des objets. Ch. 217)

Jeudi 21 mai 2022, 18h, Paris. Il a été souvent question ici d’Enzo Mari, pour l’exemple d’une singularité critique irremplaçable. Son calendrier perpétuel, dessiné en 1967, est devenu un objet rituel quotidien en 2015, avec ses qualités : donner une « épaisseur » au temps ; dénoncer le « temps réel ». Le « Jeudi 21 mai » a une particularité : ses quatre lames correspondantes sont jaunies. En mai 2020, pour échapper au confinement, on l’a abandonné pendant une année entière. Le 18 octobre 2020 Enzo Mari donne à la Triennale de Milan l’exposition d’une vie de travail, la dernière selon sa volonté. Le lendemain de l’inauguration, il meurt de la covid.
Oisiveté, Jean-Jacques Rousseau

Mardi 24 février 2026, 11h30, Paris. La lecture de Walter Benjamin, De l’oisiveté (traduction par Olivier Mannoni, Payot, 2025) me ramène à Rousseau, à son goût de la collection, à sa flânerie de l’Île de Saint-Pierre, à ce que nous avons fait en 1993 sous le nom de Flora Petrinsularis. Livre douze des Confessions, il dit : « La botanique, telle que je l’ai toujours considérée, et telle qu’elle commençait à devenir passion pour moi, était précisément une étude oiseuse, propre à remplir tout le vide de mes loisirs, sans y laisser place au délire de l’imagination, ni à l’ennui d’un désœuvrement total. […] Mon défaut de mémoire me devait tenir toujours dans cet heureux point d’en savoir assez peu pour que tout me fût nouveau, et assez pour que tout me fût sensible. […] Je m’arrangeais déjà pour faire, avec un recueil immense d’observations curieuses, la Flora Petrinsularis. »
Piéger (La vie des objets. Ch. 213)

Dimanche 8 février 2026, midi, Paris. Une mite vit peut-être deux semaines. Une trentaine ont péri, piégées par un carton englué, attirées comme mâles par une dose de phéromone. Le carton s’en est nourri plus de deux ans. Il avait été oublié, sous la table, plaqué contre la paroi verticale d’un ordinateur.
Créer (La vie des objets. Ch. 211)
Dimanche 11 janvier 2026, midi, Paris. La cloison entre deux caves, sous la cour, a connu un événement particulier. On ne peut pas dire quand. La construction a plus de cent ans. La partie supérieure de cette séparation est composée de briques espacées pour permettre l’aération. Recueilli simplement, par hasard, c’est un fragment de la surface conjointe de deux briques, avec une bande de ciment qui les reliait. La vie des objets a produit un objet qui mérite le nom d’objet d’art.
Son autoportrait
Mardi 23 décembre 2025, 15h, Fondation Louis Vuitton, Paris. Cette monumentale présentation, une vie d’artiste, peut sans doute s’observer comme une biographie. Mais non comme une autobiographie puisque vie et œuvre se confondent. Ceci se peut se vérifier avec son Selbstportrait, 1996, qui évite l’ostentation des modèles standards en pointant un moment de sa vie. Cette simple peinture, à l’instar de toutes ses peintures figuratives, mime l’aspect de la photographie, avec ce qu’elle peut porter de non artistique, de transparence de la représentation. Par son effet de miroir, comme tout un pan de l’œuvre de Richter, ce tableau exerce une inclusion du regardeur dont émerge en vérité une distanciation.


