Deux chokos

Lundi 27 juillet 2026, 12h, Paris. Deux simples tasses de porcelaine, témoins historiques. Au début du 17e siècle, des potiers coréens, déportés par les Japonais vers l’île proche du Kyushu, ont inauguré une porcelaine véritable dont la région d’Arita est aujourd’hui encore la capitale. Ce que nous pouvons nommer un gobelet, selon la formule des archéologues qui connaissent cette forme, en tronc de cône bas, comme le plus ancien des récipients faits par les humains, a conservé au Japon un nom venant de Chine et de Corée : le choko. Le Soba Choko, est devenu une manière de nom propre pour un acteur de la dégustation des nouilles de soba, de sarrasin, objet aux dimensions fixes et porteur d’une décoration au bleu de cobalt, devenu principalement un objet de collection du fait de la variété infinie de ses motifs et de leur accumulation dans l’histoire. Ici, le choko rectiligne, de 6 cm de haut et 6 cm de base, pour une ouverture de 8 cm, est l’exemple rare d’une absence de motif. Celui au profil courbe provient bien du Kyushu, conserve son nom de choko sur l’étiquette de la firme « sans nom » , Muji. Damien Kunik, le conservateur en charge du Japon au MEG — Musée d’ethnographie de Genève — qui est historien du mouvement Mingei, fondé il y a un siècle par Soetsu Yanagi en faveur d’une reconnaissance des arts populaires, parle avec raison du « soft power » qu’est devenu le Mingei après la seconde guerre, en faveur du design japonais. C’est en particulier le fils de Yanagi, le designer Sori Yanagi (1915-2011), qui a conduit ce courant, après avoir été l’assistant de Charlotte Perriand. En 2006 à Tokyo, mais aussi à Milan en 2007, Jasper Morrison et Naoto Fukasawa ont produit l’exposition marquante « Super Normal », inaugurée en hommage à Sori Yanagi. Parmi les 210 objets retenus, de toutes sortes, signés ou pas, mais d’un ordinaire élégant, aucun ne présente une décoration. Et le numéro 160 est précisément le choko Muji, sous l’intitulé « Dipping sauce cup ». En résumé, nous avons plusieurs de ces derniers chokos redessinés que nous aimons bien, dont nous ne pourrions nous passer, pour boire comme pour manger.

Juillet 2026

Dimanche 26 juillet 2026, 21h, Paris. Suite mensuelle des récipients circulaires avec ingrédients. On n’y échappe pas cette fois, on admet la métaphore, pas l’analogie, le transport.  Quitte à répéter les œufs en train de cuire, la composition « porte-bonheur » du 1er janvier, pour comprendre désormais tout autre chose, une condition difficile.

Matisse, Arbre


Vendredi 24 juillet 2026, 17h, exposition « Matisse 1941-1954 », Centre Pompidou, Grand Palais, Paris. Arbre, 1951, fusain, encre de Chine et gouache sur papier marouflé sur toile, Centre Pompidou, Musée National d’Art Moderne, Paris, Dation Pierre Matisse, 1991. La légende dit : Sa représentation lui donne l’occasion de théoriser la distinction entre le dessin d’imitation et le dessin fondé sur l’identification avec le modèle qu’il trouve dans la tradition artistique chinoise : « quand vous dessinez un arbre, ayez la sensation de monter avec lui quand vous commencez par le bas ». En 1989, Les Cahiers du CCI, numéro spécial « Les chemins du virtuel », publie mon étude « Pour que poussent les images ». C’est l’occasion pour moi d’associer ce que j’ai pu comprendre des procédures de la peinture de lettré chinoise avec ce que j’explore de façon critique dans l’image calculée. J’aurais dû connaître et citer cette œuvre de Matisse.
Télécharger ce texte, repris dans La relation comme forme, Mamco, Genève, 2008 : http://jlggb.net/jlb/wp-pdf/Jean-Louis Boissier_Pour que poussent les images_1989.pdf

Matisse, exercice


Vendredi 24 juillet 2026, 17h, exposition « Matisse 1941-1954 », Centre Pompidou, Grand Palais, Paris. « Il s’adonne à la pratique répétitive d’exercices calligraphiques ou de dessins qui le plonge dans un état d’absorbement proche de l’hypnose. » Ecriture, dessin et peinture sont, chez Matisse, un agencement. Je dois citer ici la thèse de l’ami Ye Xin, La Conscience de l’écrire dans le langage pictural : de la tradition chinoise à l’esprit contemporain occidental, 1995, qui le conduit précisément à Matisse.