
Photo © Patrick Zachmann/Magnum, Tiananmen, mai 1989.
Mercredi 4 juin 2014, 23h59. En mars avril 1989, je me suis rendu à Pékin avec Jean-Paul Goude que je conseillais pour le repérage d’artistes — acrobates, pratiquants des arts martiaux, acteurs de l’opéra de Pékin, musiciens populaires, danseurs de hip-hop, etc. — qui devaient participer au défilé des 200 ans de la Révolution française, le soir du 14 juillet 1989, sur les Champs Élysées et la place de la Concorde. Il y avait à Pékin une ambiance intéressante. Parmi nos diverses rencontres, nous avons été reçus par un vice-ministre des affaires étrangères qui avait un trait remarquable au moins : il portait des baskets. Il faut dire que nous avions une lettre de mission signée par François Mitterrand, ce qui ouvrait bien des portes. Après les manifestations de la place Tiananmen et leur répression sanglante le 4 juin 1989, tout fut annulé. La Chine était présente en tête du défilé du 14 juillet, mais représentée par des Chinois de Paris. Un ami de l’École des beaux-arts de Pékin était venu à Paris pour l’exposition Les Magiciens de la Terre au Centre Pompidou dont il avait assuré une part du choix des artistes : Fei Dawei. Il resta en France et il y vit aujourd’hui encore. Des artistes, Ma Desheng, Ling Fei et d’autres, furent, dans une certaine mesure, aidés à rester en France. Patrick Zachmann fit un premier séjour en Chine en 1982 avec mon aide. Il travaillait à une série de photographies sur la diaspora chinoise, Paris et Pékin. Il fut l’un des photographes de la place Tiananmen en mai 1989 : http://www.magnumphotos.com/C.aspx?VP3=SearchResult&STID=2S5RYDIRZ96X . Il entra à Magnum en 1990. Aujourd’hui, quand on parle aux jeunes Chinois — et on en connaît beaucoup parmi les étudiants en art —, ils ignorent ce qui s’est passé il y a 25 ans.
Catégorie : Photographie
Cadrage


Lundi 19 mai 2014, 20h, hôtel Steigenberger, Hambourg. Ce qui s’offre à la vue est le hasard du numéro de chambre. Puis c’est l’axe du clocher en travaux, Saint-Nicolas, mémorial des attaques aériennes de 1943, vertical, du ciel, comme la chute des bombes. Puis les arbres s’imposent, comme pyramide opposée, vivante, basée sur l’eau.
Le pont Masereel


Dimanche 16 février 2014, 12h30, Pont de Bercy, Paris 12e. À la fin des années 70, Frans Masereel nous occupait avec ses gravures des années 20. La photo (tirage personnel cibachrome d’après une diapositive Kodachrome) où figure Liliane fut prise pour son 30e anniversaire et depuis, nous nommons ce pont « Pont Masereel ». L’élargissement par une deuxième voie date de 1992.

Frans Masereel, La Ville, Paris, 1925, livre de 100 gravures sur bois.
Voir : http://www.frans-masereel.de/15427_Die_Stadt.html
Des archives : un lieu qui va disparaître



Samedi 8 février 2014, Aix-les-Bains. Des archives photographiques, trois des clichés que je fus conduit à réaliser en croisant la recherche d’un style photographique et le désir de documenter un moment. À Pierrelatte, dans la vallée du Rhône au sud de la Drôme, mon grand-père a exercé toute sa vie l’artisanat de la construction : peinture, maçonnerie, carrelage, etc. En 1965, il a 85 ans, c’est un jour sombre pour lui, sa remise connaît ses derniers jours avant une destruction pour l’élargissement de la rue et la création d’une place. Transformation liée à la mutation de la ville : l’usine d’enrichissement d’uranium militaire vient d’ouvrir. L’atelier affichait une sévère volonté d’ordre mais aussi un savoir-faire économe et un gout pour la belle disposition des outils et des matériaux. Au sud du bâtiment, donnant sur un long jardin bordé par un canal, se trouvait une buanderie, avec une verrière, un grand bassin, une pompe à bras, des lessiveuses en zinc, des fauteuils en rotin, les odeurs de savon de Marseille, de soude, de lavande et d’eaux usées.
Une fois encore

Lundi 3 février 2014, 8h35, TGV Paris Genève. Nouveau passage au point de repère.
Voir : http://jlggb.net/blog4/?p=576
Étrangers indésirables

Dimanche 26 janvier 2014, 16h, Galerie du Jeu de paume, exposition Erwin Blumenfeld (1897-1969) Photographies, dessins et photomontages (http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&idArt=1775). Dans sa biographie : celui qui a été un jeune soldat tenté par la désertion en 1917, un adepte du dadaïsme et un marchand de sacs pour dames à Amsterdam, l’auteur d’un célèbre photomontage d’Hitler, est devenu photographe de mode à Paris depuis 1936 lorsqu’il est conduit, en 1940, dans les camps où la France enferme les « étrangers suspectés de porter atteinte à la défense nationale ou à la sécurité publique ». Sur sa route, le camp de Loriol, dans l’ancienne usine d’Aspirine du Rhône. Il en parlera avec pas mal d’humour dans son autobiographie, publiée après sa mort, Einbildungsroman, Eye to I, traduite en français sous le titre Jadis et Daguerre, Robert Laffont, 1975, La Martinière, 1997, Textuel, 2013. Il y reste très peu de temps car, devant l’avance de l’armée allemande, en juin 1940, les détenus sont évacués vers d’autres camps. Sur ce sujet le travail historique est récent, on peut lire Robert Serre, « Quatre lieux d’internement dans la Drôme », Écarts d’identité, n°115 (http://www.revues-plurielles.org/_uploads/pdf/6/115/ei_115_serre.pdf). Parvenu avec sa femme et leurs trois enfants aux États-Unis, il sera le célèbre photographe d’Harper’s Bazaar et de Vogue.
Erwin Blumenfeld, Hitler, 1933. Vue de l’usine Poulenc Frères à Loriol, années 20. La famille Blumenfeld à Long Island, New York, en 1942. (Photos DR)
L’âge (Vie des objets. Ch. 24)

Mardi 14 janvier 2014, 23h59, Aix-les-Bains. Acheté à Valence en juillet 1959, cet appareil photographique 6×6 reflex à deux objectifs Semflex Standard objectif Som Berthiot 4,5/75 type 4 avait été fabriqué par la Société des établissements modernes de mécaniques à Aurec, Haute Loire, créée en 1948. Son numéro est 413345. Utilisé entre 1959 et 1964, il est resté inactif depuis. Aujourd’hui, l’obturateur fonctionne encore, peut-être un peu lentement : une certaine oxydation, un peu de grippage mécanique. Les lentilles sont voilées mais pourraient être nettoyées. Pour fonctionner et enregistrer des clichés, il lui faudrait un film format 120. Mais il s’est passé tout autre chose que ce qu’on imaginait quant à son vieillissement : cette pellicule est presque introuvable. Voir « Fragment autobiographique n°1 » : http://jlggb.net/blog4/?p=455.


