La réalité augmentée


Mardi 18 juillet 2017, 14h49, rue Beccaria, Paris 12e. On entend dire que le prochain iPhone comportera un dispositif de réalité augmentée pour l’employer à mesurer les choses. Cette photo contient déjà les métadonnées de ses circonstances : 48° 50′ 48.42 » N — 2° 22′ 44.778 » E — 38,41 m — 100,12° (direction magnétique) — 18/07/2017 12:49 GMT (14:49). Si le réel en appelle aux codes, aux mesures, pour faire réalité, il est possible de voir, en toute réalité, une réalité augmentée. Ainsi, les nombres à la peinture rouge, même s’ils viennent avec leur part de contingence d’exécution, augmentent le goudron du trottoir. Un réel qui subit une perte d’inconnu ne serait-il pas plutôt une réalité diminuée ?

Il est ici


Mardi 11 juillet 2017, 16h, passerelle du Bassin de l’Arsenal, Paris 12e. Le mûrier Morus platanifolia [aux feuilles de platane] a de bonnes mûres et peut nourrir le bombyx. Ses feuilles à la fois simples et pentalobées, brillantes et intenses, peuvent souligner qu’il est venu en Europe, de Mongolie, de Chine, de Corée, du Japon, au début du XXe siècle seulement. Il donne un ombre dense, emplit l’espace, s’agite dans le vent, existe aussi ailleurs, mais se plait à dire où il est.

Un point du cours des fleuves



Samedi 22 avril 2017, 13h — 14h30, Arles. La Canal d’Arles à Bouc, où il est fait tranquille par une écluse vers le Rhône. La voie ferrée, là où elle sort de ce qui était les très imposants Ateliers de construction et de dépôt du chemin de fer, du PLM dès 1845 puis de la SNCF jusqu’en 1984 — aujourd’hui chantier du projet Luma pour l’art contemporain. C’est l’intervention d’Alphonse de Lamartine, le 30 avril 1842, qui fait adopter le tracé d’Avignon à Marseille passant par Arles :

« En deux mots, Messieurs, voici la raison qui me décide et qui tranche pour moi le doute, le doute que j’ai un instant partagé avec vous. J’ai ouvert la carte, je suis allé sur les lieux, j’ai vu, j’ai suivi, j’ai embrassé de l’œil, de la pensée, du calcul, cette magnifique, large, profonde vallée du Rhône que la nature semble avoir creusée et dessinée dans ses détours jusqu’au cœur du pays le plus fertile et le plus industrieux de la France, jusqu’à Lyon pour en faire la grande route fluviale, le grand déversoir du commerce et des produits agricoles de notre pays. Le Rhône à Arles est encore navigable pour les navires dont le tonnage supérieur ne les laisse flotter que sur la Mer et où ces navires étaient forcés de s’arrêter pour transborder leurs marchandises sur les bateaux plats et plus légers du fleuve. À un point pareil du cours des fleuves, la nature a écrit la place d’une ville. Elle s’y fonde nécessairement, et pour peu que des circonstances violentes ne viennent pas la neutraliser, elle y grandit, elle y prospère, elle y enrichit le pays auquel elle appartient. Telle est précisément l’admirable position d’Arles, et l’Antiquité qui ne jetait pas ses essaims, ses colonies au hasard, ne s’y était pas trompée ; ses quais, ses monuments vous le témoignent ».