la question mingei

Le mouvement nommé en 1925, par Yanagi Soetsu, Mingei, comporte marginalement mais de façon spécifiquement appuyée, le soba choko, gobelet de porcelaine peint au bleu de cobalt, de style Imari, on dirait aujourd’hui de la région d’Arita, dans l’île de Kyushu. Quelques phrases de Yanagi Soetsu font l’éloge de la simplicité d’exécution et d’usage démocratique des pièces de sa collection, figurant pour une part dans le musée qu’il a créé à Tokyo, le Mingeikan, 日本民藝館.

Depuis un siècle, la notion de Mingei a évolué, s’est transformée, a connu un renouveau nécessairement différent. Si l’on doit comprendre et la juger historiquement, ses références actuelles, significatives en termes de style, de production ou de mode, peuvent être relativisées et confrontées à d’autres courants internationaux de l’art et du design.

Pour mémoire, on peut rappeler qu’originellement, selon Yanagi, les objets Mingei se définissaient selon ces idées :
1. Ils ne sont pas signés par un artiste célèbre, mais créés par un artisan anonyme pour l’usage dans la vie quotidienne. Leur beauté ne naît pas de l’expression artistique individuelle mais de l’exercice et de la pratique de plusieurs générations d’artisans.
2. La beauté naturelle du matériau utilisé est mise en valeur, car ils sont simples de forme, cette forme qui est aboutie avec le temps et l’usage.
3. Ils ont toujours été produits en grande quantité et vendus à bon marché, cela implique une beauté qui vient de la pratique et la répétition plutôt que de l’effort artistique conscient.
4. Ils ont une apparence naturelle et saine plutôt que l’élégance affichée de l’art pour l’art.
5. Ils sont fabriqués avec les matériaux locaux et expriment le caractère particulier de leur région.


Pages de l’ouvrage en deux tomes dédié aux collections Mingei de Yanagi : Muneyoshi Yanagi; Takeshi Fujimori; Nihon MingeikanPublished by Toà « kyoà  » : Sekai Bunkasha, 2008.
Traduction approximative de la légende : Soba choko, Arita, période Edo (XVIIe-XIXe siècle). La demande était forte à cette époque et produisait une expédition du port d’Imari vers divers pays. Yanagi a dit que que le charme de la relation à ces choses était la raison de leur collecte et de leur collection. La beauté du choko vient de sa forme et de la très grande variété de ses motifs. La bleu indigo est une couleur tonique et les pièces peintes répétées sont libres et belles.

La publication ci-dessous, de 2011, ISBN978-4-582-94535-5, présente un itinéraire des arts populaires au Japon, un ensemble de lieux d’artisanat labellisés selon le mouvement Mingei, dont un atelier d’Arita et un autre de Tobe produisant des soba choko.

Le Mingei, en dépit des opinions contradictoires qu’il suscite, et de façon paradoxale, est mis à contribution au Japon et à destination de l’étranger, pour la promotion d’une certaine modernité du design japonais.
Ce fut le cas en 2009 avec l’exposition du musée du Quai Branly, d’une exposition au musée des Arts Décoratifs et aussi de la Maison de la culture du Japon.


L’ESPRIT MINGEI AU JAPON

De l’artisanat populaire au design
30 septembre 2008 — 11 janvier 2009

Dans cette exposition, à partir d’un cas précis — celui du penseur Yanagi Soetsu, promoteur du mouvement « Mingei », et son fils Yanagi Sori, premier designer d’après-guerre —, il s’agit de réfléchir au rapport que le XXe siècle a établi entre la redécouverte de certains arts traditionnels et l’évolution de l’art moderne international à travers le design. Cette dynamique sort la perception des arts populaires traditionnels d’un point de vue strictement ethnographique ou anthropologique, pour l’inscrire dans une situation historique précise : celle du Japon de la première moitié du XXe siècle (jusqu’à la fin des années cinquante). Il s’agit aussi d’une perspective esthétique, morale et formelle, qui trouve aujourd’hui ses échos dans les « formes originelles » de certains designers contemporains.
Note d’intention du commissaire de l’exposition, Germain Viatte

Ouvrage / Catalogue


L’Esprit Mingei au Japon, Actes Sud – Musée du quai Branly, 2008, 144 pages.

Document pdf à télécharger : Germain Viatte, « Chronique d’une exposition », Revue de la société des amis du musée national de céramique : http://jlggb.net/collection/wp-pdf/mingei-viatte.pdf

Le revue Cipango, Cahier d’études japonaises, 2009, « L’invention des ‘arts populaires’ Yanagi Soetsu et le Mingei » publie une série d’études qui mettent en question les expositions, l’histoire et l’image que peut avoir le mouvement. À lire ici : https://journals.openedition.org/cipango/371

Tiré à part de La Revue de la céramique et du verre, n° 163, 2008, textes de Dauphine Scalbert, 1993, « Yanagi et le Mingei » et « Sori Yanagi » de Issey Miyake : http://jlggb.net/collection/wp-pdf/yanagi-et-le-mingei.pdf

Bibliographie des textes de Dauphine Scalbert : lien

http://www.euroceramique.com/ateo/francaisateods/articlesceramique/articlessurlaceramique/articlesdedauphinescalbert.html


Soetsu Yanagi, The Beauty of Everyday Things, translated by Michael Brase, Penguin Classic, 2018


Shoji Hamada, Bernard Leach, Soetsu Yanagi et Marguerite Wildenhain au Black Mountain College, 1952. Source : American Craft Council. La présence de Marguerite  Friedlaender-Wildenhain manifeste le lien établi entre le Bauhaus — dont elle fut élève dès le début (1919-1925) — le Mingei et leurs prolongements aux États Unis.

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Leach Pottery 1954 LOOP from Marty Gross on Vimeo.

Bernard Leach et Shoki Hamada. Voir Mashiko Trailer : https://vimeo.com/298469197

2018-2019

Exposition au musée 21_21 Design Sight de Tokyo, par Naoto Fukasawa, designer et directeur du Mingeikan (musée, Tokyo, http://www.mingeikan.or.jp/english/info/), décembre 2018 — février 2019 :
Mingei – Another Kind of Art.
Article sur Designboom : https://www.designboom.com/design/naoto-fukasawa-interview-mingei-21_21-designsight-12-22-2018/



Plate with reticulate patterns, Jingdezhen (China), Ming dynasty, 17th century, image courtesy the Japan Folk Crafts Museum.

Sori Yanagi (1915-2011), le fils de Soetsu Yanagi (1889-1961), a été son successeur au Mingeikan de Tokyo, musée d’art populaire. Designer de grande envergure et mondialement reconnu, il ne partage pas, peut-être dans un premier temps, les idées de son père « qui pour lui représentait le passé » écrit Charlotte Perriand dans son livre Une vie de création, Odile Jacob, 1998, pp. 155-156. « Pourquoi ces objets devraient-ils être plus beaux que ceux créés pour l’industrie ? » Mais « il réalisa la synthèse de ces deux modes de production : celle de l’artisan et celle destinée à l’industrie qu’il veut parfaite. »

2019 06

L’idée de Compact Life développée par Naoto Fukasawa chez Muji, 2019 : https://www.muji.com/fr/compactlife/column002.html