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Le programme Digital Soba Choko

(version en cours)

ARGUMENT

Digital Soba Choko est un projet artistique expérimental ayant trait à la collection et à la fabrication de gobelets de porcelaine ou, plus généralement, de céramique, assimilés aux soba choko de tradition japonaise, à la jonction de techniques traditionnelles et de techniques numériques.
Le digital — le numérique — désigne trois ensembles méthodologiques : la modélisation et la reconnaissance de formes ; les modalités d’exploration et d’inventaire ; les dispositifs de fabrication computationnels.
Le digital — les doigts de la main — indique aussi la dimension tactile de la fabrication et d’usage d’un objet de céramique ancré dans l’histoire et une nécessaire approche comparatiste.

Digital Soba Choko est une étude de cas, centrée sur un objet spécifique, apte à instaurer une approche multidisciplinaire, comparatiste, transversale. Le projet se développe selon un ensemble de chapitres ayant une certaine indépendance de mise en œuvre, reliés entre eux selon une approche comparatiste et dans la perspective de publications, d’un film et d’une exposition.

Digital Soba Choko est un scénario ouvert à des opérations originales et distinctes, résultant de diverses initiatives inventives à venir, dont la conjugaison peut elle-même constituer une proposition artistique.

PROJET

Le projet est centré sur l’investigation multidisciplinaire, historique, ethnographique, esthétique, technologique, etc. d’un gobelet de céramique traditionnel au Japon.

La recherche considère au Japon, et hors du Japon, les exemplaires anciens, les collections, la production ancienne et contemporaine, les usages.

Elle vise à confronter ces pièces existantes à des pièces dont la création peut être suscitée dans un esprit de traduction, autrement dit de transformation, de croisement avec des objets semblables ayant des histoires distinctes. 

La coopération avec des instances de recherche en céramique pourrait porter principalement sur l’examen de principe d’une telle traduction, sur le développement et la mise en œuvre expérimentale et effective de procédés et d’instruments de fabrication. Elle devrait concerner aussi l’évaluation, la démonstration et l’exposition active des pièces en relation avec des pièces de collection et avec des pièces selon les techniques traditionnelles et populaires.

Pourquoi le choix de cet objet qui apparaît comme propre à la culture japonaise ? L’objet nommé au Japon soba choko présente plusieurs caractéristiques singulières.

C’est un récipient de céramique, un tronc de cône aussi haut que large, dont la forme géométrique déterminée apporte un minimalisme qui lui fait traverser le temps. Il connaît des variations de matière et de décoration mais il a une histoire ancienne en particulier dans sa version de porcelaine blanche recevant des motifs et dessins au pinceau au bleu de cobalt.

Le soba choko est attaché à la consommation de nouilles de sarrasin. Sa fonction première est celle d’intermédiaire entre le plat et la bouche, de recevoir au passage les nouilles qu’on trempe dans son bouillon pour leur apporter un goût. Mais c’est aussi un terme générique qui ouvre aux usages les plus variés. De la sorte de soba choko est un récipient significatif d’un usage varié et populaire dans la catégorie générale des récipients individuels, des gobelets.

Cette particularité historique explique que cet objet ne se trouve pas obligatoirement dans tous les magasins de vaisselle, bien que les années récentes semblent inverser la chose. Cette rareté relative est contredite lorsqu’on découvre des livres qui recensent un millier de pièces historiques, classées selon la thématique de leurs décors. Si ces objets n’apparaissent pas dans les chefs-d’œuvre de la porcelaine, s’ils sont par essence populaires, leur valeur tient à l’effet de collection qu’ils produisent.

La simplicité du soba choko et l’uniformité de ses dimensions et de son profil, associées à la diversité de ses motifs, incite à le considérer comme un support. Autrement dit, la singularité d’une pièce soba choko tient à la rencontre d’une norme volumique et d’une digression décorative, picturale et langagière, ou, plus encore, à l’unité foncière d’un objet qui se désigne comme « dessin au bleu de cobalt sur porcelaine blanche tronconique ».

Les différents chapitres du projet artistique expérimental Digital Soba Choko en cours d’élaboration associent des artistes et des chercheuses et chercheurs de plusieurs disciplines ainsi que des partenaires universitaires, industriels et muséographes.

Le propos est de mettre au point des procédés numériques automatiques capables d’une part de générer et de fabriquer des gobelets de céramique et d’autre part d’en peindre les motifs tout en contribuant à poursuivre la diversité des objets appartenant à la famille du soba choko. Il s’agit de prolonger une mise en œuvre de dimension gestuelle, corporelle et mentale et aussi d’inventer d’autres méthodes de fabrication de variantes originales conformes au soba choko. Si des méthodes d’intelligence artificielle sont mises en œuvre, il s’agit de le faire avec intelligence, c’est-à-dire avec une distance critique et aussi selon des principes comparatistes. Ainsi, la notion de rudimentaire ne serait pas considérée comme une limite mais bien comme une dimension esthétique. Serait également expérimenté l’aspect performatif de la fabrication d’un objet attaché à une circonstance particulière et à une personne pouvant se reconnaître comme l’auteur. Le performatif trouverait encore un écho dans des usages et rituels mis en scène.

Le projet peut conduire à des workshops, à des exposés pédagogiques et culturels, à des publications et des films. Il doit principalement aboutir à une exposition qui réunirait des soba choko de collection anciens ou contemporains et les pièces résultantes de l’opération Digital Soba Choko.

Les captures vidéo des recherches et expérimentations, étroitement liées aux procédés de fabrication, les enquêtes et entretiens enregistrés avec les chercheurs comme avec les personnes concernées à un titre ou à un autre, en particulier au Japon, les performances d’usages, donneront lieu à un ou plusieurs films.

 

PROGRAMME

A. Étude

A1. Description typologique du soba choko. Caractéristiques formelles. Histoire des fonctions et des fabrications. Notion de série. Variabilité. Collections, inventaires. 

A2. Considération du genre gobelet dans toute son étendue. Caractéristiques, proximités avec le soba choko. Inventaires et taxinomie. Notion d’Atlas du gobelet.

A3. Établissement de bases de données descriptives et prospectives du gobelet, dont le soba choko. Données et métadonnées, répertoires actifs, investigations, récits.

B. Fabrication

B1. Produire des soba choko avec diverses méthodes propres à la céramique. Produire des soba choko avec des imprimantes 3D céramique pour en explorer la variabilité. Expérimenter une variabilité très accentuée par des procédés génératifs ayant des référents tout autres, scientifiques, ethnographiques, historiques.

B2. Produire des soba choko de porcelaine blanche portant des motifs au bleu de cobalt, dessins, signes, caractères avec des robots spécialement mis au point, effectuant des tracés au pinceau. Expérimenter les effets et résultats. Introduire des motifs générés à partir de bases de données issues des collections propres au soba choko, empruntées dans d’autres registres et dessinées. Modélisation de captures de la main mais aussi d’autres fonctions gestuelles, y compris vibrations corporelles et ondes cérébrales. Modélisation de la touche et du savoir faire. Mise en perspective et mise en valeur de l’intelligence créative humaine par l’intelligence artificielle en s’appuyant de façon comparatiste sur des pratiques manuelles relevant ou non de la tradition.

B3. Produire des soba choko dont la matière, l’aspect, la texture, sont l’expression effective du procédé de fabrication.

C. Valorisation

C1. Concevoir et organiser une exposition ou plusieurs versions d’une exposition, propre à montrer et démontrer les divers chapitres de la recherche. Associer des contributions complémentaires ouvertes. Publier des analyses, des inventaires et des comptes rendus d’expériences. Accompagner et archiver les opérations sous forme de vidéo, réaliser des films.

C2. Programmer les dimensions didactiques du projet artistique expérimental relatives à chacun des points et chapitres. Discussions, appels à contributions, journées d’étude pluridisciplinaires, apprentissages, ateliers.

C3. Mettre en place des participations effectives mettant en œuvre les procédés et dispositifs développés, à destination de certains acteurs et publics.

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