
Mardi 28 juillet, 19h, 93bis. Sans prévenir. Mais peut-être une faille était là. Une lame est faite avec ça.
Retour à Beuys : http://jlggb.net/blog/?p=1867
La différence (Ch. 37)

Dimanche 12 juillet 2015, 20h, 93bis. Réminiscence du 24 septembre 2011, « La tradition ». À la boulangerie voisine, boulevard Voltaire, cette fois : « Une tradition, coupée en deux, s’il vous plaît. » Le « s’il vous plaît » est là d’abord pour le « coupée en deux ». Entre la nostalgie et l’autocritique des années ’70s vincennoises, il reste la déclaration formelle : « Un se divise en deux ». Faire apparaître la contradiction n’est pas toujours utile. Ici, on gagne en différences.
L’emploi (Ch. 36)

Mardi 23 juin, 17h30. Je suis une enseigne. Je ne sais plus mon nom mais je sais que mon emploi est d’inscrire le mot PHARMACIE — en capitales, en Times gras — ici au 305 Faubourg Saint Antoine, près de la rue des Boulets et de la rue Chevreul, Paris 11e — coordonnées 48°50’56.51″N / 2°23’32.62″E — à 4,20 m du sol, dans un plan vertical orienté de 13 degrés Nord-Ouest. Mes trois dernières lettres ont basculé, les fils électriques de leurs néons ont été débranchés, je ne sais plus quand ni à cause de quoi. Mais j’entends dire que je signifie encore mieux depuis que j’attends mon pharmakon.
La parenté (Ch. 35)

Dimanche 10 mai 2015, 18h, 93bis. Un tout petit pot à lait, ou à crème, en porcelaine blanche, 65 mm de haut, 55 mm de diamètre. Parent de tant d’autres mais esseulé. Une identité faite de petits manques. Ressemblance marquante avec la cafetière classique Melitta, par son haut en lignes horizontales. Des Melitta ne furent-elles pas fabriquées à Langenthal ? Le blason « Suisse Langenthal 39 » figure fièrement en dessous, avec le très discret « 794/0 ». Milchkrug d’un certain âge donc puisque l’unique manufacture de porcelaine suisse du XXe siècle a été « délocalisée » en République tchèque. Les cousins anglais : http://jlggb.net/blog2/?p=1918
La relation (Ch. 34)

Lundi 13 avril 2015, 23h, Nice-Savoie. Passoire émaillée, elle a connu une longue vie active, à Pierrelatte, entre 1920 et 1960 environ, puis une situation de passage progressif au souvenir exposé. Et voilà qu’elle s’emploie à une démonstration philosophique : toute relation est un tiers, est extérieure à ses termes, n’est réductible à aucun des deux ni à la somme des deux. La passoire est sur la table, pour cela elle a des pieds et la table est plate et horizontale. Les termes s’emploient donc à la relation. Pour autant, « être sur » est une relation qui peut se percevoir mentalement, indépendamment des objets. La passoire a des trous, même chose pour « à travers ». Spectacle du ping-pong « double bonheur » en supplément, la relation est ici « être différent » ou autre chose, car la relation est variable et c’est bien là que se vérifie son indépendance.
La vérité (Ch. 33)

Samedi 4 avril 2015, 23h. Dans la marge en bas de la photo en forme de carte postale, il y avait l’inscription au crayon : « Rue Paul Bert Paris 11e » (une interprétation de la correspondance écrite au verso). Il y a des années, l’effet attractif d’une photographie originale ancienne, l’apparition de nombreuses personnes singulières en un lieu distinct, sur le mode « sortie d’usine », s’étaient croisées avec cette indication. La rue Paul Bert présentait, dans la pensée du regardeur, une entrée d’usine qu’il faudrait aller comparer avec celle de la photo. Finalement, rien de semblable à Paris. La voie est alors celle de la lecture : « Établissements Mauchauffée ». Une opération Google à rebondissements conduit à Troyes, à une usine parmi beaucoup d’autres, très grande. Cette bonneterie a été fondée en 1873 et fermée en 1973, exactement 100 ans après. En 1914, elle est la première fabrique de bas en Europe avec 3000 ouvrières et ouvriers. Elle a produit de nombreuses marques de bas et chaussettes et des maillots de bain en vogue. Passage par Street View, rue Bégand : le portail est là, et une foule de signes. Ce qui reste en vérité dans la vie de cet objet : joliment individués, un cheval blanc, cinq hommes écartés du groupe, vingt-cinq femmes dont de très jeunes.
L’état critique (Ch. 32)
Le renom (Ch. 31)


Vendredi 5 décembre 2014, 22h, 93bis. Le feuilletage à la librairie du Centre Pompidou d’un livre Taschen consacré au design scandinave a remis un objet à l’esprit de celui qui l’avait acheté, le 17 août 1963, dans une boutique dédiée aux objets « design » du grand magasin Nordiska Kompaniet située au centre de Stockholm dans le parc Kungsträdgården, ici. Ce petit bol (90 mm x 50 mm) en verre rouge de la maison Orrefors, nommé Fuga — noms inscrits sur la base par un relief du verre — est de Sven Palmqvist (1906 — 1984), créateur de renom qui inventa, en 1954, une méthode consistant à centrifuger le verre en fusion à l’intérieur d’un moule. La série de coupes Fuga issue de ce procédé remporta une médaille d’or à la XIe triennale de Milan en 1957. Ce petit bol en verre rouge est resté à proximité de son acquéreur qui, à l’occasion de cette célébration, a retrouvé la facture de chez NK, où l’on peut voir que le prix en était de 5,75 couronnes, accompagné d’une autre coupe, bleue, plus basse, à 4,25 couronnes.
L’adoption (Ch. 30)

Dimanche 28 septembre 2014, 11h, Aix-les-Bains. Il y a maintenant 20 jours, la visite au Jasper Morrison Shop, Kingsland Road à Londres (http://jlggb.net/blog4/?p=1888), a été l’occasion d’adopter cet arrosoir bleu pour ce qu’il est visiblement, sans connaître son origine, qui l’a fabriqué, qui l’a dessiné. Mais en sachant qu’il a d’abord été adopté dans la famille Super Normal.
Le désir (Ch. 29)
Les effets secondaires (Ch. 28)

Vendredi 28 février 2014, 16h. Comme première plaque de la rue des Écoles — face au Studio Action —, comme plaque de thérapie mentale, je me dois d’être toujours très propre. Le nettoyage de ma surface de cuivre produit un dépôt verdâtre douteux sur le mur et efface le noir de mes inscriptions. Je ne vois pas comment éviter ces effets secondaires. Les techniciens disent « effet de bord », mais je vois là une façon d’en dire un peu plus.
La succession (Ch. 27)

Mercredi 19 février 2014, 23h, 93bis. Acheté à Kyoto en septembre 2013, un petit objet labellisé « Good Design » (http://www.g-mark.org/award/describe/38357?token=rLErMeU9ik). Le Good Design Award (http://www.g-mark.org/) est un concours international officiel fondé en 1957 par le Japon pour vanter ses produits. Son président est actuellement Naoto Fukasawa. Le terme « Good Design » peut faire référence à la « Gute Form » définie dans les années 50 par l’architecte, artiste et designer suisse Max Bill. Il a en outre été promu par le designer allemand Dieter Rams, dont le nom est associé à la société Braun dans les années 60 et 70 (http://jlggb.net/blog2/?p=1204). Ces notions sont fréquemment controversées pour leur dogmatisme mais elles sont attachées à des objets reconnus comme classiques pour leur fonctionnalisme, leur pureté formelle, leur qualité de fabrication. Toujours est-il que ces ciseaux à couper les poils du nez sont là parce que d’autres, qui venaient d’un héritage familial, avaient disparu, tombés sous un meuble. Les anciens — de la marque française Nogent — peuvent survivre dans le « super normal »; les nouveaux — Nostril Scissors Green Bell du Japon — jouent sur un ressort qui les fait passer pour « interactifs ».
La transmission (Ch. 26)
L’existence (Ch. 25)

Mercredi 15 janvier 2014, 1h10, Aix-les-Bains. L’objet a commencé à exister il y a maintenant un peu plus de quatre ans. Depuis, il est resté dans un tiroir. Une banane est-elle un objet ? Avant de sécher, de se momifier, elle n’aurait pas dit ça. Et pourtant elle n’était déjà plus une chose vivante. Pour avoir une vie, les objets doivent-ils fréquenter des êtres vivants ? On peut penser que non.
L’âge, autre (Ch. 24)

Mardi 14 janvier 2014, 23h59, Aix-les-Bains. Acheté à Valence en juillet 1959, cet appareil photographique 6×6 reflex à deux objectifs Semflex Standard objectif Som Berthiot 4,5/75 type 4 avait été fabriqué par la Société des établissements modernes de mécaniques à Aurec, Haute Loire, créée en 1948. Son numéro est 413345. Utilisé entre 1959 et 1964, il est resté inactif depuis. Aujourd’hui, l’obturateur fonctionne encore, peut-être un peu lentement : une certaine oxydation, un peu de grippage mécanique. Les lentilles sont voilées mais pourraient être nettoyées. Pour fonctionner et enregistrer des clichés, il lui faudrait un film de format 120. Mais il s’est passé tout autre chose que ce qu’on imaginait quant à son vieillissement : cette pellicule est presque introuvable. Voir « Fragment autobiographique n°1 » : http://jlggb.net/blog4/?p=455.
Les bonnes mœurs (Ch. 23)

Mardi 12 novembre 2013, 23h50, 93bis. Utilisée hier au Salon de la photo (on sait que la photographie c’est de la saisie, même avec des pincettes), cette pince livrée avec une petite boîte de sushis. L’objet est promu comme « pratique, ludique, réutilisable, jetable, biodégradable ». Il fait partie de la mode des « verrines » pour les cocktails et des plats préparés, dessinés, emballés pour les « urbains à fort pouvoir d’achat », qui ne sont plus des « midinettes ». Renseignement pris, il n’existe pas au Japon, en dépit de son apparence (du bambou). Manger avec des baguettes, c’est une éducation, une pratique, une culture. Entre l’exotisme factice et l’efficacité minimaliste, il y a un monde, de la maladresse triviale à la virtuosité élégante. Ou alors, manger avec les doigts, ce que le monde entier fait de diverses manières, sans savoir que c’est l’objet d’une autre tendance du marketing, finger food.
La réunification (Ch. 22)

Mercredi 23 mai 2013, 8h, 93bis, Paris 11e. Notre ami Alain, avec qui nous avions fondé en 1975 un groupe d’artistes militants, vient ce matin chercher le meuble à tiroirs de chêne, aux poignées d’aluminium, que nous avions trouvé ensemble en 1976 (probablement), dans une usine abandonnée de Bondy. Il en possède une autre partie identique et le meuble va ainsi se trouver réunifié.
L’opération (Ch. 21)



Mercredi 26 décembre 2012, 13h-16h45, 93bis. Il est question de faire des cakes. Mais le cadran de la température du four est cassé. Ce four Siemens, semi-encastrable et multifonction (micro-onde, grill, four classique) pourrait être jeté et remplacé. Mais on ne trouve plus ce modèle, acheté en 1995. Une opération audacieuse va conduire à l’ablation du cadran dont on découvre qu’il est fait sur le principe du cinéma : pellicule perforée, entraînement par une roue à ergots. C’est ce film qui est cassé. On voit qu’un tableau peut remplacer un film.
Épilogue : Au prix d’une intervention minutieuse avec les techniques de réparation des films cassés et d’une nouvelle mobilisation énergique avec divers tournevis, le cadran a retrouvé sa place dans le tableau de bord du four, ce soir à 23h30.
L’usure (Ch. 20)
L’abandon (Ch. 19)


Reprise de la rubrique « La vie des objets » (voir : http://jlggb.net/blog/?cat=619 et http://jlggb.net/blog2/?cat=65 dans les blogs 1 et 2). Samedi 20 octobre, 12h30, sur le trottoir, dans une recoin au 73 de la rue Saint-Maur, Paris 11e, un meuble de salle de séjour assez joliment plaqué, démonté, abandonné sous la pluie. La clé, ramassée, parce qu’elle marque un style, aura un autre destin que les tiroirs et les panneaux. Elle risque d’être définitivement inutile, mais ce n’est pas certain.




