{"id":1453,"date":"2012-02-19T18:00:00","date_gmt":"2012-02-19T17:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/jlggb.net\/blog3\/?p=1453"},"modified":"2020-08-23T12:41:00","modified_gmt":"2020-08-23T10:41:00","slug":"je-suis-toujours-trop-jeune-et-trop-vieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/?p=1453","title":{"rendered":"Je suis toujours trop jeune et trop vieux"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-before.jpg\" data-rel=\"lightbox-image-0\" data-imagelightbox=\"0\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1455\" title=\"\" src=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-before.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"480\" srcset=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-before.jpg 1280w, https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-before-300x225.jpg 300w, https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-before-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-before-150x112.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-fire.jpg\" data-rel=\"lightbox-image-1\" data-imagelightbox=\"1\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1456\" title=\"\" src=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-fire.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"480\" srcset=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-fire.jpg 1280w, https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-fire-300x225.jpg 300w, https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-fire-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-fire-150x112.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><br \/>\n<a href=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-after.jpg\" data-rel=\"lightbox-image-2\" data-imagelightbox=\"2\" data-rl_title=\"\" data-rl_caption=\"\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1454\" title=\"\" src=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-after.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"480\" srcset=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-after.jpg 1280w, https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-after-300x225.jpg 300w, https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-after-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/jlggb.net\/blog3\/wp-content\/uploads\/2012\/02\/max-black-after-150x112.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><br \/>\nDimanche 19 f\u00e9vrier 2012, 16h-17h20, th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord, 37bis boulevard de la Chapelle, Paris 10e. C&rsquo;est la derni\u00e8re de la reprise du \u00ab concert sc\u00e9nique \u00bb de Heiner Goebbels, <em>Max Black<\/em> (cr\u00e9\u00e9 en 1998), avec le g\u00e9nial Andr\u00e9 Wilms qui dit un agencement de textes de Paul Val\u00e9ry, de Georg Christoph Lichtenberg, de Ludwig Wittgenstein (professeur de Max Black \u00e0 Cambridge) et de Max Black lui-m\u00eame, philosophe et math\u00e9maticien (1909-1988). Chaque geste, chaque d\u00e9placement, est un \u00e9v\u00e9nement sonore et, le plus souvent, lumineux&nbsp;: ampoules, projecteurs, flammes, feux d&rsquo;artifice (pyrotechnie par Pierre-Alain Hubert). \u00c7a parle de logique et de jeux de langage. C&rsquo;est extr\u00eamement r\u00e9jouissant. On n&rsquo;a pas le droit de photographier et de filmer <em>pendant<\/em> le spectacle. Je note cette phrase, dite par l&rsquo;interrupteur de la lampe de bureau&nbsp;: \u00ab Je suis toujours trop jeune et trop vieux \u00bb. Je me souviens avoir \u00e9t\u00e9, dans ma jeunesse, photographe de th\u00e9\u00e2tre (photo du milieu). Au d\u00e9but, Andr\u00e9 Wilms est sur sc\u00e8ne alors que le public s&rsquo;installe (ce sera plein, on verra bient\u00f4t, au 4e rang du parterre, l&rsquo;ancien ma\u00eetre du lieu, Peter Brook, chemise turquoise et pull sombre sur les \u00e9paules, photo du haut) et, \u00e0 la fin, le public reste, fascin\u00e9 par la lumi\u00e8re et par les machines-instruments (photo du bas).<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 lire&nbsp;:<br \/>\n\u00ab Andr\u00e9 Wilms n&rsquo;aime pas les fleuves tranquilles \u00bb, par Fabienne Darge<br \/>\nArticle du <em>Monde<\/em>, 17 f\u00e9vrier 2012<!--more--><\/p>\n<p>On se demandait, en arrivant chez Andr\u00e9 Wilms, si son antre ressemblerait \u00e0 celui de son personnage dans Eraritjaritjaka, le spectacle d&rsquo;Heiner Goebbels que l&rsquo;acteur a jou\u00e9 aux Ateliers Berthier en 2004&nbsp;: un refuge d&rsquo;intellectuel europ\u00e9en venu du \u00ab\u00a0monde d&rsquo;hier\u00a0\u00bb, tapiss\u00e9 de livres. Mais non. Andr\u00e9 Wilms n&rsquo;a plus qu&rsquo;un \u00ab\u00a0pied-\u00e0-terre\u00a0\u00bb parisien, un peu anonyme. Il vit le plus souvent non pas au Havre, comme l&rsquo;antih\u00e9ros du dernier film d&rsquo;Aki Kaurism\u00e4ki, mais en Bretagne, dans une petite maison \u00e0 la pointe du Raz, autant dire au bout du monde. \u00ab\u00a0Je ne supportais plus Paris, qui est devenue une ville totalement touristique\u00a0\u00bb, lance-t-il, entre impr\u00e9cation et humour pince-sans-rire.<br \/>\nIl para\u00eet qu&rsquo;<em>eraritjaritjaka<\/em> signifie, en dialecte aborig\u00e8ne d&rsquo;Australie, \u00ab\u00a0anim\u00e9 du d\u00e9sir d&rsquo;une chose qui s&rsquo;est perdue\u00a0\u00bb. Andr\u00e9 Wilms est anim\u00e9 du d\u00e9sir de nombreuses choses qui se sont perdues, dans le monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui&nbsp;: l&rsquo;esprit r\u00e9volutionnaire des ann\u00e9es 1960, l&rsquo;art comme \u00ab\u00a0organisateur du scandale\u00a0\u00bb, ainsi que le pr\u00f4naient Bertolt Brecht et Heiner M\u00fcller. \u00ab\u00a0On vit une \u00e9poque o\u00f9 on fait beaucoup de culture, mais tr\u00e8s peu d&rsquo;art. Les \u00ab\u00a0h\u00e9ritiers\u00a0\u00bb, au sens o\u00f9 Bourdieu les d\u00e9finissait, veulent tous \u00eatre artistes &#8211; acteurs, surtout. Cela me fait penser \u00e0 cette phrase du dada\u00efste Arthur Cravan&nbsp;: \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ose plus descendre dans la rue, il n&rsquo;y a plus que des artistes.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quand il descend dans la rue, l&rsquo;artiste Andr\u00e9 Wilms se fait parfois arr\u00eater. En g\u00e9n\u00e9ral, par des passants qui ont reconnu en lui le m\u00e9morable Maurice Le Quesnoy de <em>La vie est un long fleuve tranquille<\/em>, d&rsquo;Etienne Chatiliez. Le film est sorti en 1988. Jusque-l\u00e0, l&rsquo;autodidacte Wilms &#8211; pas vraiment un h\u00e9ritier puisque n\u00e9 de p\u00e8re inconnu, et tomb\u00e9 dans le th\u00e9\u00e2tre par hasard, \u00e0 Strasbourg, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 &#8211; \u00e9tait un com\u00e9dien plut\u00f4t radical, compagnon de route des metteurs en sc\u00e8ne Andr\u00e9 Engel, Klaus Michael Gr\u00fcber ou Jean-Pierre Vincent, et des dramaturges Michel Deutsch ou Heiner M\u00fcller.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ce long m\u00e9trage, il est redevenu un com\u00e9dien de th\u00e9\u00e2tre, toujours plut\u00f4t radical, et il a rencontr\u00e9 le cin\u00e9aste finlandais Aki Kaurism\u00e4ki, dont il est devenu un des acteurs f\u00e9tiches, au fil de quatre films&nbsp;: <em>La Vie de boh\u00e8me<\/em>, <em>Les Leningrad Cow-Boys rencontrent Mo\u00efse<\/em>, <em>Juha<\/em> et <em>Le Havre<\/em>, o\u00f9 de nouveaux spectateurs le d\u00e9couvrent avec stup\u00e9faction. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, il a aussi rencontr\u00e9 le musicien et metteur en sc\u00e8ne Heiner Goebbels, avec qui, depuis, il trace une route singuli\u00e8re, avec comme viatique trois spectacles qui ne cessent de tourner de par le monde&nbsp;: <em>Ou bien le d\u00e9barquement d\u00e9sastreux<\/em> (cr\u00e9\u00e9 en 1993), <em>Max Black<\/em> (1998, aujourd&rsquo;hui repris au Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord) et <em>Eraritjaritjaka<\/em> (2004).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Heiner Goebbels, j&rsquo;en avais assez du th\u00e9\u00e2tre, du th\u00e9\u00e2tre dialogu\u00e9 en tout cas. C&rsquo;\u00e9tait la p\u00e9riode qui suivait la chute du Mur, je vivais entre Paris et Berlin, et j&rsquo;\u00e9tais plut\u00f4t fascin\u00e9 par Pina Bausch ou par le Franck Castorf de l&rsquo;\u00e9poque, qui ouvrait la Volksb\u00fchne de Berlin aux SDF. Je trouvais la sc\u00e8ne fran\u00e7aise archi- plan-plan, je me demandais pourquoi il n&rsquo;y avait pas de punks au th\u00e9\u00e2tre. J&rsquo;ai rencontr\u00e9 Goebbels gr\u00e2ce \u00e0 Heiner M\u00fcller, qui disait que \u00ab\u00a0quand le th\u00e9\u00e2tre perd de son mordant, les dentistes sont dans la salle\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La nouvelle forme de th\u00e9\u00e2tre musical invent\u00e9e par le compositeur allemand, venu du rock alternatif et du free-jazz, convient particuli\u00e8rement bien \u00e0 l&rsquo;acteur Wilms, qui fuit \u00ab\u00a0la soupe psychologique\u00a0\u00bb comme la peste. \u00ab\u00a0Ce qui m&rsquo;a toujours rendu malade au th\u00e9\u00e2tre, c&rsquo;est l&rsquo;absence de technique objective pour l&rsquo;acteur. Quand un musicien joue faux, on l&rsquo;entend imm\u00e9diatement. Mais sur le th\u00e9\u00e2tre p\u00e8se toujours cette \u00e9pouvantable tendance \u00e0 \u00ab\u00a0ouvrir le tiroir \u00e0 sentiments\u00a0\u00bb dont parlait, pour la d\u00e9plorer, mon ma\u00eetre Klaus Michael Gr\u00fcber. Avec Goebbels, je travaille le texte comme une partition.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Venu d&rsquo;une \u00e9cole de jeu qui cherche l'\u00a0\u00bbeffet d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9\u00a0\u00bb cher \u00e0 Brecht contre le r\u00e9alisme psychologique \u00e0 la Stanislavski, l&rsquo;acteur \u00ab\u00a0haut-parleur\u00a0\u00bb Wilms (\u00ab\u00a0c&rsquo;est le texte qui joue pour nous\u00a0\u00bb) a encore gagn\u00e9, au coeur des dispositifs polyphoniques d&rsquo;Heiner Goebbels, en densit\u00e9, en pr\u00e9sence min\u00e9rale. \u00ab\u00a0Cette fameuse pr\u00e9sence, cette \u00ab\u00a0aura\u00a0\u00bb dont parlait Walter Benjamin est toujours un myst\u00e8re, constate-t-il. Comment expliquer que, sur un plateau, il y a des gens avec qui il se passe quelque chose, m\u00eame s&rsquo;ils sont mauvais, et d&rsquo;autres avec qui il ne se passe rien&nbsp;? Un bon exemple, c&rsquo;est Jean-Pierre L\u00e9aud&nbsp;: on ne peut pas jouer plus faux, et plus juste \u00e0 la fois. Pour moi, travailler cette \u00ab\u00a0pr\u00e9sence\u00a0\u00bb consiste surtout \u00e0 faire la chasse aux clich\u00e9s. Gr\u00fcber, encore lui, disait qu&rsquo;il fallait faire subir une cure d&rsquo;amaigrissement aux acteurs. L&rsquo;id\u00e9al, c&rsquo;est l&rsquo;opacit\u00e9 de Robert Mitchum, ou la simplicit\u00e9 magistrale de Buster Keaton.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Wilms est chez lui dans l&rsquo;univers d&rsquo;Heiner Goebbels, qu&rsquo;il traverse en voyageur intranquille ou en savant faustien, comme une page blanche sur laquelle se liraient les mythes qui ont fa\u00e7onn\u00e9 une certaine Europe, aujourd&rsquo;hui en train de s&rsquo;engloutir. Et il est chez lui dans celui d&rsquo;Aki Kaurism\u00e4ki, fr\u00e8re en d\u00e9senchantement burlesque. Pour <em>Le Havre<\/em>, le cin\u00e9aste lui a donn\u00e9 une seule indication&nbsp;: \u00ab\u00a0Play like an old gentleman.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bbMon personnage de Marcel Marx, qui \u00e9tait po\u00e8te dans La Vie de boh\u00e8me, est devenu cireur de chaussures dans Le Havre, sourit-il. Tout un symbole. Comment mieux dire le sentiment de la d\u00e9faite, celui d&rsquo;\u00eatre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses pompes&nbsp;? Tout ce \u00e0 quoi a cru ma g\u00e9n\u00e9ration r\u00e9volutionnaire s&rsquo;est effondr\u00e9. Nous avons perdu, sur toute la ligne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans le prochain film de Laetitia Masson, il jouera \u00ab\u00a0un acteur ringard, qui n&rsquo;a pas r\u00e9ussi et donne des le\u00e7ons de politique \u00e0 ses enfants\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0C&rsquo;est dr\u00f4le, non&nbsp;?\u00a0\u00bb Dr\u00f4le comme Andr\u00e9 Wilms, de l&rsquo;esp\u00e8ce de ces perdants magnifiques \u00e0 l&rsquo;humour ravageur, qui renvoient les gagnants \u00e0 leur m\u00e9diocrit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab Goebbels, Wilms et Wittgenstein&nbsp;: \u00e9clairs de g\u00e9nie \u00bb, par C\u00e9dric Enjalbert<br \/>\nArticle de <em>Philosophie Magazine, <\/em>17 F\u00e9vrier 2012<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.philomag.com\/fiche-philinfo.php?id=285\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.philomag.com\/fiche-philinfo.php?id=285<\/a><\/p>\n<p>Non contente d&rsquo;adoucir les moeurs, la musique fortifie aussi l&rsquo;esprit. C&rsquo;est ce que prouve l&rsquo;\u00e9clatant spectacle mis en sc\u00e8ne par l&rsquo;Allemand Heiner Goebbels&nbsp;: <em>Max Black<\/em>, mont\u00e9s \u00e0 partir de textes d&rsquo;\u00e9crivains philosophes, mis en musique aux Bouffes du Nord, jusqu&rsquo;au 19 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>Inspir\u00e9 de fragments de Paul Val\u00e9ry et de Georg Christoph Lichtenberg, de Max Black et de Ludwig Wittgenstein, deux philosophes de la logique, le spectacle explore les m\u00e9andres du langage et de l&rsquo;esprit&nbsp;: qu&rsquo;est que penser, quels rapports entretiennent les mots et les actes, les mots entre eux, l&rsquo;art et l&rsquo;indicible&nbsp;?<\/p>\n<p>Heiner Goebbels laisse le d\u00e9tonnant Andr\u00e9 Wilms endosser la blouse du savant fulminant, explorant au milieu d&rsquo;un capharna\u00fcm \u2013 table de dissection coiff\u00e9e d&rsquo;un alambic de fortune, lampes articul\u00e9es et loupes, mange-disque et aquariums suspendus, oiseaux empaill\u00e9s, lampes \u00e0 huile, photophores et autres supports \u00e0 imagination \u2013 les ressorts de la logique du langage. Trahissant, par sa mise en pi\u00e8ce du discours et ses situations absurdes, une inspiration digne de Beckett, le spectacle montre que cette logique n&rsquo;est pas \u00e0 chercher exclusivement dans le verbe. Musicien et compositeur, Heiner Goebbels a en effet donn\u00e9 \u00e0 forme cette r\u00e9flexion, en cr\u00e9ant une partition jou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide de cordes tendues, d&rsquo;instruments bricol\u00e9s \u00e9lectrifi\u00e9s ou \u00e9lectroniques. La musique et le texte se d\u00e9ploient ainsi dans un ensemble de projections instrumentales, m\u00e9caniques, visuelles, lumineuses\u2026<\/p>\n<p>Ces projections font \u00e9cho \u00e0 la d\u00e9finition que faisait Wittgenstein du langage compr\u00e9hensible comme \u00ab jeu \u00bb dans un dispositif de communication qui embrasse les mots et les actions. Les \u00ab jeux de langage \u00bb d\u00e9signent un r\u00e9seau de relations, indissociables d&rsquo;un contexte social, ne donnant sens au verbe que dans un contexte de compr\u00e9hension et d&rsquo;usage d\u00e9termin\u00e9. Il est donc synonyme de vie. Le jeu de langage est \u00ab le tout form\u00e9 par le langage et les activit\u00e9s dans lesquelles il est entrelac\u00e9 \u00bb. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;intelligence du spectacle int\u00e9gral, complet, \u00ab wittgensteinien \u00bb, tel que le donne Heiner Goebbels, inventeur du \u00ab Concert Sc\u00e9nique \u00bb, un th\u00e9\u00e2tre musical, litt\u00e9raire et pyrotechnique \u2013 fus\u00e9es et \u00e9clairs de g\u00e9nie explosent litt\u00e9ralement sous forme d&rsquo;artifices&nbsp;!<\/p>\n<p>Il rappelle ainsi, dans les pas de Wittgenstein, \u00ab que la compr\u00e9hension de la phrase linguistique est plus proche qu&rsquo;on ne le croit de ce qu&rsquo;on appelle ordinairement compr\u00e9hension du th\u00e8me musical. Pourquoi la force et le tempo doivent-ils se mouvoir justement selon cette ligne? On aimerait dire: \u201cParce que je sais ce que tout cela veut dire.\u201d Mais qu&rsquo;est-ce que cela veut dire? Je ne saurai pas le dire. Pour l&rsquo;expliquer, je pourrai le comparer \u00e0 quelque chose d&rsquo;autre qui a le m\u00eame rythme \u00bb.<\/p>\n<p>Heiner Goebbels semble s&rsquo;appuyer sur cette analogie d\u00e9velopp\u00e9e par Wittgenstein pour montrer que chaque \u00e9l\u00e9ment de musique, de vid\u00e9o ou de texte, n&rsquo;a de sens que dans un ensemble, compar\u00e9 \u00e0 \u00ab \u00e0 quelque chose d&rsquo;autre qui a le m\u00eame rythme \u00bb. Et le metteur en sc\u00e8ne de poursuivre&nbsp;: \u00ab il n&rsquo;est possible de parvenir \u00e0 un \u201ccroisement\u201d sens\u00e9 et \u00e9quilibr\u00e9 des diff\u00e9rentes forces en pr\u00e9sence (le texte, la musique, ou bien le th\u00e9\u00e2tre et la musique, la vid\u00e9o et l&rsquo;art, etc.) que si ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9velopp\u00e9s ensemble, de concert. \u00bb<\/p>\n<p>Ce \u00ab concert sc\u00e9nique \u00bb, b\u00e9n\u00e9ficie des lumi\u00e8res du sc\u00e9nographe Klaus Gr\u00fcnberg. Ce dernier s&rsquo;est pench\u00e9 avec Heiner Goebbels sur <em>Max Black<\/em>, qui n&rsquo;est que le second volet d&rsquo;un triptyque. Le premier s&rsquo;inspire de Francis Ponge, de Heiner Muller et de Joseph Conrad. Il s&rsquo;intitule <em>Ou bien le d\u00e9barquement d\u00e9sastreux<\/em>. Le dernier, <em>Eraritjaritjaka<\/em>, m\u00eale des textes d&rsquo;Elias Canetti \u00e0 des oeuvres pour quatuors \u00e0 cordes. Dissiper les \u00ab crampes mentales \u00bb, lan\u00e7ait Wittgenstein, faisant de ce mot d&rsquo;ordre l&rsquo;usage de la philosophie. Heiner Goebbels reprend ce leitmotiv avec brio, sur toutes les sc\u00e8nes d&rsquo;Europe.<\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dimanche 19 f\u00e9vrier 2012, 16h-17h20, th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord, 37bis boulevard de la Chapelle, Paris 10e. C&rsquo;est la derni\u00e8re de la reprise du \u00ab concert sc\u00e9nique \u00bb de Heiner Goebbels, Max Black (cr\u00e9\u00e9 en 1998), avec le g\u00e9nial Andr\u00e9 Wilms qui dit un agencement de textes de Paul Val\u00e9ry, de Georg Christoph Lichtenberg, de &hellip; <a href=\"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/?p=1453\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Je suis toujours trop jeune et trop vieux<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,51,515,191],"tags":[193,192],"class_list":["post-1453","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","category-moments","category-technique","category-theatre","tag-andre-wilms","tag-heiner-goebbels"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1453","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1453"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1453\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1453"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1453"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jlggb.net\/blog3\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1453"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}