Localiser

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Jeudi 16 mars 2017, 17h, Aix-les-Bains, avenue du Petit Port. Les deux vis rouillées ont-elles été dévissées depuis qu’elles ont rapporté la plaque métallique émaillée à la grille en fer forgé ? L’âge de la rue, l’âge de la maison, inscrivent plus de cent ans. La forme des chiffres autant que leurs contre-formes, affichent des signes reconnus et constants dans la plus grande netteté, avec leurs références stylistiques. Leur matérialité radicale est marquée par un devenir et assortie de flous de textures et de variations de couleurs. La plaque « 45 » est exemplaire d’un attachement à un lieu, à un espace, à une ambiance, à une histoire.

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Vendredi 22 avril 2016, 20h, rue Léon Frot, Paris 11e. « Cabinet de psychothérapie » était ailleurs (voir les trous aux angles de la plaque orange). Ayant déménagé, il a été rejoint par « et de psychanalyse » (voir la plaque dorée collée sur la vitre).

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gant cour 2015
Samedi 14 novembre 2015, 11h. Un gant propre à ne pas laisser de traces est la trace de l’événement dans la cour.

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Dimanche 18 octobre 2015, 18h, Passage Brady, Paris 3e. La sortie vers le Boulevard de Strasbourg est fermée, c’est dimanche. Le bouton semble avoir été arraché. Mais les deux fils, s’ils sont soigneusement mis bout à bout, font le contact et nous libèrent.

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Mardi 23 juin, 17h30. Je suis une enseigne. Je ne sais plus mon nom mais je sais que mon emploi est d’inscrire le mot PHARMACIE — en capitales, en Times gras — ici au 305 Faubourg Saint-Antoine, près de la rue des Boulets et de la rue Chevreul, Paris 11e — coordonnées 48°50’56.51″N / 2°23’32.62″E — à 4,20 m du sol, dans un plan vertical orienté de 13 degrés Nord-Ouest. Mes trois dernières lettres ont basculé, les fils électriques de leurs néons ont été débranchés, je ne sais plus quand ni à cause de quoi. Mais j’entends dire que je signifie encore mieux depuis que j’attends mon pharmakon.


Dimanche 10 mai 2015, 18h, 93bis. Un tout petit pot à lait, ou à crème, en porcelaine blanche, 65 mm de haut, 55 mm de diamètre. Parent de tant d’autres mais esseulé. Une identité faite de petits manques. Ressemblance marquante avec la cafetière classique Melitta, par son haut en lignes horizontales. Des Melitta ne furent-elles pas fabriquées à Langenthal ? Le blason « Suisse Langenthal 39 » figure fièrement en dessous, avec le très discret « 794/0 ». Milchkrug d’un certain âge donc puisque l’unique manufacture de porcelaine suisse du XXe siècle a été « délocalisée » en République tchèque. Les cousins anglais : http://jlggb.net/blog2/?p=1918

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Samedi 4 avril 2015, 23h. Dans la marge en bas de la photo en forme de carte postale, il y avait l’inscription au crayon : « Rue Paul Bert Paris 11e » (une interprétation de la correspondance écrite au verso). Il y a des années, l’effet attractif d’une photographie originale ancienne, l’apparition de nombreuses personnes singulières en un lieu distinct, sur le mode « sortie d’usine », s’étaient croisées avec cette indication. La rue Paul Bert présentait, dans la pensée du regardeur, une entrée d’usine qu’il faudrait aller comparer avec celle de la photo. Finalement, rien de semblable à Paris. La voie est alors celle de la lecture : « Établissements Mauchauffée ». Une opération Google à rebondissements conduit à Troyes, à une usine parmi beaucoup d’autres, très grande. Cette bonneterie a été fondée en 1873 et fermée en 1973, exactement 100 ans après. En 1914, elle est la première fabrique de bas en Europe avec 3000 ouvrières et ouvriers. Elle a produit de nombreuses marques de bas et chaussettes et des maillots de bain en vogue. Passage par Street View, rue Bégand : le portail est là, et une foule de signes. Ce qui reste en vérité dans la vie de cet objet : joliment individués, un cheval blanc, cinq hommes écartés du groupe, vingt-cinq femmes dont de très jeunes.

usine-toyes-streetview

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meuble-tiroirs
Mercredi 23 mai 2013, 8h. Notre ami Alain, avec qui nous avions fondé en 1975 un groupe d’artistes, vient ce matin chercher le meuble à tiroirs que nous avions trouvé ensemble en 1976 (probablement), dans une usine abandonnée de Bondy. Il en possède une autre partie identique et le meuble va ainsi se trouver réunifié.

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Reprise de la rubrique « La vie des objets » (voir : http://jlggb.net/blog/?cat=619 et http://jlggb.net/blog2/?cat=65 dans les blogs 1 et 2). Samedi 20 octobre, 12h30, sur le trottoir, dans une recoin au 73 de la rue Saint-Maur, Paris 11e, un meuble de salle de séjour assez joliment plaqué, démonté, abandonné sous la pluie. La clé, ramassée, parce qu’elle marque un style, aura un autre destin que les tiroirs et les panneaux. Elle risque d’être définitivement inutile, mais ce n’est pas certain.

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Après le 29 septembre 2010, 19h, métro ligne 13, station Place de Clichy, venant de Saint-Denis. La doublure et la poche gauche de ma veste a été coupée par mon voisin de strapontins. Au signal de son collègue, juste avant la fermeture des portes, il est parti avec le iPhone 3Gs. Le lendemain, j’ai passé 3 heures au commissariat central du 11e arrondissement pour raconter cette performance.


Mercredi 8 décembre 2010, 9h30, salle des dépositions du commissariat central du 11e arrondissement. La policière (jeune, accent du Midi, cheveux noirs et courts, yeux très bleus, en uniforme, y compris les rangers de cuir noir) est en train de photocopier la facture du iPhone 4 acheté le 30 septembre pour remplacer le précédent. Cette fois, la performance a eu lieu ligne 2, à Belleville, direction Nation, mardi 7 décembre à 15h05. Au signal de son collègue, juste avant la fermeture des portes, le jeune homme m’a arraché ce téléphone des mains, sans me toucher.


iPhone 3Gs; iPhone 4 (documents Apple Store).

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Mercredi 13 juillet 2011, 11h, Aix-les-Bains. Dans la cuisine de la rue Isaline, dans le casier de contreplaqué de 15 mm peint, se trouvent désormais rassemblés deux pichets fabriqués et achetés à Cliousclat, Drôme (Voir : http://poteriedecliou.com/, mais c’était avant quelques changements de direction), d’inspiration traditionnelle plus ou moins dauphinoise et savoyarde, qui sont restés quelques années, l’un à Pierrelatte, l’autre à Paris. On remarque la concordance absolue de leur jaune avec l’ocre-jaune de la polychromie « Isaline » (2008).

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Mercredi 21 avril 2010, 93bis. Deux petits pots à crème en faïence anglaise. Rose : h : 65 mm, d : 58 mm. Jaune : h : 80 mm, d : 65 mm. On remarque que la hauteur du petit est égale au diamètre du plus grand.

Le hasard des déplacements les a fait se retrouver. On dira creamers : l’un et l’autre « Made in England » par Johnson Bros. Le petit rose (marqué 1/8) a été acheté en Angleterre il y a plus de 20 ans, avec une grosse théière ronde. Le jaune (Goldendawn) vient des puces, il y a quelques années. Ils ont tout de frères ou de sœurs. Dessin d’une perfection rare, ils pourraient s’identifier au « Super Normal » de Morrison et Fukasawa (voir 10 juillet 2008). Appartenance de classe : le peuple. Et pourtant Google les ignore.


Mini Creamer in the Goldendawn pattern by Johnson Brothers

Le nom Johnson Bros est une piste mais ne renvoie que des individus plus sophistiqués, décorés et nobles. Par exemple, l’agence américaine replacements.com, qui compte pourtant plus de 300 000 références avec 861 modèles de creamers Johnson Bros, ne donne rien : ces pots sans nom ne méritent pas d’être remplacés ? Où sont les autres ? L’avis de recherche est lancé. Un nouveau chapitre de la lutte entre identité et singularité vient de s’ouvrir.

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Vendredi 13 février 2009. Cette fois, c’est la mug Cornish Blue qui est retrouvée brisée. L’usure du temps, certes. Mais, ce vendredi 13, il faut comprendre ce qui peut pousser à bout une mug.

Les faiences Cornish Blue ont été fabriquées depuis 1926 par TG Green & Company à Church Gresley, Derbyshire, Angleterre. Le nom Cornish Blue se réfère aux couleurs du sud de l’Angleterre, pas à la région de fabrication. Les bandes blanches s’obtiennent par découpe et décollement de la couche bleue, avant glaçure. Dans les années 60, la fabrication traditionnelle avait été modernisée par la designeuse Judith Onions. La tasse ici cassée fait partie de cette série. Mais la fabrique victorienne n’a cessé de décliner. Vendue par la famille Green en 1964, elle a fait faillite en 2007. Puis, le patron de la firme d’ustensiles de cuisine Chomette, Charles Rickards, associé au consultant en design et en marketing Haydn Perry Taylor, dont l’épouse Vik est une fervente collectionneuse de Cornishware, ont repris la ligne classique aux bandes bleu et blanc. Depuis octobre 2008, elle est de nouveau vendue, fabriquée désormais en Chine « to the same high standards as ever ». Cet aveu de la Chine est ici, mais pas .

On l’a vu au chapitre précédent (La jalousie), la mug de Spode, elle aussi un classique anglais, est maintenant fabriquée (très mal) en Chine.

En 2009, TG Green ouvre une poterie artisanale dans sa maison traditionnelle de Derbyshire pour créer, en édition limitée, de nouvelles pièces au nouveau design.

Mais c’est dans l’environnement social qu’il faut chercher les vraies raisons de la dépression. Porté par le bon goût des nouveaux moyens-riches, le regain des valeurs sûres d’une tradition confortée par un design et un commerce choisis (les années 80, Conran, Habitat) s’est dispersé : retour nostalgiques aux racines paysannes et nationales (poterie de Cliousclat « savoyarde »), création branchée connotant la petite série semi-industrielle (chopes Assoiffé de Tsé-Tsé en porcelaine de Limoges un peu grise), modernisme exotique chic (tasses à soba japonaises) — et la mug en verre minimaliste « super-normale » de Muji n’est même pas dans le champ.

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