Persister (Vie des objets. Ch. 102)



Lundi 20 septembre 2021, des archives. Thermor, Calor, Husqvarna, les appareils pour la maison ont un charme assuré autant par leurs noms, leurs dessins, leurs matières ou leurs couleurs que par leur utilité persistante. Leur usage conteste leur désuétude en entraînant vers des gestes du passé. En vérité, le temps de leur veille en réserve a largement dépassé la durée de leur première existence en fonction.

Une situation, un moment


Samedi 28 août 2021, 18h30, rue de La Chaudanne, Aix-les-Bains. Elle peut passer inaperçu. Pourtant cette maison de ville — plutôt triste —  témoigne d’une époque, l’après guerre, la fin des années 50, où un style de construction affirme une modernité modeste : cadres d’ouvertures en ciment, colonnes inclinées, pierres appareillées, auvent de la porte, étages bas, toit plat, garages et boutique sous le logement.

À l’abandon


Samedi 1er mai 2021, 11h30, avenue du Grand Port, Aix-les-Bains. Paroles entendues devant cette maison : « Il y avait une famille. Une avait mon âge. Elle était fleuriste, mariée avec un chauffeur de la Savoisienne. Ils sont tous morts. Problème de succession. »

Clair matin


Dimanche 14 février 2021, 16h30, montée de Tresserve, Tresserve, Savoie. La ferronnerie nominative, à côté de son sens littéral, apporte des significations portées par la manière de l’objet, qui se croisent avec celles de la maison, des accessoires, du contexte. Ici, on entend : vernaculaire.

Le pisé


Mardi 26 janvier, 13h30, Chainaz-les-Frasses, Haute-Savoie. La couleur, la surface, disent tout de suite : pisé. Avec ce mot viennent les idées d’archaïsme, de pauvreté, mais aussi de survivance, d’authenticité. La modernité, le progrès, ont célébré le béton. Pourtant, le pisé, un mélange de liants et d’agrégats compacté au sein de banches, n’était-il pas l’ancêtre du béton ? La terre crue rappelle aujourd’hui que, contrairement au béton de ciment, elle n’est pas un matériau inerte. Fraîcheur en été et chaleur en hiver, humidité conservée ou bien restreinte, une fois constitué le mur persiste à interagir physiquement et chimiquement avec son environnement.

Trois maisons


Samedi 14 novembre 2020, 15h40, chemin des Blanquards, Aix-les-Bains. De nouveau une maison partagée en deux. Un homme, une tasse à la main, me voit photographier, « Vous prenez quoi ? ». J’explique et il me dit : « mais il y a trois maisons. » La sienne est en dessous.

Double maison


Mardi 10 novembre 2020, 14h, rue du Puits d’Enfer, Aix-les-Bains. Elle fut remarquée, sous la neige, le 14 décembre 2008, pour son partage, et publiée (http://jlggb.net/blog/?p=980) avec la mention : « Une succession, déjà ancienne, a probablement coupé en deux cette vieille maison, à moins que ce soit un geste artistique. » Elle m’a semblé plus nette encore aujourd’hui, pour une symétrie contredite par les vocations différentes des moitiés. Mais, à voir ensemble les deux photos, leur ressemblance l’emporte, malgré le changement de couleurs de la droite. Le soleil, l’ombre du toit, sont à la même place. Une vision nouvelle est pourtant apparue : c’est un tableau, un cas de double bind. Et alors, la maison natale d’Étienne-Martin, double maison, à Loriol-sur-Drôme, serait un symptôme comparable.