Roland Barthes

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Mardi 28 août 2012, 13h45, restaurant Sanukiya, rue d’Argenteuil, Paris, 1er. Parce qu’il vient de réécouter le cours de Roland Barthes du 12 janvier 1979, de relire les notes de Barthes pour ses cours sur le haïku dans La Préparation du roman, Seuil-Imec, 2003, pp. 53-141, il trouve des haïkus partout. Mais c’est peut-être l’ambiance souriante et réglementée de sa nouvelle cantine japonaise. Un premier indice, sur le ticket, 13:41:36, à la seconde, si ce n’est pas l’inscription d’un instant ! Le haïku refuse la métaphore. Il pratique la pure notation. Elle porte sur : l’éclat jaune dans la bière; les bulles qui montent; la mousse qui reste accrochée au verre; la dentelure de l’encre du mot sérigraphié « Kirin »; la courbure du papier; son léger pli autour de la pince (la topologie nomme ça catastrophe); la lueur orange de la bâche qui englobe tout. On dira qu’il s’agit ici de photographie. Mais ne partage-t-elle pas avec le haïku, la capacité de se faire passer pour « La chose elle-même » ?
D’autres citations de La Préparation du roman :

« Le haïku = désir immédiat (sans médiation). » (p. 65)
« Le haïku est bref, mais non pas fini, fermé. » (p. 67)
« Le haïku va vers une individuation intense, sans compromission avec la généralité. » (p. 74)
« Le haïku n’est pas destiné à retrouver le Temps (perdu), ensuite, après coup, par l’action souveraine de la mémoire involontaire, mais au contraire : trouver (et non retrouver) le Temps tout de suite, sur-le-champ; le Temps est sauvé tout de suite = concomitance de la note (de l’écriture) et de l’incitation : fruition immédiate du sensible et de l’écriture, l’un jouissant par l’autre grâce à la forme haïku » ⟶ Donc une écriture (une philosophie) de l’instant. » (p. 85)
« Le « référent » du haïku (ce qu’il décrit) est toujours du particulier. Aucun haïku ne prend en charge une généralité. » (p. 87)
« La contingence est le fondement du haïku. » (p. 88)
« Le haïku n’est pas fictionnel, il n’invente pas, il dispose en lui, par une chimie spécifique de la forme brève, la certitude que ça a eu lieu. » (p. 89)

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Dimanche 26 — lundi 27 février 2012, 4 heures. Je viens de revendre la première édition en trois volumes des Œuvres complètes de Roland Barthes — d’une présentation trop sophistiquée et devenue incomplète — pour acheter l’édition en cinq volumes, plus basique, plus conforme. Les livres ayant été lus, c’est dans les articles et entretiens que je trouve des lectures faciles et fragmentaires, sans faire attention aux dates*. Ça porte sur la lecture et sur l’écriture (et Barthes n’écrivait qu’à la main). Mais je passe quand même tout mon temps sur l’écran.
* Par exemple, tome V, page 678, dans « Délibération », un texte de 1979 paru dans Tel Quel, sur l’utilité littéraire de tenir un journal, je relève :

« Le Journal ne peut atteindre au Livre; il n’est qu’Album. […] L’Album est collection de feuillets non seulement permutables (ceci encore ne serait rien), mais surtout suppressibles à l’infini. »

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