La Folie Titon



Lundi 26 mars 2012, 15h30, Paris 11e. La visite à Madame Bénédicte de Ch., ophtalmologue, montre que les yeux et la vue se maintiennent. Son cabinet se trouve au 31 rue de Montreuil, à l’emplacement de la Folie Titon, la manufacture de papiers peints Réveillon, d’où sont parties la première montgolfière en 1783  et la révolte ouvrière qui conduit à la Révolution en 1789 (c’est amusant, pour une aristocrate). Non loin de là, rue Titon, le jardin de la Folie Titon, lui-même à l’emplacement de la Folie Titon, voit tous ses cerisiers en fleurs.

Des pages d’histoire


Mercredi 8 février 2012; 13h30. Grand froid, temps gris. Je passe au métro Charonne et je photographie le livre d’Alain Dewerpe, Charonne 8 février 1962, Anthropologie historique d’un massacre d’État, Folio histoire inédit, 2006, que j’ai acheté en lu en grande partie en 2006 — il fait 898 pages (son éditeur est donc aussi « le mien », Éric Vigne). Mon camarade Alain Frappier (nous faisions de l’agitprop ensemble il y a près de 40 ans) vient de sortir une bande dessinée, Dans l’ombre de Charonne, Editions du Mauconduit. Ce soir, présentant Aalam Wassef, artiste égyptien engagé dans la Révolution au Caire (et sur Internet), que j’ai connu chez Gallimard en 1999-2000  à l’époque de Moments de Jean-Jacques Rousseau, invité par l’Observatoire des nouveaux médias, j’ai cité ce 50e anniversaire en disant que le 8 février 1962 avait eu tendance à masquer le 17 octobre 1961, date noire qui vit le massacre de plusieurs centaines d’Algériens dans Paris et à ses alentours. Un autre de mes camarades, Jean-Luc Einaudi, avait écrit un livre historique sur Octobre 1961 et il eut notamment le mérite de gagner son procès contre Maurice Papon (le préfet de police lors de ces deux événements) à l’époque où celui-ci était poursuivi à Bordeaux pour sa culpabilité dans la déportation de Juifs. En 1963, mon camarade de lycée Gérard Bois me montra le film de Jacques Panigel, Octobre à Paris, qui était interdit. Des années plus tard, mon ami André Iten me raconta comment il avait obtenu ce même film pour sa collection au Centre pour l’image contemporaine de Genève.

Plats à emporter, un projet anthropologique et linguistique


Samedi 14 janvier 2012, 20h, rue de Montreuil, Paris 11e. La pancarte lumineuse « Plats à emporter » (ce n’est pas à proprement parler une enseigne, plutôt une bannière, une injonction performative), étant l’objet d’un véritable travail de terrain, il faudrait lui trouver l’ancrage scientifique qu’il mérite, en faire un projet anthropologique et linguistique. Dans ces cas, il faut commencer par collectionner. À suivre ?

Le démantèlement du Forum des halles



Mardi 10 janvier 2012, 15h30, Paris, rue Rambuteau, Forum des Halles. Il ne reste plus grand-chose des parapluies de Jean Willerval qui avaient marqué l’achèvement, en 1979, du réaménagement des halles en forum par les architectes Claude Vasconi et Georges Pencréac’h, après la destruction, au cours de l’été 1971 et jusqu’en 1973, des 12 pavillons de fonte, de fer et de verre construits sur les plans de Victor Baltard à partir de 1854. Je dois avoir des photos, mais je ne sais pas où elles sont. Le projet retenu pour les remplacer est celui des architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti, avec l’entreprise Vinci : un immense abri, la canopée (terme popularisé par le botaniste Francis Hallé après ses explorations de la couche supérieure de certaines forêts tropicales) rend grâce symboliquement à la protection de la nature mais n’est pas nécessairement adapté pour désigner ce qui se passera en dessous (une espèce de nuit peuplée de serpents, d’araignées et de rats) alors que la rénovation vise la sécurité des transports et des commerces. On n’a pas aimé la démolition des Pavillons, on n’a pas aimé le Forum. La question se pose : aimera-t-on la Canopée ?


C’est écrit dessus, il s’agit non pas d’une destruction, d’une démolition, d’un démontage. Ni même d’une déconstruction (le mot est employé quand il s’agit de faire propre et de récupérer des matériaux). C’est un démantèlement prudent (la vente et la circulation continuent, il y a eu un incident dans le magasin H&M).


La destruction des pavillons Baltard en 1971. Photo ©Jean-Claude Gautrand.