Entendu : mōshiageru, 申し上げる, disparition du je

Yoko Tawada (traduction du japonais lors du dialogue avec Michel Deguy le 18 mars 2012 au Salon du livre, voir l’article précédent) dit :

« La singularité de la langue japonaise fait que, pour dire moi, il n’existe pas un seul mot mais une multitude de mots qui varient en fonction de la relation que l’on instaure avec la personne à qui l’on parle et qui change aussi en fonction des degrés de politesse que l’on va utiliser. Le je en japonais ne peut être conçu dans une expression que comme un mode de relation à l’autre et n’est pas du tout conçu comme quelque chose d’individuel, coupé du rapport à l’autre. »

« C’est très spécifique du japonais pour ce qui est de l’expression du sujet, ou de la subjectivité : l’un des mots que l’on peut utiliser, c’est watashi, qui correspond à je, mais, grammaticalement parlant, on n’est absolument pas obligé d’utiliser ce je comme sujet dans la phrase. En fonction du contexte de la phrase, le rapport entre moi et l’autre, ou les autres, va être exprimé par le recours à certaines formes verbales de politesse qui indiquent à quelle place on se situe par rapport aux autres. Même si on ne parle pas de soi, le je est déjà là dans le rapport à l’autre, en dehors de toute expression par un pronom personnel. »

« Je peux donner un exemple concret : pour dire « je vous parle », on ne va utiliser en japonais ni je, ni vous, on va utiliser le verbe mōshi, qui veut dire parler et un suffixe verbal, ageru, qui indique que l’on est dans une position inférieure et que l’on s’adresse à un supérieur. Dans cette forme verbale sont inclus déjà à la fois le je et le vous, et les rapports entre deux personnes. On pourrait dire, un peu abruptement, que je n’existe pas, que vous n’existe pas, que la seule entité qui existe est simplement le rapport entre moi et vous. »

Mots clés : , ,

Rédiger un commentaire

Fil des commentaires pour cet article

Répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.