avril 2012

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Extrait de « Les marchands traduisent »,  deuxième « leçon de poétique » du livre de Yoko Tawada, Journal des jours tremblants (Verdier, 2012), pp. 47-48.

En qualité de traducteur, Kôgyû Yoshio* possédait la clé de la médecine et de la botanique européennes. Aujourd’hui encore, l’activité de traducteur est placée plus haut au Japon que dans bien d’autres pays, probablement parce que la science elle-même, qui était née avec la traduction du chinois, se poursuivit dans la traduction du néerlandais**. […] On ne disposait pas à l’époque du mot « Europe ». Ainsi la science venue d’Europe était-elle appelée science hollandaise, rangaku (le signe ran signifie « orchidée », mais c’était alors une abréviation de Oranda, « Hollande ») […] Jusque-là, au Japon, l’unique repère était la médecine chinoise, et découvrir que la médecine occidentale présentait une autre image du corps que la chinoise fut une surprise pour les médecins de l’époque. Sugita Genpaku, principal traducteur des Tables anatomiques, explique dans son essai Rangaku Koto Hajime (« Le début de la science hollandaise ») à quel point le travail de traduction et les premières dissections de cadavre lui ouvrirent, ainsi qu’à ses collègues, un monde nouveau. À cette époque, la dissection était un tabou plus fort encore que l’usage de l’alphabet latin. Le corps humain était une surface close parsemée d’idéogrammes chinois.

* Yoshio Kôgyû, 1724-1800, chirurgien de Nagasaki.
** Les Hollandais, seuls étrangers autorisés à commercer avec le Japon, sont cantonnés de 1641 à 1853 dans l’île artificielle de Deshima (出島), dans la baie de Nagasaki.

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Dimanche 15 avril 2012, 15h-17h30, esplanade du Château de Vincennes, Paris, 12e. Le ciel à 16h au-dessus de la foule — on parlera de 100 000 personnes, mais c’est en réalité beaucoup moins —, pendant le discours de François Hollande. Une demi-heure après la fin du meeting, François Hollande est ressorti de sa tente et parle aux personnes qui sont restées. On entend, hors champ : « Les sandwiches, c’est maintenant ! » — marqué comme tout le monde par le mot répété et écrit partout, un vendeur cherche à écouler ce qui lui reste. Je me souviens qu’en 1981, dans la révolution mitterrandienne, le slogan — ou le demi-concept — « ici et maintenant » était très couru. Il a fallu tout ce temps pour se débarrasser du « ici ». La prochaine fois, on évitera le « maintenant ».

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Samedi 14 avril 2012, 17h30, galerie Yvon Lambert : 108, rue Vieille du Temple, Paris, 3e. Ariel Schlesinger (1980, Jérusalem), Braunshweig Door, 2012, installation, porte vitrée avec bec de gaz (le gaz circule dans le double vitrage); Candle, 2011, multiple signé avec Jonathan Monk (30 exemplaires numérotés et signés, sous coffret, 450 €).

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Samedi 14 avril 2012, 17h, rue de Turenne, Paris, 3e. Une très vieille maison et une très vieille rampe en fer forgé.

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Samedi 14 avril 2012, 16h30, galerie Michel Rein, 42 rue de Turenne, Paris, 3e. Une pièce de Raphaël Zarka (1977, Montpellier) où l’on observe la rencontre de deux techniques, l’une moderne (le contre-plaqué), l’autre contemporaine (la découpe numérique).

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Vendredi 13 avril 2012, 11h-14h, Université Paris 8, Saint-Denis. Le cinéaste d’avant-garde et professeur américain Morgan Fisher reçoit le titre de docteur honoris causa (on le voit, avec un chapeau, qui tient son diplôme). Son film Standard Gauge, 1984, est projeté dans l’amphi X. Ce film en 16 mm fait d’un seul plan au banc-titre de 35 minutes montre, comme des objets, avec son commentaire, une collection de fragments de pellicule 35 mm provenant de films connus ou inconnus. Ils constituent une forme de récit des services de montage et de tirage des copies à Los Angeles. Ainsi, un morceau de La Chinoise — titre anglais : The Chinese Girl —, sans image mais avec des sous-titres anglais reconnaissables, puis diverses versions d’images d’un visage de femme placées sur l’amorce des films pour en guider l’étalonnage des couleurs. Les techniciens américains nomment ce « personnage » China Girl. J’aurais voulu poser cette question : quelle différence entre « Chinese Girl » et « China Girl » ?

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Jeudi 12 avril 2012, 20h-23h, Théâtre du Châtelet, Paris. Opéra en trois actes de John Adams, Nixon in China (projet amorcé en 1982, créé en 1987). Le livret d’Alice Goodman, un long poème changeant, subtil, agençant fragments de documents authentiques, citations, paroles ordinaires et oniriques, apparaît comme l’élément central capable d’articuler la musique — apparentée au minimalisme, mais elle aussi riche en références historiques et en effets dramaturgiques très efficaces — et la mise en scène des chanteurs et des danseurs. Très beau travail des lumières, des couleurs et des costumes avec l’intervention tranchée de Shilpa Gupta, une jeune artiste indienne que nous avions déjà remarquée. Que la mise en scène et la chorégraphie soient de Chen Shi-Zheng, formé en Chine à l’opéra chinois, amplifie sans doute encore la complexité multicouches d’un propos à la fois sérieusement historique et ouvertement satirique. Il évite la pure parodie pour donner à voir une dialectique et une distanciation fondées sur une gestuelle que l’on sait provenir de l’opéra chinois, y compris révolutionnaire. Ce télescopage est des plus troublants pour nous qui avons connu non seulement l’événement Nixon en Chine mais aussi fréquenté simultanément deux mondes étrangers : la scène minimaliste américaine (Philip Glass, Steve Reich, Terry Riley, Bob Wilson, Lucinda Childs, Peter Sellars) et la Chine de ces années-là (1973, 1974, 1976, 1978, 1979, 1980, 1981, 1983, 1985, 1986, 1987, 1988, 1989).


Retransmission de la représentation du 18 avril 2012 sur Arte Web (jusqu’au 15 juillet 2012)

Sur le site de John Adams : Nixon in China.

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Lundi 9 avril 2012, 17h. Remarquée à l’occasion du repas de l’agneau pascal chez A. et M. (et A. et C.) : Lara Croft (jeu Tomb Raider créé en 1996) dans sa version Playmobil, amusante si on la compare à ses diverses apparitions en images de synthèse. Le plus réussi, comme souvent chez Playmobil : les bottes.
Références :


Le Détachement féminin rouge, film et ballet révolutionnaire, Chine, 1960-1970. Cité dans Nixon in China, voir l’article ci-dessus.
Tomb Raider (Lara Croft), jeu informatique, Grande-Bretagne, 1996-2012.
La figurine Playmobil a deux pistolets. L’héroïne du Détachement féminin rouge aussi.

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Samedi 7 avril 2012, 17h30, Cité universitaire internationale, exposition « Au-delà des clichés » à la Maison du Japon. Voici en quoi consiste la proposition de Hanako Murakami :

Je présente la série « Portraits imaginaires ». C’est une collaboration avec un ancien policier japonais qui s’occupe de dessiner des portraits-robots. Je fais un entretien pour vous demander « comment était le visage de votre ex-amoureux ? », je l’envoie au policier et on obtient le portrait. Dans l’exposition, je présente les portraits et les textes sur lesquels ils sont basés.
Le site de l’exposition : http://maisondujapon.org/expo2012/index.htm
Le lien pdf vers une première série de portraits : http://hanakomurakami.sakura.ne.jp/mt/hanakomurakami/hp/ImaginaryPortraits.pdf

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Samedi 7 avril 2012, 17h, Cité universitaire, boulevard Jourdan, Paris 14e. La Maison du Japon, construite entre 1927 et 1929, est un lieu intéressant : la salle des fêtes, la bibliothèque, l’escalier. Dessinée par un architecte français classique, elle cite la tradition japonaise par certains traits et matériaux. Mais c’est dans la disposition des choses, des sièges, des tables et des livres, que l’on reconnaît le Japon.

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