Sur mon étagère

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silvoz-chrono
Samedi 17 août 2013, 19h30. Sur mon étagère, il y a, depuis les années 70, ce compte secondes (et aussi centièmes de minutes et minutes) mécanique — on peut le nommer chronomètre — de la marque Silvoz, Made in Germany. C’était un classique des laboratoires de photographie où il fallait exposer et développer selon des durées relativement précises. Le temps « déguisé en mouvement » (Étienne Klein), c’est ce que montrent les montres. Pour nos opérations à la rencontre du faisceau lumineux et des bains chimiques, l’observation des aiguilles et l’écoute du tic-tac donnait une dimension souple, libre et littéralement manuelle au contrôle du temps. Ce n’est pas une horloge. Aujourd’hui, le comptage numérique du temps est inscrit dans un vaste synchronisme universel. L’heure s’est infiltrée partout. Elle s’affiche et s’impose sans vergogne.

hanako silvoz 2013 06 24
Complément :
Un tel appareil est encore en usage, comme en témoigne cette photo du blog d’Hanako, qui fait des recherches sur le croisement des nouvelles techniques photographiques et des anciennes.

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Mardi 24 janvier 2012, 23h55. Ce flacon, employé en chimie et en biologie, un erlenmeyer à ouverture étroite (inventé en 1861 par Emil Erlenmeyer, 1825-1909), me suit depuis les années soixante. Il ne provient pas des travaux pratiques du Lycée du Parc de Lyon ni de la Faculté des sciences de Grenoble. Je l’avais acheté à l’époque pour la clarté de sa forme, et peut-être comme signe de mon attachement aux études scientifiques au moment où je m’en écartais.

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Mardi 27 décembre 2011, 0h50. Sur mon étagère, il y a, « depuis toujours », une figurine qui habitait un quai de gare ou un wagon d’un train mécanique ou électrique de la marque Hornby. Achetée au début des années 50, elle faisait partie d’une boîte Hornby de sujets en matière plastique qui reprenaient — on apprend cela aujourd’hui sur Internet de la part des nombreux nostalgiques et collectionneurs, ou encore des vendeurs sur e-Bay, de ma génération, qui croient posséder des trésors — des modèles précédents en aluminium que j’ai vus lors de ma récente visite de l’exposition du Grand Palais, « Des jouets et des hommes ». Autre chose : je m’étais efforcé, au cours d’une série de photos entreprise à Noël 1967 à Marseille et poursuivie jusque dans les années 80 et au-delà, sous le titre : Marseille, jamais que pour ça — voir : 31 décembre 2007, http://jlggb.net/blog/?p=177, de placer cette femme et cet enfant avec bagages, cette dame et ce garçon, cette mère et son fils, dans la photo d’une sculpture allégorique du grand escalier de la gare Saint-Charles où ma mère, ma sœur et moi avions été pris en photo par mon père en 1951, lors d’un premier voyage à Marseille, le premier grand déplacement en train. Remarque : l’image de la trotteuse du réveil indique que le temps de pose a été de 8 secondes.



Marseille, escalier de la gare Saint-Charles en 1951 et le 31 décembre 2007 (la figurine se trouve véritablement posée là, ce n’est pas un montage).

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Mercredi 14 décembre 2011, 23h30. Sur mon étagère, il y a, depuis le milieu des années 80, une petite maison « postmoderne » en Lego faite en jouant avec É., que j’ai vue comme la maison — non pas à construire mais où loger ses pensées. Ensuite, on a vu dans des revues des maisons d’architectes qui se voulaient des archétypes ou des prototypes. Par exemple :
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Maison Rudin à Leymen, Haut-Rhin, Herzog & De Meuron architectes, 1996-1997 (photo Jeroen Meijer). Voir aussi, Vitra : http://jlggb.net/blog2/?p=2409.
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Maison de la rue Beatrijsstraat, Rotterdam, MVRDV architectes, 2002-2007 (photo Robert Hart).


Maison Rokko, sur les hauteurs de Kobe, Japon, par Yo Shimada et Tato Architects, 2011, coordonnées 34.724631,135.237039 (photo © kenichi suzuki) : http://www.designboom.com/weblog/cat/9/view/21999/tato-architectsyo-shimada-house-in-rokko.html

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Maison Diogène sur le campus de Vitra par Renzo Piano, 2013 (image © designboom) :
http://www.designboom.com/architecture/renzo-pianos-micro-home-diogene-installed-on-vitra-campus/


Ce à quoi la Lego House ressemble historiquement, le Sarto de Chautagne, voir, 17 janvier 2010 : http://jlggb.net/blog2/?p=759

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Dimanche 11 décembre 2011, 23h, Paris. Sur mon étagère, il y a, depuis des années, un appareil photo que j’ai emprunté à Frank Popper. C’était en 1983, nous préparions l’exposition Electra pour le Musée d’art moderne de la Ville. F.P. m’avait demandé de chercher et de classer des photographies dans son bureau qui se trouvait sous les toits, quai des Grands Augustins. Il s’interrogeait sur une éventuelle pellicule qui se trouverait dans cet appareil étrange, petit, très lourd, nommé Robot, comportant un mouvement à ressort et un solide bouton pour le remonter. C’est que cet appareil peut capturer les images en rafales. Il y avait une pellicule mais elle ne donna rien. Aujourd’hui, Frank vient, avec Aline, nous rendre visite. La vue de l’objet lui dit quelque chose, mais il ne se souvient pas d’où il le tenait. Ce que l’on peut comprendre de cet appareil photo, c’est qu’il a rapport à la guerre, à l’aviation. L’objectif est un Schneider-Kreuznach Tele-Xenar f : 3,8 – F=7,5 cm. Le viseur présente un cache qui réduit le champ pour l’adapter au téléobjectif. La visée se fait ou bien par l’oculaire arrière ou bien par l’oculaire de côté. Les négatifs font 22 mm de large sur 23 mm de haut. Ici, l’inscription gravée sur les appreils Robot II F embarqués, « Luftwaffen-Eigentum » (Propriété de l’Armée de l’air — voir un document trouvé sur Internet), a été grattée. Il y a un numéro à l’intérieur, qui est en bakélite : F 55783-5. Car on peut apprendre qu’un tel appareil — qui gagna un Grand Prix à l’Exposition universelle de Paris en 1937 — fut fabriqué à 20 000 exemplaires (voir le site consacré à l’histoire du modèle Robot : http://www.robot-camera.de/ROBOT_Historie/robot_historie.html) pour équiper les avions allemands engagés dans la guerre, et notamment ceux qui avaient pour cibles les villes et la population de Grande-Bretagne (http://www.robot-camera.de/ROBOT_Kameras/Robot_II/Robot_II_Luftwaffe/robot_ii_luftwaffe.html). C’est ici qu’il faut rappeler que F.P. a fui Tannwald, en Tchécoslovaquie, en juillet 1938 (il avait 20 ans), pour Londres où il a cherché et finalement obtenu un engagement volontaire dans la RAF, non pas comme Photointerpreter, comme il le souhaitait, mais comme Wireless Operator (lire son livre Réflexions sur l’exil, l’art et l’Europe, Klincksieck, 1999, pp.61-62 et l’article de jlggbblog du 22 mars 2009 : http://jlggb.net/blog/?p=1895). Frank Popper m’a dit, cet après-midi, qu’il souhaiterait écrire un curriculum vitæ, non pas l’énumération de tous ses articles, de toutes ses conférences, mais la suite de tous les instants qui ont marqué son existence, qui ont marqué sa mémoire. Je fais l’hypothèse que l’objet qui est sur mon étagère provient d’un avion tombé en Angleterre et récupéré par F.P.

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