Langage

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pommes-poires
Mardi 5 novembre 2013, 23h30, 93bis. Fruits bio (poires de l’Hérault, pommes du Vaucluse) achetés à Monoprix, 20 boulevard de Charonne, Paris, 20e.

Nos arbres fruitiers, quoique greffés, gardent dans leur fructification tous les caractères botaniques qui les distinguent, et c’est par l’étude attentive de ces caractères, aussi bien que par les transformations de la greffe, qu’on s’assure qu’il n’y a, par exemple, qu’une seule espèce de poire sous mille noms divers, par lesquels la forme et la saveur de leurs fruits les ont fait distinguer en autant de prétendues espèces, qui ne sont au fond que des variétés. Bien plus, la poire et la pomme ne sont que deux espèces du même genre, et leur unique différence bien caractéristique est que le pédicule de la pomme entre dans un enfoncement du fruit, et celui de la poire tient à un prolongement du fruit un peu allongé.
Jean-Jacques Rousseau, Lettres sur la botanique à Madame Delessert, 1771-1773, « Lettre VII Sur les arbres fruitiers »

Texte en ligne : http://www.ebooks-bnr.com/wp-content/uploads/rousseau_lettres_sur_la_botanique.pdf

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sunset vevey Jeudi 31 octobre 2013, 12h. La place du marché à Vevey, que nous avions déjà visitée, il y a des années, pour y repérer la maison de Madame de Warens. Soleil très vif pour cette fin octobre sur la Riviera, et l’envie de s’installer à l’abri de la bise à la terrasse du café Le Sunset. Allant au bar pour commander deux cafés, on entend la serveuse dire : « Service dehors, si jamais. » Cette tournure typique du français de Suisse romande m’est familière. Mais elle me surprend toujours par le goût de reproche qu’elle laisse. Ici j’entends : « Si vous voulez être à la terrasse, pourquoi ne vous installez-vous pas à attendre pour commander ? ». « Si jamais », ce n’est jamais que « au cas où ». Mais le suspens est troublant. J’ai connu Si jamais je te pince !… (de Labiche), et tous les si jamais suivis de quelque chose. L’ellipse est pourtant très efficace. Jamais n’est pas que l’envers de toujours, comme dans « Ne travaillez jamais ! ». Jamais est une variable qui prend son sens, positif, négatif, hésitant, au sein de la phrase et de l’énonciation. Jamais est un moment quelconque, une éventualité dans le temps, mais verse par nature dans le négatif, même sans négation préalable : « Jamais de la vie ». Pourtant, il y a le (comme déjà) et le magis (plus, davantage), qui fondent, par exemple, « À jamais ». Jamais, avec si, s’échappe dans le virtuel.

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chexbres cascade 2013
Jeudi 31 octobre 2013, 10h45. Au dessus du lac Léman, entre Lausanne et Vevey, au cœur du vignoble de Lavaux, le village de Chexbres, la cascade du Forestay à Bellevue. Elle est à l’origine de la dernière œuvre de Marcel Duchamp, Étant donnés : 1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage, 1946-1966. Du 5 au 9 août 1946, Marcel Duchamp séjourne, en compagnie de Mary Reynolds, à l’hôtel Bellevue, tout proche. Notre contribution à l’exégèse d’Étant donnés, c’est d’avoir fait en 1994 (en préparant Moments de JJR) l’hypothèse que l’intérêt de Duchamp pour Rousseau, renforcé par toutes les marques de Rousseau dans la région, a pu le fixer sur la cascade, figure rousseauiste s’il en est. Voir : « Le mémoratif réflexe » du 7 mars 2012, http://jlggb.net/blog3/?p=1608. Et aussi : Stefan Banz (éd.), Marcel Duchamp and the Forestay Waterfall, JRP|Ringier, 2010, http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=1902.

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ipomee jardin 2013
ipomee pancarte 2013
Samedi 26 octobre 2013, 15h, Jardin des plantes, Paris. Ces ipomées remarquables dont un voisin a eu la bonne idée de pélever quelques graines l’an dernier, pour fleurir le fond de la cour à l’automne.

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lu kroll 2
Vendredi 25 octobre 2013, 15h, Nantes. Au Lieu unique, une exposition à l’initiative de Patrick Bouchain (qui fut l’aménageur de cette ancienne fabrique de biscuits et, parmi nombre de réalisations, du théâtre de Gennevilliers cité précédemment) dédiée aux architectes, urbanistes et paysagistes Simone et Lucien Kroll. Difficile de photographier une exposition faite de documents et d’événements. On s’intéresse à l’envers du décor, comme on l’avait travaillé dans nos expositions Image calculée (1988), Artifices (1992), etc., Jouable (2004) : les châssis, faits de battants — termes professionnels du théâtre — emploient ces triangles de contreplaqué comme renforts de l’équerrage que l’on nomme mouchoirs.

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okada t2g
Vendredi 18 octobre 2013, 20h — 22h, théâtre de Gennevilliers. Current Location de Toshiki Okada (Yokohama, 1973) est une pièce de science fiction relative au Japon du 11 mars 2011 et à ses suites catastrophiques. Sept personnages de femmes, pas d’action mais des gestes, des déplacements obéissant à une chorégraphie discrète et une parole continue, sur l’incertitude, l’anxiété, les tensions, les différences de compréhension de la situation passée, présente et à venir. Les actrices ne sortent jamais de scène : quand elles cessent de parler, elle deviennent spectatrices, sur le plateau lui-même.

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nespresso tronchet
Samedi 5 octobre 2013, 12h51, Paris 8e. Les boutiques où l’on achète des capsules de café, exclusives de la marque, sont toutes situées dans les beaux quartiers de l’ouest de Paris. Quand on pose la question du pourquoi, on nous dit qu’il s’agit d’un produit de luxe — désormais connoté écologique : Ecolaboration™, Sustainable Quality™. À voir comment les clients se plient au protocole de la queue et des courbettes, avec le sentiment de faire partie du club, on mesure le coup de génie du marketing Nestlé. Récemment, le point de vente de la rue Tronchet, vers La Madeleine, a innové : l’ambiance est toujours celle d’une grande bijouterie, mais c’est un self-service — ou  self-checkout. Les variétés de café — des couleurs, des noms — sont disposées en panneaux tout autour d’une salle, constamment réalimentés par un mécanisme. Le sac rempli — élément essentiel du packaging — est déposé dans une machine, la carte Nespresso est posée sur un plateau : la liste et les prix s’affichent — les boîtes ont une puce RIFD —, et le total à payer. La carte de membre ne comporte ni nom ni numéro visibles, mais l’historique des achats est bien inscrit quelque part, qui vient enrichir les données de notre profil, pourquoi pas croisées avec celles de notre carte bancaire. Ce fichier de la clientèle vaut de l’or, et devrait intéresser sociologues et politiques. On attend de pouvoir voter avec une telle facilité.

Après coup, je trouve confirmation de tout ça sur un site de Web To Store : « Les membres encartés se trouvent à même de choisir librement leurs produits et les régler sans attente. Les hôtesses de caisse, quant à elles, deviennent conseillères et proposent le cross selling. » et sur un site de e-marketing : « La nouvelle tendance est le premium access. Autrement dit, démocratiser un service sans le désacraliser. »

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drapeau geidai 23 sept
Lundi 23 septembre 2013, 17h, Tokyo. Au nord-ouest du parc de Ueno, de part et d’autre de la rue, les entrées de l’École des Beaux-Arts et du Conservatoire de musique, deux entités (sœurs et ennemies, dit-on) réunies sous le nom d’Université des arts de Tokyo (東京藝術大学, Tōkyō Geijutsu Daigaku ou Geidai), voient aujourd’hui leur symétrie renforcée par deux paires de drapeaux. Si la Fête de la lune, commune à toute l’Asie, tend à ne plus être marquée, le Japon a fait de l’équinoxe d’automne une fête officielle. Sous nos yeux, les drapeaux « Soleil levant » sont rapidement retirés à 17h10, au coucher du soleil. Ce drapeau national, déjà suspect, participe à la lutte entre le soleil et la lune.

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boite starbucks
Dimanche 22 septembre 2013, 15h, Yokohama. En chemin vers le studio de la Graduate School of Film and Media des Beaux-Arts de Tokyo, dans un ancien entrepos juste au bord de l’eau, on traverse Yokohama World Porters, un grand centre commercial plein de monde, à craquer. Mais, chez Starbucks, le service est très organisé et rapide. J’achète un café mocha et une petite part de cheese cake, à emporter. La boîte est fermée par une pastille adhésive qui dit de mettre la chose au frigo et de la consommer avant un jour.

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harajuku rampe
Samedi 21 septembre 2013, 16h, Tokyo, station de métro Harajuku. C’est le moment de se servir de cette référence à Paul Klee, que l’on traine depuis toujours : son cours du Bauhaus (1921-1922) s’ouvre sur la proposition d’un « linéaire actif » (Linear aktiv), déclinée en « ligne libre » et « ligne d’accompagnement ». Ici l’accompagnement (de la ligne des marches par la ligne de la rampe) se veut utile : les portions horizontales sont pour s’appuyer quand on descend, les portions obliques pour se hisser quand on monte. On n’a pas l’occasion de vérifier car les interminables escaliers sont redoublés par des escalators. Photo trompeuse, en outre, car il y a cet après-midi des milliers de jeunes filles, toutes plus ou moins costumées, qui se pressent vers le concert du groupe (de cinq garçons) Arashi.

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