Histoire

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Dimanche 12 mai 2013, 15h30 — 16h, carrefour Barbès-Rochechouart. Depuis la station de métro, et depuis le balcon de nos amis Paule et Jean-Pierre, le cinéma Louxor (1921), très récemment rouvert après 30 années d’abandon.

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Dimanche 14 avril 2013, 14h — 16h. Les œuvres de Julio Le Parc (né en 1928 en Argentine, vit et travaille à Cachan) n’avaient jamais été montrées en nombre comme ici au Palais de Tokyo. L’ayant rencontré en 1968 (voir : http://jlggb.net/blog2/?p=2639) et connaissant assez bien son travail de l’époque, je le trouvais trop prétentieux pour être sympathique. Mais sa façon de vouloir casser le mythe de l’incompréhension de l’art contemporain par le public contemporain m’intéressait et reste intéressante, avec une dimension politique dégagée de sa radicalité proclamée. C’est peut-être (outre les motivations commerciales) la raison de son retour, comme, d’une façon générale, celui de l’art cinétique, de la lumière et du mouvement (dont nous avons exposé certains aspects du prolongement par de jeunes artistes dans « leurs lumières », l’automne dernier au Centre culturel de Saint-Riquier). Série 15, 1971-2012, acrylique sur toile (peinture horizontale); Rubans au vent, 1988, bois, rubans, ventilateur, moteur, lumière.

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Lundi 18 mars 2013, 20h, Aix-les-Bains. La mer, les champs, la montagne. Pratique, moderne (avec ce qu’il faut de tradition et de « à la main »), sympathique, un petit repas à base de boîtes de conserve à « ouverture facile » portant fièrement le logo « alu recyclable ». On dit maintenant que l’aluminium est dangereux pour la santé. On pourrait se rassurer avec le revêtement intérieur, mais il contient du bisphénol A, encore plus toxique. Il paraît que le bisphénol A est présent dans les tickets de caisse et les billets de banque. Autant arrêter de faire les courses. Sauf sur Internet ? Le contact avec la matière plastique du clavier est dangereux, sans compter les champs électromagnétiques de l’écran, de l’ordinateur, du wifi, etc.

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Vendredi 15 mars 2013, 16h. Aix-les-Bains. Au dessous de l’ancien hôtel Bernascon, rue Isaline, il reste deux espaces libres, vestiges des vergers qu’il y avait là dans les années 1900 (l’hôtel a été construit en 1900, la carte postale date de 1907). Avant de voir la construction d’un immeuble, ce qui était encore récemment le parking de l’Hôtel Palais des Fleurs a vu disparaître un très grand tilleul, puis l’arrivée, il y a quatre jours, d’une pelleteuse et d’une voiture de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives). Très vite il y a eu deux grandes fosses aux contours très nets. Aujourd’hui l’une d’elle est rebouchée tandis que l’autre fait encore l’objet d’une observation minutieuse. Les fouilles préventives ont été popularisées notamment par Jean-Paul Demoule et son livre On a retrouvé l’histoire de France. Comment l’archéologie raconte notre passé, Robert Laffont, 2012. À écouter, un entretien avec Jean-Paul Demoule du 25 mai 2012.

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Dimanche 3 mars 2013, 12h30, Parc de la butte du Chapeau-Rouge, Paris 19e. La vision de cette statue a toujours éveillé chez nous un soupçon. C’est que, dans les années 70, nous avions vu à Stuttgart le parc Killesberg, ses constructions, ses terrasses, ses statues, en sachant qu’il avait été créé (sur d’anciennes carrières, comme ici) à la gloire de « de vie en plein air » et de « l’agriculture national-socialiste », au moment même du déclenchement de la guerre. D’après la documentation consultée aujourd’hui sur Internet, le principal architecte de ce parc était Hermann Mattern, qui s’occupa aussi des paysages autoroutiers de l’Allemagne nazie (plus tard il collabora avec le fondateur de la Documenta de Kassel, Arnold Bode), était « politiquement rouge », alors que certaines des constructions du parc était inspirées par Albert Speer. Le parc et l’exposition firent polémique et il semble que cette polémique s’est prolongée depuis, à la fois sur le plan historique et à l’occasion des transformations successives du Killesberg. Mais l’Ève de Raymond Couvègnes (1938) regarde résolument à gauche. L’architecte du Parc de la butte du Chapeau-Rouge était Léon Azéma, qui restaura les cascades du Parc de Sceaux et fut l’un des auteurs du Palais de Chaillot de 1937. Ouvert lui aussi en 1939, le parc, ses fontaines, ses terrasses, ses constructions et abris en béton armé avec de très longs bancs, ont des qualités démocratiques. Rien n’empêche cependant de trouver des parentés entre l’architecture nazie et celle du Front populaire et d’y reconnaître le style d’une époque, lié à des techniques, à des goûts, ou même à des idées politiques (faire du « social » par exemple). La butte du Chapeau-Rouge est en travaux (arrosage automatique et fontaines) et vient de recevoir une œuvre liée à la construction du tramway : Bert Theis, artiste luxembourgeois installé à Milan, curateur et activiste, a installé deux très grands bancs de bois peints en blanc qui remémorent le discours pacifiste prononcé par Jean Jaurès le 25 mai 1913, ici-même au Pré Saint-Gervais, sur cette butte qui était encore la zone (on voit l’un d’eux au fond de la photo et on va le revoir au Mamco de Genève: http://jlggb.net/blog3/?p=5451).
Sur les œuvres du tramway T3 : http://jlggb.net/blog3/?p=5125
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25 mai 1913, Pré Saint-Gervais, discours de Jean Jaurès contre la loi de 3 ans de service militaire devant 150 000 personnes [cliché Roger Viollet]

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Dimanche 17 février 2013, 15h30 — 17h, musée d’Orsay. Il est interdit de photographier — comme de boire et manger ou porter un sac à dos. Dans les salles du 5e étage où le public afflue pour les Impressionnistes, on est, une fois encore, troublé par le grand Déjeuner sur l’herbe (salle 29). Peut-être par la lueur d’une profondeur aberrante, mais d’abord par le « regard caméra » de Victorine Meurent (On ne la verra pas en Olympia car le rez-de-chaussée est en travaux). Un peu plus loin (salle 32), on vérifie que l’asperge et le citron sont bien ce qu’on nomme ici des notations (cette fois, j’y vois la pesanteur).
Édouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1863, huile sur toile, H. 2.07 ; L. 2.65
Édouard Manet, L’Asperge, 1880, huile sur toile, H. 0.169 ; L. 0.219
Édouard Manet, Le Citron, 1880, huile sur toile, H. 0.14 ; L. 0.22
Voir : « Manet, avant, après », 19 juin 2011

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Samedi 12 janvier 2013, 12h-15h. Au centre Bophana de Phnon Penh, Soko Phay-Vakalis et Pierre Bayard mettent une dernière main au montage de leur film Vann Nath, le peintre-mémoire. Pierre Bayard vient de m’offrir son livre — qui sort le 17 janvier —, Aurais-je été résistant ou bourreau ? (Éditions de Minuit. À écouter : Le Journal de la philosophie, 14 janvier 2013). Il le présente comme un « essai d’uchronie personnelle », mais il est, dans les circonstances, particulièrement synchrone. La figure du peintre Vann Nath, survivant de S-21 et témoin par sa peinture des crimes qui y ont été commis par les Khmers rouges, y apparaît pour démontrer les capacités de trouver en soi la force de la résistance. C’est le cinéaste Ritty Panh — que nous allons rencontrer quelques minutes plus tard dans son studio, de l’autre côté de la rue, alors qu’il tourne un film incroyable avec des maquettes et des figurines qui seront confrontées à des images d’archive — qui est le lien de tout ça. Dans le centre Bophana, créé à son initiative, nous croisons dans l’escalier — beau bâtiment années 60 comme Phnom Penh en compte semble-t-il beaucoup — ce portrait de son héroïne Bophana par Vann Nath.

Le Centre Bophana
En évoquant le nom de Bophana, le Centre veut se faire le relais du message de résistance, de courage et de dignité que cette jeune prisonnière du centre de détention S-21 a laissé. Le projet qu’il porte, celui de reconstituer le patrimoine audiovisuel cambodgien, vise à ouvrir un accès à la mémoire. Pour se souvenir, transmettre une histoire et une culture aux générations futures, et bâtir ensemble un avenir.

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Jeudi 10 janvier 2013, 20h. L’immense site de la crémation de Norodom Sihanouk, prévue le 4 février, se construit en un temps record, jour et nuit. C’est juste à côté des Beaux-Arts (et du Palais), et de l’hôtel. Il se dit que le Premier Ministre français y assistera.

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Vendredi 21 décembre 2012, 14h30 et 17h30, Genève. Le nouveau pont sur l’Arve, financé par Rolex (il porte le nom de Hans Wilsdorf, fondateur de la firme — on n’a peu l’habitude de voir un élément de la circulation publique « offert » ainsi par une marque), est l’une des rares transformations modernes que l’on ait pu connaître à Genève. Il se veut sans doute surprenant, il est quand même déjà inscrit dans l’esthétique convenue du calcul informatique. Mais, ce qui retient mon attention, c’est l’écart de son aspect entre le jour et la nuit, que je rapproche de celui du pont Waibaidu (vu récemment à Shanghai : http://jlggb.net/blog3/?p=4387). Sauf qu’ici la couleur ne change pas toutes les dix secondes. La Suisse positive n’est pas la Chine kitsch, et la modeste passerelle n’a rien du grandiose historique du pont shanghaïen. Un point commun cependant, ce sont des passages de frontières qui ont connu des jours virulents et symboliques.

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Dimanche 2 décembre 2012, 15h30-16h30. À l’occasion d’une installation sonore du collectif Art of Failure, la Maison du Peuple de Clichy-la-Garenne peut être visitée. Construite entre 1937 et 1939 par les architectes Eugène Beaudouin et Marcel Lods et les ingénieurs Jean Prouvé et Vladimir Bodiansky, « l’édifice était conçu comme une machine qui, à l’aide de mécanismes ingénieux, peut se métamorphoser. Et répondre à des fonctions multiples, marché, salle de conférences, salle de cinéma, bureaux d’associations et syndicats… » (Béatrice Simonot, La maison du peuple de Clichy-la-Garenne : Un bijou mécanique, 2010). Si la restauration, décidée au moment du classement en 1983 pouvait se faire véritablement, le bâtiment pourrait à mon sens vivre du spectacle de son auto-transformation mécanisée, cloisons et planchers mobile, toitures escamotables, etc., tout comme de l’hommage qu’il constitue à l’imagination technique et formelle de Jean Prouvé, que l’on reconnaît dans chaque détail.


La Maison du Peuple (au moment de son ouverture en 1939 ?) Photo © Musei in Comune Roma

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