Zhège


Samedi 5 novembre 2011, 13h, Taipei, marché aux plantes, sous la voie rapide de Jian Guo south road (le samedi et le dimanche, les autres jours, c’est un parking). Avec le geste du doigt de cette enfant, j’entends « zhège » ( 这个), un mot chinois que je connais, qui signifie « ça ». Le caractère est, dans la tradition philosophique chinoise antique « sophistique », assimilé à un doigt. Selon Kong Souen Long (Royaumes Combattants) et son traité Sur le doigt et l’objet, « tout objet est un doigt, mais le doigt n’est pas le doigt » (Pascal Quignard traduit le traité du « Zhi Wu » par Sur le doigt qui montre cela). La langue est une désignation du réel : le doigt — et tout objet — peut être à la fois désignant et désigné, dans un rapport d’indication plus que de ressemblance (Julia Kristeva dit, dans Le Langage, cet inconnu, « les caractères sont non seulement des désignations d’objets, mais des désignations de désignations, c’est à dire des dessins de gestes. »).

Voir, le même endroit, le 28 novembre 2010 : http://jlggb.net/blog2/?p=3297

Ceci est le 600e article de jlggbblog2 (depuis le 1er décembre 2009).

Matsao, source thermale







Mercredi 2 novembre 2011, 10h-11h. Au nord-est de Taipei, loin dans la montagne du parc national Yangmingshan (陽明山), une source thermale (70 degrés, odeur de souffre) : Matsao (馬槽). L’endroit semble à demi abandonné et banal. Mais, dans les nuages, dans le plus grand calme, des paysages émergent.

Activity and Quietness


Mardi 1er novembre 2011, 23h. Taipei, Wistaria Tea House, 1, Lane 16, Xinsheng South Road Sec 3, dans un quartier d’universités, cette maison de thé qui a marqué la vie culturelle et politique. Le thé précieux est accompagné de friandises, des sucres fondants en forme de pétales, entre des gâteaux de lune et des prunes salées, à la rencontre des traditions chinoises et japonaises. Le dépliant de la maison s’ouvre sur cette phrase : « In these turbulent times, it is important to create realms of critical distance and cultural resistance. »

À condition d’en sortir



Lundi 31 octobre 2011, 9h20, Université nationale des arts de Taïwan, NTUA, bâtiment principal. L’annonce du workshop « À condition d’en sortir »*. La vue du 10e étage vers l’est.

Voir Google Street View

Extraits du texte de présentation du workshop :

Les nouvelles technologies peuvent favoriser le renouvellement, voire la sortie des disciplines artistiques classiques. Cependant, elles tendent à un enfermement dans la technique pour elle-même et présentent donc un risque d’illusion de changement. Le partage entre sciences, art et philosophie ne relève pas d’une disciplinarisation mais d’une distinction nécessaire entre registres de la connaissance et de la subjectivité.

« À condition d’en sortir » signifie un rapport de l’art aux nouvelles technologies qui fait allusion aux expressions françaises du genre : « La logique mène à tout, à condition d’en sortir », « Le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir », etc. Plutôt que d’un « art des nouveaux médias », ou, ce qui n’a pas vraiment de sens d’un « art numérique », on pourrait parler d’un art de l’époque des nouveaux médias, ou des conditions numériques. Il s’agit donc de dire ironiquement qu’il ne faut pas s’enfermer dans les nouveaux médias, tout en en tenant pleinement compte, car on ne peut pas envisager une création qui ne proposerait pas un renouvellement de ses techniques et de ses formes. L’invention d’instruments et de méthodes peut être vue comme relevant à part entière de l’art. D’une façon générale, « À condition d’en sortir » pointe la nécessité d’un dépassement, y compris de ce qui semble nous qualifier ou nous intéresser le plus.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’interdisciplinarité et encore moins d’Art total. Les workshops entendent plutôt mettre en œuvre une liberté et une ouverture qui appellent des croisements intelligents et critiques. En ce sens, on pourrait viser une a-disciplinarité. De façon apparemment paradoxale, « en sortir » indique aussi des points de référence conscients — la tradition, la discipline, la technique —, dont le projet peut « se sortir », c’est-à-dire à la fois « faire avec », émerger et s’émanciper.

Deux graines de grenade


Jeudi 2 décembre 2010, 20h30, restaurant Shi-Yang (??????) à XiZhi, à une heure de Taipei dans la montagne. Deux graines de grenade dans un vinaigre d’ananas. Ce « restaurant culturel », dont la « nouvelle cuisine » s’inspire à la fois de la tradition japonaise et de celle de Taïwan, a été fondé par un ancien architecte, et ça se voit.