Histoire

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Phily, 1933. Photo collection « les filles de Phily ».
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Samedi 12 novembre 2011, 14h, Aix-les-Bains, à l’angle de l’avenue du Golf et du chemin des Burnets. L’indice est la barrière en ciment armé. Puis l’immeuble confirme la vue. L’hôtel a été transformé et agrandi en maison de retraite. La chaussée a été surélevée, la barrière est en partie enterrée. Mais c’est bien elle. Sur la photographie, la tante de L., Phily. Alors âgée de 17 ans, elle faisait caddie au golf. Elle a aujourd’hui 95 ans.

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Au Golf Club


Samedi 12 novembre 2011, 13h14, Aix-les-Bains, le golf.  Sur la photo ancienne (ci-dessous), trois jeunes caddies avec, au centre, la tante de L., Phily, à l’age de 16 ans, en 1932.



Au Golf Club d’Aix-les-Bains en 1932. Photo collection « les filles de Phily. Voir : http://lantb.net/uebersicht/?p=515

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Jeudi 10 novembre 2011, Montmélian, Savoie, 14h46-14h48. Question : dit-on qu’une architecture est sarde parce qu’elle a le style « sarde », parce qu’elle a été construite par des Sardes, ou bien parce qu’elle date de l’époque du royaume de Piémont-Sardaigne ?

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Samedi 22 octobre 2011, 11h-11h30, Copenhague. En juillet 1963 — c’était mon premier grand voyage indépendant —, je fus subjugué par les matériaux, la taille et la géométrie du SAS Royal Hotel. Il avait été achevé trois ans plus tôt. J’ai gardé l’image d’une façade au soleil et l’idée d’une radicale modernité. Ici, tout ou presque (le luminaire Artichoke est de Poul Henningsen) est de Arne Jacobsen. C’est devenu un conservatoire. De Arne Jacobsen, architecte du bâtiment, on voit le fauteuil The Egg, 1958, le lampadaire AJ lamp floor créés pour l’hôtel, le fauteuil Oxford Chair, 1963, la table basse A6.

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Samedi 15 octobre 2011, 19h. Galerie Perrotin, 76 rue de Turenne, Paris 3e. Xavier Veilhan, (je ne connais pas encore le titre), sculpture.

À rapprocher de Rodin, Maillol, etc. :


Auguste Rodin, Femme nue assise sur les talons vers la droite, les avant-bras levés, dessin, avant 1917, Musée Rodin, © Musée Rodin ; © Grahal ; © Service des Musées de France, 2009, crédits photographiques
© Jean de Calan


Aristide Maillol, Femme assise sur ses talons, statuette en bronze, vers 1900, Musée d’Orsay, © ADAGP – RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

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Dimanche 11 septembre 2011, 20h, Le Louvre. Rousseau n’aimait pas les vues lointaines, les panoramas. Il regarde vers le bas. On peut passer ici cent fois sans le voir.

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Dimanche 21 août 2011, 23h50. En août 1980, l’université de Vincennes (Paris VIII) fut détruite sur décision Mme Alice Saunier-Seité, ministre des universités. Les bâtiments étaient considérés comme provisoires depuis leur construction en 1968 par GEEP industrie dans le bois de Vincennes. Les diapositives Kodachrome que j’ai prises à ce moment là sont restées dans leur boîte plus de 40 ans. Je les scanne aujourd’hui et il me semble intéressant d’en publier une douzaine. On voit notamment, sur les trois dernières photos, le bâtiment D où se trouvait la philosophie et un garage à vélos que nous avions transformé en atelier de sculpture.
Voir « Long retour » : http://jlggb.net/blog2/?p=2884 et « Comment s’écrit l’histoire » : http://jlggb.net/blog2/?p=931.
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Photos ©JLggB 1980.

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Vendredi 5 août 2011, 20h45, sur ma table, sous la lampe Luxo, devant l’écran Apple 27 pouces. Luxun, écrivain révolutionnaire (1881-1936) est de ceux que la culture chinoise contemporaine a intérêt à conserver. La statuette, datée de 1972, achetée à Canton en 1974 par L. (pour être exposée au Musée d’art moderne de la Ville de Paris : Images du peuple chinois, 20 mars — 27 avril 1975) est une porcelaine Shiwan (专著, célèbre depuis la dynastie des Qing, 1644-1911, spécialisée dans la représentation de personnages), fabriquée à Foshan, près de Guangzhou (Canton). Son style est à rattacher au « réalisme » laudateur de ces années-là, qui est sans conteste éloigné du personnage réel, plutôt libertaire. Dans le stockage, pourtant attentif, la main droite a été cassée, mais elle vient ici d’être recollée sans que ce soit visible. La cigarette, un fin rouleau de papier, est conforme à l’original. Il convient de la restituer et non de la supprimer comme cela a été fait en 1996 sur une célèbre photo de l’auteur de La Condition humaine, Malraux (Gisèle Freund, 1935) — point commun : le Shanghai de la fin des années vingt.

Note  1 : On trouve le nom de Liu Zemian (刘泽棉, 1937 – ) comme auteur de cette statuette conservée au Victoria & Albert Museum à Londres (China, room 44, case 30, Museum no. FE.66-1984). Ses biographies font apparaître une certaine connivence avec les autorités. Mais c’est le sort qu’ont connu les artistes et artisans de sa génération. Il faut préciser que sa spécialité est désormais l’iconographie bouddhiste.


Liu Zemian.

Note 2 : Yu Hua, écrivain chinois traduit et publié chez Actes Sud (il est l’auteur de Brothers), consacre l’un de ses dix mots de La Chine en dix mots, 2010 (traduit par Angel Pino et Isabelle Rabut, inédit en Chine), à Luxun. Voici deux extraits de ce chapitre :

Le « Lu Xun » de l’époque n’était plus l’écrivain hautement controversé qu’il avait été de son vivant. La tempête d’attaques qu’il avait essuyée autrefois s’était éloignée et comme un ciel lavé après la pluie le « Lu Xun » d’alors brillait de tous ses feux. Ce n’était plus un écrivain, c’était un mot, un mot qui représentait la vérité éternelle et la révolution éternelle. (p.135)
C’est probablement ce qui a été sa chance, mais aussi son malheur. Sous la Révolution culturelle, « Lu Xun » a cessé d’être un nom d’écrivain pour devenir un terme politique à la mode, et dès lors ses œuvres pénétrantes et pleines d’esprit ont été elles aussi noyées sous les lectures dogmatiques. (p. 146)


Couverture : Zhang Xiaogang, Amnesia and Memory n°1, 2007.
Voir : http://jlggb.net/blog2/?p=4355 et http://jlggb.net/blog/?p=5939.

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Jeudi 14 juillet 2011, 10h30, Môtiers, Val-de-Travers, Suisse. Pour mémoire, la maison (musée) Rousseau que nous avons visitée dès 1992. En 1998, le conservateur, Monsieur François Matthey, nous autorisa à filmer, et donc à toucher, les rubans tissés par Jean-Jacques Rousseau (il parlera de lacets) lors de son séjour (10 juillet 1762, 8 septembre 1765), cités dans les Confessions, Livre douzième (septembre 1762) :

« Une entre autres appellée Isabelle d’Ivernois, fille du Procureur General de Neufchâtel me parut assez estimable pour me lier avec elle d’une amitié particuliére, dont elle ne s’est pas mal trouvée, par les conseils utiles que je lui ai donnés, et par les soins que je lui ai rendus dans des occasions essencielles, de sorte que maintenant, digne et vertueuse mere de famille, elle me doit peut-être sa raison, son mari, sa vie et son bonheur. De mon côté je lui dois des consolations très douces, et surtout durant un bien triste hiver où dans le fort de mes maux et de mes peines elle venoit passer avec Therese et moi de longues soirées qu’elle savoit nous rendre bien courtes par l’agrément de son esprit et par les mutuels épanchemens de nos cœurs. Elle m’appelloit son papa, je l’appellois ma fille, et ces noms que nous nous donnons encore ne cesseront point, je l’espere de lui être aussi chers qu’à moi. Pour rendre mes lacets bons à quelque chose j’en faisois présent à mes jeunes amies à leur mariage à condition qu’elles nourriroient leurs enfans […]. »


« Mademoiselle d’Ivernois, Môtiers, 1763, le lacet ». Copie d’écran de notre CD-ROM Flora Petrinsularis, 1993-1994, publié dans Artintact 1, ZKM/Cantz, 1994.

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Jeudi 30 juin 2011, 13h10. Hiroshima. Sortant de la gare, la première chose que je fais pour échapper à la chaleur, c’est d’entrer dans le grand magasin Fukuya pour aller au 8e étage occupé par la grande librairie Junkudo. Il y a deux ans, était paru chez Gallimard, Tu n’as rien vu à Hiroshima, livre des photographies faites par Emmanuelle Riva lors du tournage de Hiroshima mon amour (Duras-Resnais) en 1958 (voir : http://jlggb.net/blog/?p=3393). J’avais vu en février que la version japonaise, était mieux imprimée et c’est d’ailleurs à la librairie Junkudo de Paris (18, rue des Pyramides, 75001) que j’avais trouvé la référence : Hiroshima 1958, paru en novembre 2008 (voir ici). Le premier acte à Hiroshima est donc, un peu par hasard mais assurément, d’acheter ce livre.
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On en profite pour donner à voir l’ordonnancement impeccable de la librairie (modèle général des librairies japonaises, au demeurant).

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Dimanche 19 juin 2011, 11h30-13h30, Musée d’Orsay, Paris, exposition Manet, inventeur du Moderne. Pourquoi ne peut-on pas photographier les œuvres de Manet (et rien d’autre dans ce musée) ? Pour protéger les droits des photographes habilités ? Dommage. Peut-être même scandaleux. Pour contredire ça, voir le site du Musée d’Orsay et les nombreuses et bonnes reproductions disponibles : http://www.musee-orsay.fr/. C’est que, pour raconter cette visite, il faudrait actionner des images autant que des mots. Photographier des détails, faire des rapprochements. Il est vrai que les images ne seraient pas nécessairement des « reproductions » des peintures, pastels et dessins d’Édouard Manet (et aquarelles, celles qui sont sur des lettres, très belles). Au moment de partir du 93bis, une photo très rapide des pêches qui sont sur la table, avec l’idée de compenser ce qu’on ne pourra pas prendre. Au retour, l’intention d’approcher le sensitif, l’incisif, l’intensif perçus chez Manet, l’apparente simplicité du Citron, déjà vu fin 2000 dans l’exposition Manet. Les natures mortes, dans le même musée : « Le citron, qui revient comme un leitmotiv dans l’œuvre de Manet, en référence à la peinture hollandaise du XVIIe siècle, apparaît ici dans toute son individualité, comme un sujet de pure délectation d’une modernité éblouissante. » Moderne ? On croît avoir tout dit. Mais encore ?
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Au retour, cette pêche, j’ai essayé de la décadrer, de la prendre de loin, comme par inadvertance, de la placer sur une assiette grise incertaine. Au mieux, une photo pour fiche de cuisine. De la présence haptique, certes, mais rien de cette « maladresse », de la proximité et de la distance combinées qu’on admire chez Manet. À ce jeu, la peinture est inégalable. D’ailleurs, Manet est un peintre d’histoire, un peintre politique. Voir L’Évasion de Rochefort, mais aussi Berthe Morisot au bouquet de violettes : «Le portrait, que vous avez de Berthe Morisot en 1872, c’est un portrait de deuil de la Commune et, en même temps, l’espérance ! » (Philippe Sollers, L’Infini, printemps 2011). Le citron de Manet, ses poires, ses pêches, ses asperges, ses fleurs, ce sont des actes de peinture — comme on dit des actes de langage — qui transforment le réel.


Édouard Manet, Le Citron, 1880 (14 x 22 cm), Musée d’Orsay, © photo musée d’Orsay/rmn.


Édouard Manet, L’Évasion de Rochefort, 1881 (143 x 114 cm), Kunsthaus, Zurich, (dr).


Édouard Manet, Berthe Morisot au bouquet de violettes, 1872 (55 x 40 cm), Musée d’Orsay, © photo dist. RMN-Patrice Schmidt (Libération).

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Jeudi 26 mai 2011, 18h. Dans un sous-sol quelque part en Savoie, la bibliothèque progresse : 16 casiers Billy (il y en a 6 autres en face), 38 mètres de rayonnages. Créé en 1978, la bibliothèque Billy est un objet « culte » de chez Ikea, populaire (41 millions d’exemplaires dans le monde), très bon marché (25 € la colonne), trop lourde (aggloméré), fragile (le revêtement laminé — sauf quand même les portes verre et aluminium, 70 €) mais minimaliste et presque super normale. Gillis Lundgren, qui l’a dessinée, fut le premier directeur du design chez Ikea en 1953 et l’auteur du concept de l’emballage plat d’Ikea (économie de stockage et de transport, montage par l’acquéreur, etc.).
Les premiers objets — c’est l’aspect Cabinet de curiosités du projet — sont des souvenirs des grands-parents et parents.

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Mardi 10 mai 2011, devant le Sénat, Paris, 16h-19h, manifestation de l’Appel contre La Nuit Sécuritaire :

« Incroyable ! Nous apprenons ce jour que le projet de loi a été rejeté par la commission des affaires sociales du Sénat présidée par Mme Muguette Dini. Tous les articles concernant les « soins » sans consentement en ambulatoire ont été rejetés : le « NON » a été voté par les sénateurs centristes, les partis de gauche et plusieurs sénateurs UMP. L’avis de la C.N.C.D.H. (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme) et du Contrôleur Général des Lieux de privation de liberté sont donc suivis d’effet. Le projet de loi est inacceptable et doit se limiter à ce qu’impose le Conseil Constitutionnel (intervention du juge après 15 jours). Aucune réforme ne peut se faire avant une grande concertation de l’ensemble des acteurs de la psychiatrie. »

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Lundi 9 mai 2011, 20h30, projection à la Femis, Paris 18e. Harun Farocki, Feu inextinguible, 1969, film sur la guerre du Vietnam où l’on ne voit pas directement la guerre mais, de façon théâtrale (et brechtienne), la fabrication du napalm. On note l’emploi, daté à l’extrême mais pertinent, du caractère Cooper Black (voir le dossier « Cooper Black »)

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Dimanche 8 mai 2011, 12h15, rue de Cotte, Paris, 12e. Remarquée depuis des années, cette enseigne ancienne emploie un caractère proche du Bodoni Extra Bold Étroit, avec des « fantaisies » comme le crochet à la base du R ou l’oblique droite du S. Mais nous sommes bien là dans la tradition des Bodoni et Didot (didones dans la classification de Maximilien Vox) qui connote une certaine assurance bourgeoise du XIXe siècle, issue de la fin du XVIIIe, du néo-classicisme et de Napoléon : Firmin Didot 1764-1836 (Paris); Giambattista Bodoni  1740-1843, dont le manuel typographique (Parme) est contemporain de la Révolution française. L’étroitesse et l’espacement sont ici pour renforcer l’élégance classique et cossue — et un certain glamour me dit L. (comme sur la couverture du magazine Elle, fondé en 1945 ?).
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Échantillon du Bodoni Extra Bold Étroit.

Elle du 1er avril 1960. (Collection LT)

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