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Vendredi 26 août 2011, 23h. La bouture de crassula prélevée le 2 juillet à 9h50, avenue Sanjo à Kyoto, en venant de la Villa Kujoyama, sur le trottoir à l’entrée d’un passage qui conduit vers un cimetière et vers les temples, aujourd’hui au 93bis dans un pot où sont inscrites ces références. La carte indique le point (en haut), avec les points de la Villa, de la maison de l’entretien avec M.F. et du camphrier remarquable, qui font eux aussi l’objet d’articles.


Dossier « Crassulas »

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Jeudi 18 août 2011, 23h, Nice-Savoie. Dans l’entreprise de rangement et d’élimination actuelle, des fossiles sont ressortis : rostres de bélemnites et ammonites.  Il n’y a rien de plus vieux dans les collections (ou bien les archives) ? Des millions d’années pour ces objets constitués — car ils furent vivants à un moment —, pas seulement de la matière. Et pourtant ils sont comme les autres objets qui m’ont « appartenu », subjectifs, affectifs, repères banalement inscrits dans une chronologie personnelle. (Le goût pour la spirale vient pour une part de là.)

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Samedi 13 août 2011, 18h, à l’angle du Faubourg Saint-Antoine (N° 285) et de la rue Gonnet, Paris 11e. On a vu le caractère Vendôme employé pour les enseignes d’hôtels et de coiffeurs. Classique des années 50, il se maintient quand il s’agit de connoter un sérieux quasi littéraire — la boucherie mérite ça —, associé à une certaine tradition de qualité française. Un bel exemple, donc, et en rouge vif.

Restitution typographique en Vendôme medium :

Voir : http://jlggb.net/blog2/?p=6738

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Vendredi 12 août 2011, 22h50. En Chine, en août 1981, explorant, avec plusieurs collègues, le nord de la province du Shaanxi, le Shanbei (陕北), pour y collecter des objets des arts populaires (papiers découpés, jouets de tissu brodé et de terre), je me suis rendu à Ansai et à Luochuan. Je ne me souviens plus exactement où, je fis l’acquisition, au bord d’une route, de cette petite (7 x 5 x 3 cm) figurine de terre — non cuite — peinte de noir : un tigre que l’on veut faire porter bonheur aux garçons nouveaux-nés. C’était donc il y a trente ans. La queue a été recollée, mais une oreille cassée a disparu depuis longtemps.

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Jeudi 11 août 2011, 17h45. À l’endroit où la rue du Sentier tombe dans le Boulevard Poissonnière, un restaurant chinois qui insiste sur le rapide. Si les caractères chinois déteignent sur le mot restaurant, le mot rapide doit conserver un caractère occidental : d’où le Cooper Black, comme d’habitude associé à une certaine vivacité bon marché, qui révèle ici une proximité avec l’Extrême-Orient entrant en résonance avec son aspect art nouveau. Une enquête sur les fabricants d’enseignes chinois de Paris serait intéressante, mais peut-être interminable.


Voir le dossier « Cooper Black ».

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J’inaugure ici la publication de photographies tirées à partir de mes propres négatifs. Avec ce scoop, Jean-Luc Godard lors d’un débat public du Festival d’Avignon au Verger d’Urbain V, le 5 août 1967, deux jours après la première du film La Chinoise, dans la cour d’honneur du Palais des papes. On voit qu’il y a un monde fou. Juste derrière Godard, on aperçoit Antoine Bourseiller, qui était lié à la production de La Chinoise et aussi impliqué dans le Festival d’Avignon. (Peut-être faut-il encore vérifier les dates). Les autres photos sont prises au même endroit, mais le matin, lors d’une conférence de presse. On y voit Marie-Jésus Diaz — photographe, Juliet Berto, Michel Séméniako — acteurs dans le film. Le dernier portrait de Juliet Berto avait déjà été numérisé d’après un tirage et publié dans « 20 ans » : http://jlggb.net/blog2/?p=1020. Il est est ici dans son cadrage conforme aux négatifs, comme les autres photographies. Un détail de la photo de Godard pendant la conférence de presse a été publié en couverture de la revue du Ciné-Club de Clermont-Ferrand, en 1967 ou 1968. ©Photos JLggB 1967.
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Appareil utilisé : Asahi Pentax Spotmatic.
Film : Ilford HPS.

 

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Vendredi 5 août 2011, 20h45, sur ma table, sous la lampe Luxo, devant l’écran Apple 27 pouces. Luxun, écrivain révolutionnaire (1881-1936) est de ceux que la culture chinoise contemporaine a intérêt à conserver. La statuette, datée de 1972, achetée à Canton en 1974 par L. (pour être exposée au Musée d’art moderne de la Ville de Paris : Images du peuple chinois, 20 mars — 27 avril 1975) est une porcelaine Shiwan (专著, célèbre depuis la dynastie des Qing, 1644-1911, spécialisée dans la représentation de personnages), fabriquée à Foshan, près de Guangzhou (Canton). Son style est à rattacher au « réalisme » laudateur de ces années-là, qui est sans conteste éloigné du personnage réel, plutôt libertaire. Dans le stockage, pourtant attentif, la main droite a été cassée, mais elle vient ici d’être recollée sans que ce soit visible. La cigarette, un fin rouleau de papier, est conforme à l’original. Il convient de la restituer et non de la supprimer comme cela a été fait en 1996 sur une célèbre photo de l’auteur de La Condition humaine, Malraux (Gisèle Freund, 1935) — point commun : le Shanghai de la fin des années vingt.

Note  1 : On trouve le nom de Liu Zemian (刘泽棉, 1937 – ) comme auteur de cette statuette conservée au Victoria & Albert Museum à Londres (China, room 44, case 30, Museum no. FE.66-1984). Ses biographies font apparaître une certaine connivence avec les autorités. Mais c’est le sort qu’ont connu les artistes et artisans de sa génération. Il faut préciser que sa spécialité est désormais l’iconographie bouddhiste.


Liu Zemian.

Note 2 : Yu Hua, écrivain chinois traduit et publié chez Actes Sud (il est l’auteur de Brothers), consacre l’un de ses dix mots de La Chine en dix mots, 2010 (traduit par Angel Pino et Isabelle Rabut, inédit en Chine), à Luxun. Voici deux extraits de ce chapitre :

Le « Lu Xun » de l’époque n’était plus l’écrivain hautement controversé qu’il avait été de son vivant. La tempête d’attaques qu’il avait essuyée autrefois s’était éloignée et comme un ciel lavé après la pluie le « Lu Xun » d’alors brillait de tous ses feux. Ce n’était plus un écrivain, c’était un mot, un mot qui représentait la vérité éternelle et la révolution éternelle. (p.135)
C’est probablement ce qui a été sa chance, mais aussi son malheur. Sous la Révolution culturelle, « Lu Xun » a cessé d’être un nom d’écrivain pour devenir un terme politique à la mode, et dès lors ses œuvres pénétrantes et pleines d’esprit ont été elles aussi noyées sous les lectures dogmatiques. (p. 146)


Couverture : Zhang Xiaogang, Amnesia and Memory n°1, 2007.
Voir : http://jlggb.net/blog2/?p=4355 et http://jlggb.net/blog/?p=5939.

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Jeudi 4 août 2011, 22h53. Ce coiffeur, catégorie « branché », de la rue Charles Baudelaire (Square Trousseau), Paris, 12e, a eu la bonne idée de conserver les lettres en métal découpé de l’enseigne, quitte à les poser avec un certain désordre dans sa vitrine. Car il s’agit d’un authentique Vendôme, comme on n’en fait plus, mais qui garde toute son efficacité à signifier le bon goût d’une modernité française modérée (œuvre de François Ganeau pour la Fonderie Olive, 1952).

D’autres échantillons du caractère Vendôme ont été cités précédemment :
« Pressing Opéra » : http://jlggb.net/blog2/?p=5592
« Un autre hôtel en Vendôme » : http://jlggb.net/blog/?p=2924

Reconstitution typographique

http://new.myfonts.com/fonts/urw/vendome/

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Mercredi 3 août 2011, 16h30. Le 14 décembre 2007, le lieu du prélèvement — qui avait eu lieu la nuit tombée —avait été identifié après coup, d’après mes souvenir (Voir : http://jlggb.net/blog/?p=154 et http://jlggb.net/blog/?p=526). Cette fois, le dimanche 3 juillet 2011, il fait grand jour — à 17h50 —, sortant de nouveau du M.O.T., je photographie la plante et le petit restaurant où elle se trouve (voir : « Crassulas prélevées récemment au Japon » : http://jlggb.net/blog2/?p=6333). Une nouvelle bouture est rapportée et rapprochée de la plante qui, depuis trois ans et sept mois pousse au 93bis. Faut-il parler de crassulas, au pluriel, ou bien d’une crassula ? C’était la question posée par l’article « Vertige de l’individuation » du 6 mai 2009 : http://jlggb.net/blog/?p=2638.

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Dimanche 24 juillet 2011, 13h. Ressortie des archives : offerte en 1985, cette belle calligraphie chinoise (33,5 x 53 cm). Le motif central est ji-qing : 寄, ji (envoyer, transmettre, déposer, confier), 情 qing (sentiment, affection). On dit par exemple : 寄情山水 ji-qing shan-shui, « trouver un appui pour ses sentiments dans le paysage ». Compléments : 乙丑冬日 yichou (1985), dongri (un jour d’hiver), 邵武 Saowu (prénom), 钱邵武 Qian Saowu (sceau de l’artiste). Qian Shaowu était un sculpteur, dessinateur et calligraphe célèbre, professeur aux Beaux-Arts de Pékin. Propositions de traduction par Y.X. et Z.Y.

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Samedi 16 juillet 2011, 20h40, 93bis. Elles ont été prélevées selon le protocole habituel (avec photos et localisation précise) à Kyoto (le mercredi 29 juin à Arashiyama, en allant au temple Daikakuji;  le samedi 2 juillet, avenue Sanjo Dori, en descendant de la Villa Kujoyama) et à Tokyo (le dimanche 3 juillet, non loin du musée MOT — quartier Shirakawa — sur une plante déjà bouturée le 14 décembre 2007).

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Jeudi 14 juillet 2011, 10h30, Môtiers, Val-de-Travers, Suisse. Pour mémoire, la maison (musée) Rousseau que nous avons visitée dès 1992. En 1998, le conservateur, Monsieur François Matthey, nous autorisa à filmer, et donc à toucher, les rubans tissés par Jean-Jacques Rousseau (il parlera de lacets) lors de son séjour (10 juillet 1762, 8 septembre 1765), cités dans les Confessions, Livre douzième (septembre 1762) :

« Une entre autres appellée Isabelle d’Ivernois, fille du Procureur General de Neufchâtel me parut assez estimable pour me lier avec elle d’une amitié particuliére, dont elle ne s’est pas mal trouvée, par les conseils utiles que je lui ai donnés, et par les soins que je lui ai rendus dans des occasions essencielles, de sorte que maintenant, digne et vertueuse mere de famille, elle me doit peut-être sa raison, son mari, sa vie et son bonheur. De mon côté je lui dois des consolations très douces, et surtout durant un bien triste hiver où dans le fort de mes maux et de mes peines elle venoit passer avec Therese et moi de longues soirées qu’elle savoit nous rendre bien courtes par l’agrément de son esprit et par les mutuels épanchemens de nos cœurs. Elle m’appelloit son papa, je l’appellois ma fille, et ces noms que nous nous donnons encore ne cesseront point, je l’espere de lui être aussi chers qu’à moi. Pour rendre mes lacets bons à quelque chose j’en faisois présent à mes jeunes amies à leur mariage à condition qu’elles nourriroient leurs enfans […]. »


« Mademoiselle d’Ivernois, Môtiers, 1763, le lacet ». Copie d’écran de notre CD-ROM Flora Petrinsularis, 1993-1994, publié dans Artintact 1, ZKM/Cantz, 1994.

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Mardi 5 juillet 2011, 18h-18h30, Kyoto, Ebisu-gawa Dori (non loin de la station Marutamachi, au sud du Palais). Ce magasin de fins de séries de vaisselle, porcelaines, tasses, théières, coupes, etc. nous avait été signalé par Hajime. Il se trouve dans une rue dédiée aux meubles et aux articles pour la maison. On y voit toute une époque de désir de modernité du Japon, les années 60 et 70. On y achète par exemple, au fil des visites (5 ou 6) ces tasses de la fabrique Hakusan, fort réputée, pour pas cher.
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En 2001, j’avais acheté, dans l’un des plus beaux magasins de céramiques du quartier de Kiyomizu, une tasse à soba de belle qualité. En porcelaine blanche et bleue, ornée de filets verticaux peints à la main, elle portait une signature où je reconnaissais le mot Chine. Ce samedi 2 juillet, vers 11h, je retrouve cet endroit et repère tout de suite quelques tasses portant la même marque. La directrice de la galerie m’explique que Kasho Morioka (森岡嘉祥), maître potier, troisième du nom (né en 1937), est mort il y a quelques années, mais qu’il reste des porcelaines produites dans l’atelier qu’il avait ouvert en 1995 à Jingdezhen, en Chine. Il avait eu le projet de se rapprocher encore de la tradition de la porcelaine blanche et bleue. Jingdezhen, province de Jiangsu, est en effet la capitale historique — on parle de plus de 1700 ans — de la porcelaine en Chine. Ici apparaît Mme Hana Morioka, qui me parle en français. C’est l’une des filles de Kasho Morioka, elle a vécu en France, à Nimes en particulier, pour étudier la bijouterie (elle avait étudié la céramique à Kyoto). Le hasard a donc fait que la tasse qui m’avait plu il y a dix ans relie la Chine et la France et qu’elle soit d’un maître largement connu dans le monde. Maintenant, j’en ai une deuxième, que je trouve très bien aussi.

 
Kasho Morioka devant son four en août 2005 (photo © André Defossez : voir ici).

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Mercredi 15 juin 2010, 16h, passage du Rhône, vu du train TER de Genève vers Aix-les-Bains. Les glaciers ont bien fait les choses, pour l’étendue du paysage et pour que le Rhône ne fasse qu’approcher le Lac du Bourget et ses marécages. La Chautagne, — dont on devrait reparler — dans le fond, y devient Rhodanienne par sa proximité avec un fleuve tourné vers le midi et la méditerranée. Il paraît que le glacier d’Aix-les-Bains descendait par la « vallée de l’Isère », Grenoble, Vinay, jusqu’à Loriol, là où coule aujourd’hui un Rhône Nord-Sud. Une façon de dire que la Chautagne — et le Genevois — sont l’amont de chez moi.

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