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Jeudi 24 novembre 2011, 20h30, librairie Michèle Ignazi, Paris 4e. Jean-Philippe A. dédicace son livre (ici à Maren K.): La traversée du XXe siècle. Joseph Beuys, l’image et le souvenir, Les presses du réel, Mamco, 22,5 x 27 cm, 416 pages, illustrations en couleurs et en noir et blanc, 35€. La mise en page est de H.S.K. Voir ici.

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Scoop

Reçu ce mercredi soir, 23 novembre 2011 : ce détail de la page 35 du numéro 2 de La couleur des jours, à paraître le jeudi 1er décembre 2011, http://www.lacouleurdesjours.ch/.

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Lundi 14 novembre 2011, 17h, Paris, place d’Italie. C’est en pensant au livre de Francis Hallé, La Vie des arbres, que je cherche à faire une photo. Ici, on voit l’arbre comme une architecture (dans le fond, l’immeuble de Kenzo Tange) ou comme du mobilier urbain (j’aurais pu inclure une bouche de métro de Guimard). Page 8 du livre : « Dans la ville, la plupart des gens ne voient pas les arbres, ou alors ils ne les voient que lorsqu’il sont coupés. pour beaucoup de nos contemporains, ce ne sont pas des objets vivants. cette idée, évidemment fausse, est due à leur discrétion et à leur silence. » Il y a dans Paris plus de 160 espèces d’arbres, et plus de 100 000 « arbres d’alignement », ou individus le long des rues (« individu » ne convient pas, car les arbres sont des « colonies »). Voir à ce sujet « Vertige de l’individuation », du 6 mai 2009 : http://jlggb.net/blog/?p=2638. À la fin du XIXe siècle, les rues de Paris comptaient déjà 88 000 arbres. Lire ici. Me voyant photographier cet arbre, une passante me demande « C’est quoi cet arbre ? — Justement, je ne me souviens pas. — Un noisetier ? — Non, c’est un arbre exotique. » Maintenant je me rappelle et je vérifie : un paulownia, reconnaissable à ses fruits en capsules qui s’ouvrent sur les graines. Une espèce qui provient de Chine et du Japon.
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Francis Hallé, La Vie des arbres, « Les petites conférences », Bayard, Paris, 2011, 72 pages, 12 €.

Citations :

p. 20 :  « Beaucoup d’arbres sont potentiellement immortels, ce qui signifie qu’ils n’ont pas de programme de sénescence. »

p. 25 : « Non seulement les arbres envoient la vapeur d’eau dans l’atmosphère, mais ils sont également capables de contrôler le retour de cette eau sous forme de pluie. »

p. 25 : « Autre performance biochimique, la communication entre les arbres. Il y a trente ans, cette idée aurait fait rire tout le monde car elle était totalement inconnue. »

p. 32 : « Selon la phase de la lune, vous ne faites rien de plus précieux que du bois de feu ou bien vous faites des charpentes qui seront encore là dans cinq siècles. »

pp. 33-40 : Francis Hallé explique aussi que les humains ont une station verticale, ont des mains dont le pouce est opposable aux autres doigts, ont les deux yeux sur la face de façon à percevoir la profondeur de l’espace, parce qu’ils ont pratiqué autrefois la brachiation (le déplacement de branche en branche dans les hauteurs des forêts). « Sans les arbres, nous ne serions pas des êtres humains. »

p. 50 : « C’est très curieux, mais nous n’avons pas de définition pour un objet aussi banal que l’arbre. »

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Dimanche 21 août 2011, 13h, chaleur mais pluie passagère. On remarque, pratiquement à l’angle de la rue de Montreuil et de l’avenue Philippe Auguste, Paris 11e, une tentative de jardin au pied d’un arbre récemment remplacé. S’agit-il d’une action de « guerrilla gardening » ? (Voir Kyoto, http://jlggb.net/blog2/?p=6127 et http://www.guerrillagardening.org/) D’où vient l’initiative ? De voisins ? De la Ville ?


À consulter :
Richard Reynolds, On Guerrilla Gardening. A Handbook for Gardening without Boundaries, Bloomsbury, Londres, 2008.

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Dimanche 14 août 2011, 22h. En dépit de tous les ordinateurs, il me semble que, pour retenir ce qu’il y a à faire, il faut des fiches manuscrites à garder devant soi, retenues si possible par un presse-papiers (certes, 100 grammes, c’est un peu léger). Enzo Mari, dont on connaît la méfiance sinon l’aversion pour le numérique, fait l’éloge du presse-papiers à travers sa propre collection et dans le texte qu’il publie dans le catalogue The Intellectual Work : Sixty Paperweights, Milan, avril 2010.
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Enzo Mari, The Intellectual Work : Sixty Paperweights, curated by Barbara Casavecchia, Kaleidoscope, Milan, 2010.

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Dimanche 17 juillet 2011, 17h-20h30. Page 284 de l’édition Folio Essais de John Dewey, L’art comme expérience. Il s’agit de l’art et aussi de la science. Mais, dans un registre plus modeste, ce passage pourrait servir aussi de guide pour un blog bien conduit : question de rythme, « chaque conclusion est un commencement, et chaque commencement une solution. » (page 285).
Catalogue Folio : http://www.gallimard.fr/Folio/auteur.action?idAuteur=76969

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Jeudi 14 juillet 2011, 10h30, Môtiers, Val-de-Travers, Suisse. Pour mémoire, la maison (musée) Rousseau que nous avons visitée dès 1992. En 1998, le conservateur, Monsieur François Matthey, nous autorisa à filmer, et donc à toucher, les rubans tissés par Jean-Jacques Rousseau (il parlera de lacets) lors de son séjour (10 juillet 1762, 8 septembre 1765), cités dans les Confessions, Livre douzième (septembre 1762) :

« Une entre autres appellée Isabelle d’Ivernois, fille du Procureur General de Neufchâtel me parut assez estimable pour me lier avec elle d’une amitié particuliére, dont elle ne s’est pas mal trouvée, par les conseils utiles que je lui ai donnés, et par les soins que je lui ai rendus dans des occasions essencielles, de sorte que maintenant, digne et vertueuse mere de famille, elle me doit peut-être sa raison, son mari, sa vie et son bonheur. De mon côté je lui dois des consolations très douces, et surtout durant un bien triste hiver où dans le fort de mes maux et de mes peines elle venoit passer avec Therese et moi de longues soirées qu’elle savoit nous rendre bien courtes par l’agrément de son esprit et par les mutuels épanchemens de nos cœurs. Elle m’appelloit son papa, je l’appellois ma fille, et ces noms que nous nous donnons encore ne cesseront point, je l’espere de lui être aussi chers qu’à moi. Pour rendre mes lacets bons à quelque chose j’en faisois présent à mes jeunes amies à leur mariage à condition qu’elles nourriroient leurs enfans […]. »


« Mademoiselle d’Ivernois, Môtiers, 1763, le lacet ». Copie d’écran de notre CD-ROM Flora Petrinsularis, 1993-1994, publié dans Artintact 1, ZKM/Cantz, 1994.

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Jeudi 30 juin 2011, 13h10. Hiroshima. Sortant de la gare, la première chose que je fais pour échapper à la chaleur, c’est d’entrer dans le grand magasin Fukuya pour aller au 8e étage occupé par la grande librairie Junkudo. Il y a deux ans, était paru chez Gallimard, Tu n’as rien vu à Hiroshima, livre des photographies faites par Emmanuelle Riva lors du tournage de Hiroshima mon amour (Duras-Resnais) en 1958 (voir : http://jlggb.net/blog/?p=3393). J’avais vu en février que la version japonaise, était mieux imprimée et c’est d’ailleurs à la librairie Junkudo de Paris (18, rue des Pyramides, 75001) que j’avais trouvé la référence : Hiroshima 1958, paru en novembre 2008 (voir ici). Le premier acte à Hiroshima est donc, un peu par hasard mais assurément, d’acheter ce livre.
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On en profite pour donner à voir l’ordonnancement impeccable de la librairie (modèle général des librairies japonaises, au demeurant).

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Jeudi 26 mai 2011, 18h. Dans un sous-sol quelque part en Savoie, la bibliothèque progresse : 16 casiers Billy (il y en a 6 autres en face), 38 mètres de rayonnages. Créé en 1978, la bibliothèque Billy est un objet « culte » de chez Ikea, populaire (41 millions d’exemplaires dans le monde), très bon marché (25 € la colonne), trop lourde (aggloméré), fragile (le revêtement laminé — sauf quand même les portes verre et aluminium, 70 €) mais minimaliste et presque super normale. Gillis Lundgren, qui l’a dessinée, fut le premier directeur du design chez Ikea en 1953 et l’auteur du concept de l’emballage plat d’Ikea (économie de stockage et de transport, montage par l’acquéreur, etc.).
Les premiers objets — c’est l’aspect Cabinet de curiosités du projet — sont des souvenirs des grands-parents et parents.

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Coordonnées : +45°.680051, +5°.914523, Adresse : 13 boulevard Guy de Maupassant, Aix-les-Bains.
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Aix-les-Bains. Solarium tournant, vu du boulevard Archiprêtre. Carte postale. (dr)



Samedi 23 avril 2011, 16h40, Aix-les-Bains. Emplacement du solarium tournant du Docteur Saidman, construit en 1930, détruit en 1967.
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Solarium tournant du Docteur Saidman, vue en direction de l’Est (Mont Revard). Photo collection Richard Cohen, Flickr. (©-dr)
Destiné à l’hélio et de l’actinothérapie, le bâtiment est en béton armé et en acier, il est conçu par l’architecte André Farde. La tour fait  16 mètres de haut, la plate-forme d’insolation orientable mesure 25 mètres de long et pèse 80 tonnes. Les lits sont inclinables et sont placés sous de grandes lentilles de Fresnel qui concentrent les rayons du soleil.


Photographie par André Kertesz. (©-dr)


Thierry Lefebvre et Cécile Raynal, Les solariums tournants du Dr Jean Saidman, Glyphe, 2010.


Les solariums tournants du Dr Jean Saidman par universcienceTV

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Vendredi 18 mars 2011, 16h. En direct d’une table ronde au Salon du livre sur « Les auteurs et le numérique » (depuis l’iPhone). Au micro : Jean-Pierre Balpe.

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Page 155. Roland Barthes, La Chambre claire, Seuil, 1980. Édition originale. Collection JLggB.
Jeudi 17 mars 2011, 16h19. C’est le « C’est elle ! C’est bien elle » du billet précédent qui nous fait retourner au livre de Roland Barthes. Ce n’est pas LE livre sur la photographie (qui éclaire cependant la photographie); c’est un roman sur la mort de la mère.
Le livre a jauni. Son pelliculage se détache. Il n’a jamais été beau, décevant pour un livre de cette importance. Mal imprimé, mal façonné : l’édition à la française.

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Mardi 8 mars 2011, midi. Nouveau repérage dans le quartier Saint-Jean de Genève, des rues nommées à partir de Rousseau : Rue des Confessions; Sentier du Promeneur solitaire; Rue du Contrat social, Avenue de Devin du village; Rue du Vicaire savoyard, Rue d’Ermenonville; avenue de Warens; Rond-point Jean-Jacques. Il est question d’un projet de « réalité augmentée » où les plaques-titres joueraient véritablement d’embrayeurs à la lecture des textes dans leurs lieux. Ceci pour le 300e anniversaire de Rousseau, en 2012.

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Reconstitution d’un panneau repéré sur Internet dans le blog d’un jeune Tunisien (développeur web et vidéo-bloggeur) en date du mercredi 26 janvier 2011 (http://www.bullet-skan.com/2011/01/la-degage-attitude.html). L’« original » est composé en Arial, qui est la copie par Microsoft du caractère Helvetica. La prétendue « neutralité » suisse vient ici à l’appui d’une déclaration des plus littérales. L’Helvetica est réputé n’avoir aucun « contenu », « aucune connotation », si ce n’est précisément cet ordinaire élégant de convention, ce minimalisme puritain qui, dans les années 50, est l’affirmation d’un renouveau moderne (et éternel ? — Forever). On note que l’Helvetica est contemporain de l’Égypte de Nasser. L’ouvrage Helvetica forever. Story of a Typeface, publié chez Lars Müller en 2009, pour célébrer le cinquantenaire de sa création en 1957 par Max Miedinger chez Haas, Bâle, montre comment ce caractère s’est assimilé à des marques :  Geigy, Migros, Lufthansa, Knoll, Le Piccolo Teatro de Milan. On ajoutera Art Press, Orange, Microsoft et Comme des garçons… Le Super Normal de Morrison et Fukasawa ne pouvait s’écrire autrement (voir : http://jlggb.net/blog/?p=433).

C’est désormais une évidence, le numérique fait émerger des conditions radicalement inédites pour la politique et la société, principalement avec Internet et les réseaux sociaux. L’imprimante aussi, et la typographie numérique entre les mains de chacun. Dans les manifestations, les mouvements de protestation et de lutte, il y a, depuis quelques années, autre chose que les banderoles « collectives » : de simples feuilles imprimées tenues ou brandies par des individus, à mettre en relation avec les innombrables téléphones devenus appareils de saisie et de transmission d’images. Au fond, si les mots adoptent le support éminemment physique qu’est la feuille de papier, ce n’est qu’un passage pour rencontrer les corps, la rue, les lacrymogènes, pour s’incorporer à des sujets. Mais leur destin est de retourner à l’espace virtuel qui est leur théâtre d’opération « naturel ». Car il faut bien comprendre que le « virtuel » est tout aussi actif que son alter ego constitutif du réel : l’« actuel ». Qui plus est, qui irait prétendre que Facebook, Twitter, les ordinateurs, ne sont pas des opérateurs matériels. S’ils sont porteurs d’idées, d’appels, de mots d’ordre, ils ne sont pas moins matériels que des tracts ou messages transportés dangereusement par des agents de liaisons. S’il y a une nouveauté, chaque jour plus surprenante, c’est leur rapidité, leur synchronisme, leur ubiquité.


Manifestants de la place Tahrir, Le Caire, les 8 février 2011. [©Joseph Hill-Nebedaay-Flickr]

« Dégage! », mot qui engage de Tunis au Caire, via Paris
Publié dans L’Express.fr le 11/02/2011 à 11:30. Par AFP

PARIS – Dégage! : de la Tunisie à l’Égypte en passant par la France et l’Italie, cette injonction « à peine méchante », dit un linguiste, s’est imposée avec la force d’un tsunami libertaire, métaphore lointaine d’un petit mot germain à l’origine positif. « C’est le mot qui court de révolte en révolte! », lançait Marianne dans son dernier numéro, s’arrêtant sur ce « mot-projectile » passé dans le langage courant au XXe siècle, selon Alain Rey, spécialiste de la langue française. « Dégage Ben Ali! » : la Tunisie a ouvert la voie dans la langue de Molière, renversant mi-janvier le président et le régime dont elle ne voulait plus. L’Égypte a suivi avec un slogan identique en arabe adressé au président Hosni Moubarak.
En France, c’est la démission de la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie qui est désormais ainsi réclamée: « Dégage MAM ! ». Ce slogan fait l’ouverture, parmi d’autres, de la page d’accueil du site du MoDem d’Eure-et-Loir et porte le nom d’un groupe de citoyens en colère sur Facebook. […]
L’origine du mot est pourtant germanique, dit Alain Rey : wad (caution, gage) date du Moyen Age. Dégage renvoie à de l’argent donné en échange de quelque chose, qu’on ne peut dépenser à sa guise. Si on le dé-gage, il devient libre. On dégage d’abord des choses, puis, par métaphore, on libère quelqu’un d’un engagement, explique Alain Rey. L’expression devient familière, voire grossière, dans la première partie du XXe siècle : on dégage pour sortir d’une situation dans laquelle on est coincé ou pour s’en prendre à quelqu’un qui ne veut pas partir, poursuit-il. L’effet produit reste, mais le contexte est totalement retourné. Politique et familiarité se sont rejointes une fois de plus, dit Alain Rey, constatant un glissement répandu de la communication familière réservée à la sphère privée dans la sphère publique. Mais, ajoute-t-il, Dégage! c’est familier, mais ce n’est pas méchant. Avant, on aurait dit À bas! ou Va-t-en! .

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Mythologies Roland Barthes, édition illustrée par Jacqueline Guittard, parue le 14 octobre 2010, Paris, Le Seuil (EAN13 : 9782021034479), 256 p., 39 €.
J’ai lu pour la première fois Mythologies dans une édition parue en 1963, que j’ai gardée. L’exemplaire sur la photo est probablement l’édition originale, imprimée en mars 1957. Je l’ai acheté pour quelques francs aux puces de Plainpalais à Genève, le 10 juillet 1999. À côté de moi, Jean Starobinski consultait aussi les livres d’occasion.

Mythologies se termine ainsi :

Il semblerait que nous soyons condamnés pour un certain temps à parler toujours excessivement du réel. C’est que sans doute l’idéologisme et son contraire sont des conduites encore magiques, terrorisées, aveuglées et fascinées par la déchirure du monde social. Et pourtant c’est cela que nous devons chercher : une réconciliation du réel et des hommes, de la description et de l’explication, de l’objet et du savoir.
Septembre 1956

Julia Kristeva, extrait d’un article du Monde, « Autour des Mythologies de Roland Barthes », 12 octobre 2010 :

Jugement ? Révolte ? Nausée ? Non. La vigilance de l’ironie, plutôt : version élucidée du goût. Et cette délicate étrangeté aux conventions sociales, où se tient le style (« dimension verticale et solitaire de la pensée ») devenu une écriture (« acte de solidarité historique »). Une voix qui révèle, sous le futur sémiologue, le romancier freiné et le tragédien pudique […]. Aucune « déclinologie » pourtant dans ces démystifications. Quand il déplie les significations figées en mythe et déstabilise tout « arrêt sur image » par une cascade d’interprétations où le sens côtoie le non-sens, c’est la « profondeur du langage » que Barthes cherche, réhabilite et savoure avec un bonheur contagieux. Il n’y aurait pas d’autre solution à la menace des croyances absolues, des idéologies totalitaires, du nihilisme ? Tel est le sens de son a-théisme : face aux mythes opaques des uns et à la perte du sens des autres, « la question posée au langage par le langage » peut retourner « la carence du signe en signe ».

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